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Les Kinks et moi, c'est toute une histoire. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle fut très chaotique. Pendant longtemps, je n'ai connu de ce groupe que trois chansons : You Really Got Me, Sunny Afternoon et Waterloo Sunset. En gros, les trois chansons auxquelles les Kinks sont encore résumés de nos jours. Mais, quelque part, même si c'est dommage, ça peut se comprendre, You Really Got Me, encore utilisée aujourd'hui à diverses fins, a été un énorme tube, tout comme Sunny Afternoon. Quant à Waterloo Sunset, excusez-moi, mais on parle quand même d'une des plus belles et grandes chansons pop des années 60 (et même au-delà) avec God Only Knows des Beach Boys, Here, There And Everywhere des Beatles et I Started A Joke des Bee Gees, rien que ça. Ces trois chansons vampirisent la discographie du groupe. Il y a quelques années, je me suis lancé dans la découvertes des albums des Kinks, je me suis tapé tous les skeuds affiliés à leur âge d'or s'étalant de 1966 à 1971. Je n'ai rien aimé (à l'exception évidente de Waterloo Sunset), je vous le dis clairement. Pire encore, je m'emmerdais littéralement quand j'écoutais ça. J'y suis revenu quelques temps plus tard et cette fois, j'ai aimé. Et aujourd'hui, de cet âge d'or, il n'y a qu'un album qui ne me branche pas des masses : celui qui est considéré comme leur sommet : The Kinks Are The Village Green Preservation Society. Ainsi que Percy. Je sais que beaucoup vont bondir après avoir lu que je n'aime pas trop l'opus de 1968, mais c'est la vérité. J'aime bien plus Something Else ou Arthur Or The Decline And Fall Of The British Empire, pour ne citer qu'eux.

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Les Kinks sont un groupe maudit, clairement. Leur premier malheur a été d'arriver à une époque où la scène rock britannique était vampirisée par les Beatles. Lesquels allaient bientôt être rejoints par les Rolling Stones et les Who. Le deuxième a été de ne connaître que peu de succès, ce qui est injustifié. Il faut dire que ce groupe ne s'est jamais vraiment inscrit dans les mouvances de l'époque et de plus, suite à un incident, ils étaient boycottés aux États-Unis, ce qui leur a fermé une porte importante en vue d'une notoriété internationale qu'ils méritaient vraiment. Et le troisième (deux, c'est déjà beaucoup) est que pendant une période, Ray Davies, alors mal en point moralement, a entraîné le groupe dans une série de projets très douteux (les deux Preservation et A Soap Opera) qui a ôté au groupe la crédibilité qu'il avait dans le milieu du rock. Malgré Schoolboys In Disgrace et Sleepwalker, les Kinks ne se sont jamais vraiment relevés de cette période 1972-1975. Mais comme consolation, Ray Davies et consorts ont eu tout l'heureux loisir de constater que leurs albums de 1966 à 1971 (à l'exception de Percy) ont été réhabilités. Mieux vaut tard que jamais, après tout. Même s'il est vrai que cela aurait du être fait bien avant. Rejeter ces albums sous prétexte que les Kinks n'ont pas cédé aux sirènes du psychédélisme (ou alors si peu), je trouve ça fallacieux. Ils méritaient autant de considération que les Beatles et les Stones et selon moi, plus que les Who. Ces mecs sont (les Kinks, hein)parmi les plus grands cocus du rock britannique.

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Un tube sur cet album. Mais attention, quand je parle de tube, je veux dire un gros tube. Un tube de la mort qui tue : Sunny Afternoon. En clair, l'une des trois chansons auxquelles sont résumés les Kinks aujourd'hui. Comme vous l'avez deviné, cette chanson m'a laissé de glace pendant des années. Aujourd'hui, aimant beaucoup plus les Kinks, j'apprécie donc beaucoup plus cette chanson. Cela dit, il me faut bien avouer que je n'en suis toujours pas fan et que je ne le serai probablement jamais. Objectivement , c'est une belle réussite pop. Mais, il n'empêche que les Kinks feront mieux, que ce soit sur les albums suivants ou sur celui-là. Est-il possible que, pour écrire et composer cette chanson, Ray Davies a été inspiré le Daydream des Lovin' Spoonfull (ayant également inspiré Macca pour Good Day Sunshine) ? Rien n'a jamais été dit là-dessus, mais je n'en serais pas étonné si c'était le cas. Vu le succès de Sunny Afternoon, on pensait légitimement que le succès de l'album allait être assuré, mais, Kinks oblige (j'ai envie de dire) ce ne fut pas le cas. Ce que Ray Davis et consorts ignoraient à ce moment-là, c'est que cet insuccès allait en appeler d'autres.

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Et à part ça ? Si on ne trouve qu'un seul succès sur ce disque, il aligne néanmoins une enculade de classiques assez hallucinante. Pensez donc, un skeud qui aligne Dandy (à l'intro de guitare sous influence du Run For Your Life des Beatles, avant de virer dans un truc se rapprochant du style de Bob Dylan), Rainy Day In June (chanson purement géniale et pour moi, la meilleure du disque), A House In The Country et Holiday In Waikiki (qui suinte le rock 'n'roll par tous ses pores), ça a une sacrée gueule. Les deux dernières chansons citées sont d'ailleurs les témoins de ce que sont les Kinks au moment où ils couchent Face To Face sur vinyle : un groupe qui a connu du succès avec ses trois premiers albums et qui, question pognon, est assez à l'aise. À côté de ces classiques Kinksiens, on trouve Party Line, Rosie, Won't You Please Come Home et Too Much On My Mind. Toutes de pures réussites pop-rock, rien à dire. Si ce n'est que Too Much On My Mind inclut quelques éléments psyché dans sa mélodie. Fancy et Little Miss Queen Of Darkness sont des pièces acoustiques de la plus belle eau. You're Lookin' Fine et I'll Remember (qui achève le disque) sont de bien belles réussites pop-rock. Pour en finir, on trouve deux morceaux moyens : Session Man...et encore, je suis peut-être un peu sévère avec elle et Most Exclusive Residence For Sale. Concernant cette dernière, là, je suis catégorique : sans elle, l'album n'aurait eu aucune fausse note, voilà, c'est dit. Face To Face est donc un grand skeud de rock à l'anglaise et ouvre la période dorée des Kinks, laquelle les verra objectivement ne rater aucun album (Percy excepté, mais c'est une bande originale, alors ça ne compte pas vraiment, hein ?), cela dit, je maintiens que, de cette période 1966-1971, le sommet Kinksien n'est pas celui cité habituellement. Et, pour ma part, même si je sais que nombreux seront ceux à ne pas être du même avis que moi, je trouve Face To Face meilleur que The Kinks Are The Village Green Preservation Society. Voilà, la bombe est lâchée.

Face A

Party Line

Rosie, Won't You Please Come Home

Dandy

Too Much On My Mind

Session Man

Rainy Day In June

A House In The Country

Face B

Holiday In Waikiki

Most Exclusive Residence For Sale

Fancy

Little Miss Queen Of Darkness

You're Lookin' Fine

Sunny Afternoon

I'll Remember