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Nous, tout c'qu'on veut c'est être heureux, être heureux avant d'êt' vieux...

J'ai du succès dans mes affaires, j'ai du succès dans mes amours, je change souvent d'secrétaire...

On aura tous un numéro dans le dos, et une étoile sur la peau...

Qu'est-ce que j'vais faire de ma vie, moi j'ai envie de rien, j'ai juste envie d'être bien...

J'ai la tête qui éclate, j'voudrais seulement dormir, m'étendre sur l'asphalte, et me laisser mourir...

Qu'est-ce que c'est que cette starmania ?

J'veux tout casser avant d'partir, j'ai pas d'passé, j'ai pas d'avenir...

Aujourd'hui, c'est la fête nationale. Personne ne travaille, défilé, bal populaire, feu d'artifices (enfin, pas vraiment cette année, hein, on sait tous pourquoi). Alors on va parler d'un monument. C'est le jour idéal, non ? 

Non ?

Bon.

Et en terme de monument musical, en France, on a le choix, mais celui-ci, qui avait été abordé sur le blog par Koamae (sa chronique est en bas, après la mienne) il y à dix ans, en terme de monument, c'est pas n'importe quoi. En avril dernier, j'ai fait (et MaxRSS a participé le temps d'un album) un cycle sur les albums de Michel Berger. J'en avais profité pour republier, en rajoutant la mienne à la sienne, la chronique, faite par Buckley92 il y à quelques années, de Chansons Pour Une Fan. J'aurais pu, et j'y ai sincèrement pensé à l'époque, mettre dans le cycle l'album que j'aborde ici pour la première fois (comme écrasé par le poids de ce disque, je n'avais pas osé, il y à 10 ans, rajouté ma chronique à celle de Koamae), mais comme il ne s'agit pas vraiment d'un disque de Berger... C'est vrai que Starmania, c'est un peu à part. Car oui, Starmania Ou La Passion De Johnny Rockfort Selon Les Evangiles Télévisés (titre complet, assez long, ne m'en voulez pas si je m'en tiendrai à la version courte désormais, car je ne vais tout de même pas raccourcir le tout en SOLPDJRSLET tout de même, ça ferait plus con que con) est à part.

Tout le monde le sait déjà, donc je vais insister là-dessus (niark niark), c'est un opéra-rock conçu pour la scène, et qui sera effectivement joué live (création le 10 avril 1979 au Palais des Congrès, Paris), qui sera refait à plusieurs reprises, y compris dans d'autres langues (Tycoon, en 1992, mais la version scénique ne se fera pas, il reste un album inégal mais intéressant que j'avais abordé ici l'an dernier), et souvent, très souvent, avec du succès. C'est en 1978 que sort le double album de la version originale, un double album de 22 titres. Parmi ces titres, 3 ne finiront pas sur le CD. Ce dernier contient 20 titres. On a rajouté un morceau (S.O.S. D'Un Terrien En Détresse) à la place d'un autre (L'Air De L'Extra-Terrestre) qui ne fera pas la version scénique, et on a supprimé Paranoïa (chanté par Berger) et une version instrumentale finale de Monopolis. Si le double album initial était édité tel quel en CD, il ne tiendrait pas sur un seul CD, ou alors de justesse : ça dure 79 minutes et des pousisères. Si vous voulez la version originale, le vinyle (qui, en plus, propose les paroles, yeepee-haï) est le seul capable de vous satisfaire. Seule ombre au tableau : Starmania a beau être très connu, réputé, et très vendu, on trouve difficilement ce vinyle en excellent état, voire en état parfait, sans y mettre un prix assez rébarbatif.

Oui, le vinyle d'époque vaut cher...

Oui, c'est incompréhensible, vu que ce n'est tout de même pas un disque méconnu et rare.

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Je ne vais pas entrer dans le détail des 22 plages audio, car ça tuerait le poussin dans l'oeuf après avoir viré la poule couveuse à coups de pieds dans le cul. Starmania est un chef d'oeuvre total qui, on le sait, renferme des joyaux inaltérables. Michel Berger (musique) et Luc Plamondon (parolier), le Français et le Qu'bécouais, se sont inspirés de plusieurs choses pour écrire cet opéra-rock (car on aurait limite tendance à l'oublier, mais ça raconte une histoire, située dans le futur, un futur un peu orwellien, burgessien, qui ressemble un peu (trop) à notre présent, où la surmédiatisation fait loi) : l'enlèvement de Patti Hearst (héritière d'un empire financier, celui du magnat de la presse William Randolph Hearst), qui fut capturée par un groupe anarchiste américain, la SLA (Symbionese Liberation Army), sorte de Bande à Baader ricains, et qui, syndrôme de Stockholm, se ralliera à leur cause.

Grosso modo, l'Occident n'est, dans ce futur, devenu qu'un seul et immense pays du genre Océania où tout le monde, mais surtout les petites gens, espère devenir une star adulée de tous. Johnny Rockfort et Sadia (un travesti) dirigent une bande de zonards, les Etoiles Noires, des délinquants qui sèment la panique comme de bons petits droogs. Zéro Janvier est un businessman cupide et raciste qui espère bien se présenter pour devenir Président du monde, malgré son patronyme à la con. Une jeune animatrice de TV, Cristal, elle, présente une émission (qui porte le nom de l'opéra-rock), qui permet à certains de devenir des stars. Ziggy, un jeune disquaire homo (qui ignore qu'une de ses amies, la serveuse Marie-Jeanne, est amoureuse de lui, tout en sachant qu'il est gay), rêve de passer dans cette émission de TV et de devenir quelqu'un. Sadia, l'entendant un jour rêver de gloire, lui vole la vedette et organise une interview avec Cristal, pour les Etoiles Noires. Cristal tombe amoureuse de Johnny, part avec lui, on croit qu'elle a été enlevée par les zonards. La situation au sein du gang devient délicate (jalousies, etc), et parallèlement, Zéro Janvier, qui veut coûte que coûte devenir Président, prend comme gérie politique Stella Spotlight, une ancienne gloire de cinéma glamour qui prend sa retraite et est en pleine dépression. Les deux tombent amoureux, veulent se marier, dans la boîte de nuit de la tour de Janvier, le Naziland. Mais Johnny et Cristal veillent. Sadia aussi, dans son coin...

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Berger et Plamondon entourent Fabienne Thibault

Raconter ça, c'est difficile (merci Wikipédia), et j'imagine que si on n'a pas assisté à un spectacle (et surtout au premier, de 1979), c'est difficile de vraiment s'intéresser au concept. Mais comme Starmania est pleinement accessible et appréciable sans que l'on ne s'intéresse à l'histoire (pendant des chiées d'années, l'histoire, je ne la connaissais pas du tout, même si je savais qu'il y en avait une ; je n'avais que le CD, qui ne propose pas les paroles, hélas ; depuis, j'ai, youpi, le vinyle), ce n'est pas grave. Musicalement, cet album enregistré avec des musiciens fabuleux (Claude Engel, Michel Bernholc, Jim Keltner, Jannick Top, Marc Chantereau, les frangins Brecker...) qui, souvent, finiront sur les albums de Berger, bénéficie d'interprètes, français ou canadiens, fabuleux : France Gall (égérie et femme de Berger) dans le rôle de Cristal ; Daniel Balavoine (découvert par le couple Berger l'année d'avant) dans celui de Johnny Rockfort (ce nom...) ; Nanette Workman (une choriste américaine) dans celui de Sadia ; Fabienne Thibault dans celui de Marie-Jeanne ; Eric Estève (un choriste) dans celui de Ziggy (remplacé, sur scène, je crois, par Grégory Ken, futur Chagrin D'Amour) ; Claude Dubois dans celui de Zéro Janvier (en version scénique, il sera remplacé par Etienne Chicot) ; Diane Dufresne dans celui de Stella Spolight ; Berger joue le gourou marabout (adversaire de Zéro Janvier), personnage qui n'apparaîtra que sur l'album et la version 1979 ; René Joly joue l'Extraterrestre, un personnage abandonné pour la version scénique (sauf dans certaines versions au Canada).

Tous sont exemplaires et tous ou presque ont leurs moments de gloire. Comment ne pas parler de Quand On Arrive En Ville, Le Blues Du Businessman, Les Uns Contre Les Autres, Le Monde Est Stone, Un Garçon Pas Comme Les Autres (parfois avec erreur appelée Chanson De Ziggy ; il y à bien une Chanson De Ziggy ici, mais elle est chantée par Estève, et est bien différente !), Monopolis, Travesti, et ce chef d'oeuvre absolu, ma préférée ici (mais hélas une chanson trop courte, 2,10 minutes), Le Rêve De Stella Spotlight. Si on met de côté Starmania (L'Air De L'Extraterrestre) qui, présent donc uniquement sur l'album vinyle initial, est un peu moyenne (et encore...mais le chanteur n'est pas génial dessus...), et si on met de côté un Ego Trip correct mais pas inoubliable, Starmania est, du début à la fin, génial (j'ai oublié de dire que son Ouverture instrumentale est juste sublime).

On regrettera évidemment que S.O.S. D'Un Terrien En Détresse, la plus belle des chansons de Balavoine sur ce projet, soit absente ici, pour les raisons évoquées tout en haut d'article, mais c'est bien le seul regret à faire. Sinon, fans de chanson française des années 70, et de bonne variété française (francophone, plutôt), il est évident qu'il faut absolument avoir ça chez soi...mais, logiquement, je pense que si vous êtes de ma génération (né en 1982) ou d'une plus ancienne, c'est le cas, soit vous l'avez acheté autrefois, soit ce sont vos parents. Si par étrangeté vous ne connaîtriez pas encore ça, vous avez 30 secondes pour filer l'acheter avant que je commence à gueuler.

30, 29, 28, 27, 26...

Je vais gueuler, je vous le jure...

25, 24, 23, 22, 21, 20, 19...

Allez, on se sort les doigts, là...

18, 17, 16, 15, 14, 13, 12, 11, 10...

Tant pis pour vous, je vous avais prévenus.. 

9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1, 0.

FILEZ A LA FNAC, BORDEL !!!!

Ancienne chronique de Koamae :

Y a-t-il un disque plus culte que celui-ci dans l'histoire de la nouvelle variété française? J'en doute. Starmania, opéra-rock cultissime de Michel Berger et Luc Plamondon, qui a explosé en 1979, a révolutionné la variété française. Et la version originale du disque est de loin la meilleure. Ici, ce n'est pas l'opéra-rock en entier qui est représenté, mais juste des chansons enregistrées en studio. C'est le disque promotionnel du célèbre opéra-rock. Et des chansons que tout le monde connait. Que des tubes. Qui n'a jamais entendu Le Monde Est Stone? Le Blues Du Businessman? Les Uns Contre Les Autres? J'en passe et des meilleures! 20 chansons, 20 tubes absolus. Même l'Ouverture est connue. Ici, les rôles principaux de cet opéra-rock sont tenus par Fabienne Thiebault et Daniel Balavoine. Mais comment oublier Nanette Workman, Claude Dubois, Eric Estève, ainsi que... France Gall et Diane Dufresne! Car quand Starmania s'est écrit, Berger et Plamondon voulaient faire un projet sans leurs femmes respectives, mais, faute de distribution des rôles, France Gall et Diane Dufresne eurent quand même une place dedans.

 L'album fut une grande réussite commerciale, et servit au succès de la pièce sur scène. Certes, il y a là-dedans des chansons gonflantes, que l'on a trop entendues, comme par exemple Le Monde Est Stone, mais c'est toujours un plaisir de réécouter des chansons telles que La Chanson De Ziggy, Travesti, Banlieue Nord ou encore ma préférée du disque: Ce Soir On Danse A Naziland... Certaines chansons restent assez percutantes, comme Les Adieux D'Un Sex-Symbol et SOS D'Un Terrien En Détresse (absente du double vinyle original). Inutile de le dire, niveau chant, les mecs (et les nanas) assurent grandement. Leurs prestations vocales sont grandioses. Niveau compos, c'est parfait aussi, à l'image de titres comme Quand On Arrive En Ville et le faussement reggae Quand On N'A Plus Rien A Perdre. Entre funk rythmé et ballades magnifiques, on tient ici un grand disque franco-québecois (ben oui, Diane Dufresne, Fabienne Thibault, et je crois que Luc Plamondon est québecois aussi, à certifier). En résulte donc une compil immense, et à découvrir de toute urgence si vous ne connaissez pas, ou alors seulement 5 ou 6 chansons... Ce qui est très peu!!

FACE A

Ouverture (instrumental)

Quand On Arrive En Ville (Daniel Balavoine, Nanette Workman)

La Complainte De La Serveuse Automate (Fabienne Thibault)

Le Blues Du Businessman (Claude Dubois)

Monopolis (Dans Les Villes De L'An 2000) (France Gall)

FACE B

Un Garçon Pas Comme Les Autres (Fabienne Thibault)

La Chanson De Ziggy (Eric Estève)

Travesti (Nanette Workman)

Banlieue Nord (Daniel Balavoine)

Petite Musique Terrienne (Fabienne Thibault)

Paranoïa (Michel Berger)

FACE C

Ce Soir On Danse A Naziland (Nanette Workman)

Les Adieux D'Un Sex-Symbol (Diane Dufresne)

Ego Trip (Eric Estève)

Les Uns Contre Les Autres (Fabienne Thibault, Claude Dubois)

Quand On N'A Plus Rien A Perdre (Daniel Balavoine, France Gall)

FACE D

Le Monde Est Stone (Fabienne Thibault)

Petite Musique Terrienne (Daniel Balavoine)

Starmania (L'Air De L'Extra-Terrestre) (René Joly)

Le Rêve De Stella Spotlight (Diane Dufresne)

Besoin D'Amour (France Gall)

Monopolis (reprise instrumentale)