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Nous sommes en 1994 et au moment où cet album sort dans les bacs, la Mano Negra n'a pas publié de skeud depuis 1991 et King Of Bongo (le deuxième sommet du groupe, derrière Puta's Fever). Mais, au moment où débute l'enregistrement de Casa Babylon, des choses ont changé depuis. D'abord, d'ordre relationnel. Ce n'est pas la guerre au sein du groupe, mais, depuis trois ans, des rumeurs couraient au sujet d'une éventuelle séparation. Lesquelles étaient fondées. Le fait est que la Mano, frappée d'un succès fulgurant, n'a pas su vraiment géré ça. Mais, c'est pendant l'enregistrement de cet opus abordé aujourd'hui, que ça va partir en couilles. Les membres stoppent l'enregistrement (alors presque terminé) pour aller donner une série de concerts en Amérique du Sud, là où ils avaient un très fort public. Les conditions dans lesquelles sont effectués ces concerts (d'ordre logistique), instaurent une véritable ambiance de merde dans le groupe. Laquelle se retrouve amplifiée par l'usage très intensif de cames à bon marché. Au moment de rentrer à Paris, trois mecs, dont Daniel Jamet (également très affecté par la mort d'Helno, chanteur des Négresses Vertes), ne sont pas du voyage. Manu Chao finira même le mixage de l'album tout seul. Pareille situation n'est pas sans rappeler, par exemple celle du 666 des Aphrodite's Child. On peut le dire avec beaucoup d'amertume : la Mano Negra est un groupe qui s'est littéralement sabordé.

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Toujours est-il que, avant même que ne surviennent ces événements ayant conduit à l'éclatement du groupe, lorsque débute l'enregistrement de Casa Babylon, Manu, Daniel, Philippe et les autres savent pertinemment que c'est un baroud d'honneur. Qu'après ce disque, la Mano, ce sera de l'histoire ancienne. Il faut sortir par la grande porte, y a pas à tortiller. La question est maintenant de savoir si ce fut le cas. Je vous réponds oui. L'album n'est pas avare en classiques du groupe. On en compte pas moins de cinq : Viva Zapata, Señor Matanza, Santa Maradona (Larchuma Football Club), Hamburger Fields et Sueño De Solentíname. Sur ces cinq classiques ici présents, quatre sont absolument imparables. Il n'y a que Santa Maradona (Larchuma Football Club) qui soit un net cran en-dessous. D'ailleurs, à titre personnel, sans la détester, c'est une chanson qui ne m'a jamais spécialement emballé. Quant aux autres, si j'étais tenu de désigner ma préférée, je serais sacrément emmerdé. Mais, suivant mon cœur, ce serait à Sueño De Solentíname, purement géniale, que reviendrait cet honneur. Mais, ne limiter Casa Babylon qu'à ces quatre incontestables réussites, serait une grosse connerie. D'autres chansons méritent que l'on s'attarde sur elles. D'ailleurs, c'est d'elles que l'on va causer dans le prochain paragraphe.

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L'album aligne les grosses tueries. Le trio d'ouverture, en plus de Viva Zapata, envoie la chanson titre et The Monkey et ça défouraille méchamment. Surtout la dernière nommée. Qui, via son chant hip-hop, rappelle King Kong Five, Rock Island Line et Killin' Rats. Love And Hate et Drives Me Crazy assurent également bien comme il faut. Super Chango ? Bala Perdida ? El Alakran ? Mama Perfecta (un air traditonnel cubain réarrangé) ? Tout, je dis bien tout, assure un maximum. Comme les précédents opus de la Mano, Casa Babylon a un sommet. Et quel sommet, bordel de pute : Machine Gun. 4'25 minutes certes répétitives, mais de bonheur pur et dur. En fait, je suis emmerdé car j'aime tellement cette chanson qu'au moment de vous en parler, je bloque complet. Et, je m'en excuse. This Is My World, chanson de clôture (qui est aussi la plus longue du skeud avec 4'57 minutes), est un peu à part car le morceau est surtout constitué d'extraits sonores relatant la situation politique mondiale de l'époque. L'un des derniers extraits sonores entendus est exactement le même que celui entendu au début de Machine Gun. Quant à la musique, le groupe recycle celle du Bruit Du Frigo. Il n'y a ici qu'un seul morceau raté : La Vida. Une chanson d'un niveau franchement décevant lorsque l'on sait ce que la Mano a offert, et sur ce disque, et sur les précédents. Mais bon, est-ce si grave ? En six ans d'activité et quatre albums, la Mano n'a laissé, grand maximum, que trois chansons loupées. Et encore, après mûre réflexion, je me dis que j'ai été assez sévère envers Baby You're Mine, même si elle n'est pas la meilleure chanson du groupe. Super disque que ce Casa Babylon, mais de tous les albums de la Mano, c'est celui que j'aime le moins et le sommet, à mes yeux, restera ad vitam aeternam Puta's Fever.

Viva Zapata

Casa Babylon

The Monkey

Señor Matanza

Santa Maradona (Larchuma Football Club)

Super Chango

Bala Perdida

Machine Gun

El Alakran

Mama Perfecta

Love And Hate

Drives Me Crazy

Hamburger Fields

La Vida

Sueño De Solentíname

This Is My World