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Comme je l'ai dit hier en abordant Directions, un petit cycle de Miles Davis, d'albums pas encore abordés et non de réécritures d'anciennes chroniques, démarre. Il va s'agir ici de ses albums des années 80, pas tous (je ne ferai pas Siesta, et je ne réaborderai pas You're Under Arrest), mais six d'entre eux. Miles avait mis sa carrière en parenthèses en 1974, jusqu'à 1981. Sept années pendant lesquelles sortiront des albums live (Agharta, Pangaea, Dark Magus), des compilations (Water Babies, Circle In The Round, Directions), mais aucun nouvel album studio. Il faudra donc attendre 1981 pour que Miles ne sorte enfin un nouvel album, quelques mois après Directions, et c'est The Man With The Horn, ce disque-ci, donc. Sorti sous une pochette assez étrange représentant une tête de mannequin féminin dorée contre un miroir la réfléchissant, avec une trompette (ça fait très arty), l'album s'appelle The Man With The Horn ("l'homme au cor", "l'homme à la trompette" quoi) et offre 6 titres, pour un total de presque 53 minutes. Miles nous revient, sept ans après, et neuf ans après le dernier album studio conçu tel quel, On The Corner (car les deux albums studio sortis en 1974 étaient des sortes de compilations de diverses sessions antérieures), avec un disque assez généreux, donc, et produit par son fidèle ami Teo Macero.

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Parmi les musiciens, on peut noter Bill Evans au saxo ténor, Sammy Figueroa aux percussions, Barry Finnerty à la guitare (Mike Stern au même instrument sur le premier titre), Al Foster à la batterie, Vincent Wilburn à la batterie aussi, Marcus Miller à la basse, Robert Irving III aux synthés, piano...et Randy Hall au Moog, synthé, guitare et chant. Oui, chant ! Si on met de côté Sorcerer (1967), The Man With The Horn est probablement le premier album studio de Miles avec du chant, sur le morceau-titre seulement (Sorcerer aussi, c'était uniquement sur un seul titre). Le ton de l'album est résolument de fusion entre le jazz, le rock et la funk. Shout est une sorte de relecture du thème de Shaft par Isaac Hayes, non-officielle, car si vous cherchez le nom de Hayes sur la pochette, vous chercherez longtemps. Guitare wah-wah et en cocotte, trompette sautillante, les six titres (dont trois qui approchent ou dépassent - de peu - les 10 minutes ; et le plus court fait un peu moins de 6 minutes et est, justement, Shout) baignent dans des atmosphères ensoleillées, légères, très accessibles, easy listening à donf'. Trois morceaux sont ici dédiés à des amies de Miles, : Back Seat Betty, Aida et Ursula. Aida, pour ne citer que ce morceau, est un régal absolu de 8 minutes qui passent définitivement trop vite, tandis que les 11 minutes du titre le plus long, Back Seat Betty, sont sans doute un peu trop étendues. Si le morceau avait été plus court de, disons, trois minutes, ça aurait été parfait.

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Petit coup de gueule en revanche concernant The Man With The Horn. Je suis bien content que ça soit le seul morceau chanté (une sorte d'ode à la gloire de Miles, apparemment ; les paroles manquent dans le très mince livret CD), parce que, je ne sais pas pour vous, mais moi, je trouve ce morceau vraiment moyen, et totalement hors de propos. Improvisation de wah-wah, paroles assez co-connes, de quoi faire de ce morceau (de presque 7 minutes) une sorte d'incartade moderniste assez peu réussie, vraiment intruse sur l'album. Mais on se console en se disant que le reste de l'album est vraiment réussi, et que les albums suivants, dans l'ensemble, seront bien moins convaincants (pour ne pas dire pire encore) que ce cru 81 qui ne compte pas parmi les sommets de Miles, mais est tout de même bien sympathique. 

FACE A

Fat Time

Back Seat Betty

Shout

FACE B

Aida

The Man With The Horn

Ursula