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Vous voulez du Elton John ? Vous allez en avoir. Vous voulez du bon Elton ? Passez votre chemin, alors, parce que l'album que j'aborde aujourd'hui est probablement son pire album. Mais je veux dire le pire du pire. Elton, et surtout à partir des années 80, fera des albums vraiment pas bons, comme Ice On Fire, Leather Jackets. Celui qui nous intéresse est antérieur, il date de 1979, il clôture donc, pour Tu m'étonnes John, une décennie 70 qui, dans l'ensemble, aura été miraculeuse, la meilleure de sa carrière. Pensez donc, entre 1970 et 1976, Elton nous aura offert, quinté dans le désordre, Goodbye Yellow Brick Road, Captain Fantastic & The Brown-Dirt Cowboy, Madman Across The Water, Blue Moves, Honky Château. Du lourd. Du très lourd. Des albums qu'on écoute et réécoute avec la bave aux lèvres, le slip tendu et une totale admiration pour ceux qui les ont usinés (Elton, son parolier Bernie Taupin, le producteur Gus Dudgeon...). OK, des albums moins percutants aussi : Caribou en 1974, A Single Man en 1978 (que j'ai abordé le mois dernier et rangé, un peu méchamment sans doute mais l'album n'est vraiment pas glorieux tout de même malgré Song For Guy, dans les ratages). Certains citeront aussi Rock Of The Westies (1975), et oui, c'est vrai, l'album est inégal, mais je l'aime énormément désormais et on y trouve tout de même Street Kids et I Feel Like A Bullet (In The Gun Of Robert Ford), ce qui n'est pas rien, tout comme Caribou offre Don't Let The Sun Go Down On Me et I've Seen The Saucers. Ce qui est tout sauf rien, là aussi (d'ailleurs, si c'est quelque chose, ce n'est pas rien, parce que rien, c'est rien et pas quelque chose ; cette remarque était sponsorisée par AdvilCaps 400). Mais Victim Of Love, l'album de 1979 qui nous intéresse aujourd'hui ? Lui, il n'offre rien (et rien, c'est.. Oui, OK, je ferme ma gueule). Vous en connaissez beaucoup, vous, des albums d'Elton dont Elton n'a jamais rien interprété en concert ? Il n'y en à qu'un, c'est celui-là.

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Mon Dieu, virez-moi cet album pourri, que je ne le regarde plus...

A l'époque, la collaboration entre Elton et Bernie Taupin est au point mort. Depuis Blue Moves en 1976, les deux n'ont pas recollaboré. Ca se ressentait vivement sur A Single Man, c'est encore pire ici (même remarque concernant la production : tout comme le précédent, A Single Man, ce cru 1979 n'est pas produit par Dudgeon, et là aussi, ça se ressent fortement). Et les musiciens (notamment Patrick Simmons et Michael McDonald des Doobie Brothers, tous deux aux choeurs sur le morceau-titre, mais aussi Steve Lukather de Toto, Marcus Miller, Keith Forsey, Paulinho Da Costa, Lenny Pickett) aussi ne sont pas les fidèles eltoniens. Et évidemment, là aussi, ça change tout. Disque le plus court de la carrière d'Elton, et tant mieux (il dure 35 minutes), Victim Of Love est, accrochez-vous parce que ça va faire mal, un disque de disco. Qui fut bien entendu enregistré à Munich (Elton a en revanche évité la collaboration avec Reinhold Mack sur ce coup, bien joué mon ch'tio pépère). Il n'offre que 7 titres, dont une reprise disco de 8 minutes de Johnny B. Goode de Chuck Berry, et que Berry n'ait pas intenté de procès à Elton pour cet immonde, ce sordide détournement discoïde de ce standard du wok'n'woll ne cessera jamais de m'étonner. Allez, assez parlé (un journaliste dira au sujet de l'album qu'en disant qu'il s'ouvre sur un tel morceau, on a tout dit à son sujet, sous-entendu : on imagine aisément la catastrophe que c'est), ça va me faire saigner des orifices. 

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Belle pose de badass...

L'album offre aussi le morceau-titre, qui marchera à peu près approximativement relativement plutôt, disons, correctement convenablement bien (ça va ? Z'êtes toujours là ?), mais sans atteindre les sommets de, disons, Someone Saved My Life Tonight, Sorry Seems To Be The Hardest Word ou Don't Go Breaking My Heart. Inutile de dire que cette chanson est une pure merde, comme les 6 autres titres (Born Bad, Street Boogie) de ce Victim Of Love. Même la pochette est immonde, cette photo d'Elton avec de grosses lunettes noires, dans un cadre noir, ce gribouillage au crayon de couleurs bleu et rouge sur le lettrage...Heureusement, comme je l'ai dit plus haut, que cet album soit le plus court, avec 35 minutes et à peu près autant de secondes, d'Elton, parce que s'il avait eu la durée de Madman Across The Water (10 minutes de plus), ça aurait été encore pire. Bref, si vous cherchez le pire du pire d'Elton en studio, ne cherchez plus, c'est en 1979, en guise de conclusion d'une décennie globalement majestueuse, qu'il l'a commis. Le disque suivant, 21 At 33, ne sera pas immense, mais comparé à Victim Of Love, c'est Pet Sounds

FACE A

Johnny B. Goode

Warm Love In A Cold World

Born Bad

FACE B

Thunder In The Night

Spotlight

Street Boogie

Victim Of Love