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Bon. L'autre jour, j'ai été assez rapide, trop peut-être, avec We Want Miles, live que Miles Davis a sorti en 1982. Mais hier, avec son album studio de 1984, Decoy, j'ai été d'une longueur respectable. Je pense que ça sera aussi le cas avec ce nouvel article du cycle Miles Davis/fin de carrière. Chose étonnante (en tout cas, quand je l'ai découvert, il y à une dizaine d'années, en même temps que les autres albums du cycle actuel), cet album a été publié sur le label Warner Records, et non pas sur Columbia Records, qui était le label de Miles depuis les années 50. Miles sortira trois album sur ce label (quatre en comptant Rubberband enregistré en 1985 mais qui ne sortira qu'en...2019 !), celui-ci est le premier, et les deux autres sont Amandla (que je n'aborderai pas) en 1989 et Doo-Bop (que j'aborderai) en 1992, par ailleurs son ultime album, sorti de son vivant. Mais entre temps, Miles sortira aussi, en 1989, un album sur Columbia, Aura, que j'aborderai vraisemblablement (sauf tremblement de terre, deuxième vague, raz-de-marée ou avalanche, même si les deux derniers risques, vu ma localisation, sont quand même très faibles) demain même heure. Mais pour l'heure, il est temps de parler de ce disque sorti en 1986 sous une classieuse pochette noire montrant, en noir & blanc, le visage impérial et figé de Miles Davis. Produit par Marcus Miller et Tommy LiPuma, cet album s'appelle Tutu. Il ne s'agit évidemment pas d'une allusion à la tenue des danseurs classiques, hein, mais d'une allusion à Desmond Tutu, un des principaux artisans de la réconciliation en Afrique du Sud (son pays), archévêque à l'heure actuelle et Prix Nobel de la Paix en 1984. Il semblait plus qu'évident que tôt ou tard, Miles fasse un album (ou tout du moins un morceau) avec dans son titre une allusion à cette grande figure. 

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L'album, court (42 minutes pour 8 titres), a été enregistré avec Marcus Miller (basse, guitare, synthétiseurs, drum machine, clarinette, saxophone...), Jason Miles (synthés), Omar Hakim (batterie sur un titre), Paulinho Da Costa (percussions sur la moitié de l'album), George Duke (percussions, basse, trompette), notamment, et évidemment Miles à la trompette. C'est un disque que je classe dans le jazz-fusion, mais vous noterez peut-être que dans les tags figure l'infâmant 'ratages musicaux'. C'est un fait : Tutu n'est pas un ratage digne de ce nom, les compositions (Tomaas, le morceau-titre, Backyard Ritual...) sont dans l'ensemble très bonnes - bon, rien du niveau de So What non plus, hein - mais la production est absolument épouvantable, avec ces programmations, ce son de casserole, ces synthés puants de la gueule...et cette absence de remastérisation pour le CD. Même remarque que pour Decoy : le CD sonne moyennement, l'album n'a pas été reboosté en studio. Ca sonne bien son 1986 à fond les manettes. Marcus Miller, en 2010, a joué l'album live, avec de nouveaux musiciens, appelant ça Tutu Revisited, manière de faire sonner l'album un peu mieux (je crois que dans des interviews, Miller, un des meilleurs jazzmen depuis les années 80, avait regretté que Tutu sonne aussi années 80, un pur produit de son époque, avec tout ce que ça implique de travers). Un peu comme McCartney fera sortir Let It Be...Naked

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Oh mon Dieu, cette production...oh mon Dieu...

Cette production infâme, inaudible, fait que j'écoute assez peu souvent cet album pourtant loin d'être mauvais (en tout cas, nettement, très très nettement supérieur à Decoy !). Tutu aurait tellement mérité un meilleur traitement. Quand on pense à Decoy, on se dit que la nullité des composition est telle que peu importe que l'album soit aussi mal produit : de toute façon, même produit par un ponte du genre, le résultat aurait été minable. Là, on a vraiment le sentiment du gâchis de talent. C'est vraiment dommage, parce que Tutu, Full Nelson et Tomaas, notamment, sont absolument superbes (le morceau-titre sera repris par Al Jarreau, George Benson...). Bon, finalement, je n'aurai pas été aussi long que de coutume avec cette chronique, désolé. Mais j'ai dit tout ce que j'avais à dire. Tutu est un album que j'aurais tant aimé mieux produit que ça. Le résultat final n'aurait pas été de la trempe de Kind Of Blue ou de On The Corner, c'est sûr, mais j'aurais au moins pu vous recommander d'écouter l'album. Mais là, produit tel qu'il est produit, c'est malheureusement limite inécoutable...

FACE A

Tutu

Tomaas

Portia

Splatch

FACE B

Backyard Ritual

Perfect Way

Don't Lose Your Mind

Full Nelson