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On continue le petit cycle des albums 80's de Miles Davis. Ce cycle a démarré gentiment avec un album sympa (mais pas non plus un triomphe total), The Man With The Horn en 1981, qui marquait le retour de Miles après 7 ans de silence, et on a ensuite, hier, rapidement (car je ne me voyais pas en tartiner pendant des kilomètres) parlé du live We Want Miles, lequel, sans être un sommet là aussi, est tout de même très très agréable, très très écoutable, bref, plutôt recommandé une fois qu'on a découvert les meilleurs albums du légendaire, acariâtre, ombrageux, colérique, irascible et caractériel trompettiste. Après ces deux albums, Miles sort Star People, en 1983, que je ne connais pas, je ne l'aborde pas, donc. L'année suivante, il sort ce disque enregistré dans le courant de 1983 (avec deux titres enregistrés live au cours d'un festival de jazz à Montréal), un disque sorti sous une pochette aux teintes sépia : Decoy. Le titre signifie 'leurre', 'tromperie' (mais aussi 'chanterelle'). C'est un album court, 39 minutes pour 7 titres, produit par Miles Davis lui-même, et enregistré avec Bill Evans (saxophone ténor), Robert Irving III (synthés, synth-bass), Branford Marsalis (saxophone soprano), Mino Cinelu (percussions), Al Foster (batterie), John Scofield (guitare) et Darryl Jones (basse, futur bassiste accompagnateur des Rolling Stones après le départ de Wyman). C'est un disque assez étrange et pour tout dire, vraiment, vraiment épouvantable. Il y à, sur le blog, pas mal d'albums de Miles Davis. Très peu, un seul il me semble jusqu'à celui-ceci, sont dans les 'ratages'. En voilà donc un deuxième (ah non ! troisième, car il y à aussi You're Under Arrest, de 1985, album de merde que je ne réaborderai pas dans le cycle, au passage) rangé dans cette infâme catégorie, après Quiet Nights. Et encore, pour ce dernier, je ne suis pas certain qu'il s dans les ratages.

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Mais si Quiet Nights était classé dans les ratages (ou pas...) parce qu'il est frustrant et paresseux, pour Decoy, c'est vraiment parce que c'est merdique de A à Z. Si vous voulez du mauvais Miles, ne cherchez plus, Decoy est probablement le premier de ce genre. Quand je me suis (enfin) décidé à aborder ces albums de Miles, il me fallait les réécouter. Pour ce qui est de celui-ci, croyez-moi, c'était pas trop la joie au moment de glisser le CD dans le lecteur (marrant, d'ailleurs, mais aussi bien les deux précédents du cycle que Decoy n'ont pas bénéficié de la réédition CD Columbia classieuse avec beau livret de notes et photos, contrairement aux albums précédents ; comme si ces albums 80's étaient relégués aux oubliettes, chez Columbia, leurs éditions CD sont minables, et assez anciennes ; ce n'est pas étonnant, en fin de compte).

C'est limite si ma chaîne hi-fi, reconnaissant le disque, n'a pas refusé de le jouer ! Faut dire que je ne l'écoute vraiment pas souvent, ce Decoy : ça fait bien 10 ans que je l'ai, et je n'ai dû l'écouter que, disons, trois fois, tous les trois ans environ. La première écoute fut intéressée, la seconde aussi ou presque, parce que je ne me souvenais plus trop bien du contenu et que j'espérais une bonne surprise (dans le Q la balayette). La dernière en date, en juin dernier, afin de rédiger cette chronique (hé oui : publiée en fin juillet, elle date, pour l'écriture, de début juin !), j'espérais en vain un déclic. Mon cul, oui : les 7 titres (dont un de 11 minutes, That's Right, sandwiché entre deux morceaux enregistrés live à Montréal, mais on ne s'en rend pas compte à l'écoute, qu'ils sont live, ces morceaux) sont abominables.

Même le solo de guitare sur That's Right parvient à être chiant comme une pluie de grêle un jour d'exposition plein-air de vaisselle XVIIIème siècle.

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Et la production...Mon Dieu, la production...Déjà le CD est assez ancien, ou du moins, l'album n'a pas bénéficié de remastérisation (donc ça sonne comme si on collait des casseroles au cul d'un chien et qu'on le lâchait sur une piste en graviers), mais en plus, ça sonne épouvantablement 1984, entre les synthés puants comme des munsters oubliés dans une voiture garée sur un parking ensoleillé de Nîmes au mois d'août, les batteries qui font chplouef, bzioumm takateff et shtlaaaok, la trompette de Miles qui semble avoir été bourrée de mie de pain complet tartinée de beurre demi-sel et, d'une manière générale, les thèmes, aussi réussis qu'une composition de philosophie de Nabilla sur le sujet Quand on est ensemble, est-on vraiment plus nombreux que quand on est seul ?, non, vraiment, ce disque est à vomir des DVD d'apprentissage de la zumba. Un disque à oublier, charitablement. 

FACE A

Decoy

Robot 415

Code M.D.

Freaky Deaky

FACE B

What It Is

That's Right

That's What Happened