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Que l'on peut être idiot quand on est jeune... Quand j'ai découvert ce disque, j'avais vingt ans, pas depuis longtemps et encore moins sur la télé en noir et blanc. En revanche, il y avait déjà longtemps que l'amour ne chantait plus sa carmagnole et ne descendait plus rue des écoles. Non, à cette époque, il traînait plutôt du côté de la rue des solitaires, près de l'école du quartier. Cette même école où mon père venait me cherchait lorsque la classe finissait à cinq heures. Cette même rue où il m'emmenait ensuite voir Gary Cooper défendre les opprimés. C'était un autre temps. Un autre pays même, là où la brise, les arbres et les fleurs étaient bleus. Ma première écoute fut extrêmement douloureuse. Je fus, ad minima, atterré par ce que je venais d'entendre. J'avais le choix : soit je laisser aller mes pulsions meurtrières, soit je prêtais allégeance aux nouveaux nazis, soit j'encaissais et souffrais en silence. Le troisième choix était le moins extrême est donc celui à choisir. Mais, voyez-vous, comme je suis un génie, j'en ai trouvé un quatrième, digne des plus grandes idées ayant changé la face du monde : crier au monde entier à quel point je détestais cet album. C'est ainsi que je me suis mis en chemin. J'ai approché tous les promoteurs que je pouvais croiser sur ma route. Telle était mon idée : crier ma haine sur toutes les scènes du monde.

Mais, comme partout, il faut commencer au bas de l'échelle avant de pouvoir s'élever. J'ai donc trouvé des promoteurs. Mes premières représentations avaient lieu dans des bistrots mal famés. Cela dit, le public présent chaque soir prêtait attention à ce que je disais. Très rapidement, je me suis fait un nom dans le métier. Et, incroyable mais vrai, deux mois après mon dernier récital dans un troquet, j'ai entamé une tournée des zéniths. Lille, Paris, Strasbourg, Bordeaux, Marseille, Dijon, Clermont-Ferrand. À chaque fois, la salle était pleine à craquer, j'entrais sur la scène, sûr de moi et de mes pensées. Pendant deux heures (voire plus, j'ai toujours eu du mal à résister aux rappels), je faisais danser les mots. Ils rebondissaient sur tous les murs. Et, à chaque fin de représentation, j'avais droit à de somptueuses standing-ovations. Elles étaient tellement intenses que je me voyais dans l'obligation de demander au public de cesser de m'acclamer, sinon, j'y restais jusqu'à cinq heures du matin. Vous comprenez, j'aime mon métier, mais j'ai besoin de dormir et puis, de vous à moi (et pourquoi pas en passant par elle), rester debout pendant trop longtemps, m'a toujours donné envie de faire caca. J'aime mon métier et mon public, mais peut-être pas au point de délibérément me chier dessus. Mais, ma gloire française ne s'est pas arrêtée aux Zéniths. Ensuite, je me suis produit au Palais Omnisports de Paris-Bercy pendant vingt soirs de suite. Et, la salle était comble à chaque fois. Et ensuite ? J'ai touché le sommet avec mes représentations à l'Olympia. Je m'y suis produit à trente-neuf reprises, soit six de plus que Gilbert Bécaud.

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Et maintenant, qu'allais-je faire ? C'est tellement simple, c'était la gloire mondiale qui me tendait les bras. À peine mes représentations nationales terminées que mon téléphone sonnait sans cesse. Tout le monde me voulait. J'étais celui que l'on s'arrachait. Les filles nues se jetaient sur moi et tentaient de m'arracher ma vertu. Une fois, trois filles, complètement folles de moi et de mon talent ont fait des pieds et des mains pour me faire des petites gâteries. Mais, j'ai dû refuser leurs propositions, aussi alléchantes étaient-elles. Cela peut paraître dingue, mais il y a une explication à cela : je suis quelqu'un qui retient les leçons du passé et je n'oublie pas qu'un soir, pendant un concert, Lemmy Kilmister avait fait un malaise sur scène parce qu'il s'était fait sucer trois fois dans l'après-midi. J'ai un public qui m'est hautement fidèle, qui me considère comme un prophète, je ne peux donc pas le décevoir, vous comprenez ? Je me suis donc lancé à la conquête du monde. J'ai sillonné les routes et les chemins. J'ai fait entendre ma voix et mes mots en Angleterre. À Wembley, à Twickenham et au Royal Albert All. La presse anglaise était absolument charmée. Le Times, le Daily Telegraph et le Guardian se sont littéralement prosternés face à moi et m'ont dressé des ponts d'or. Je suis allé en Russie également. À Moscou et à Saint-Pétersbourg. J'y ai donné des prestations tellement incendiaires que Mireille Mathieu, pourtant très grande star là-bas, a été reléguée au rangs des rebuts. Vladimir Poutine en personne ayant promulgué un décret stipulant que, si Mathieu pouvait revenir à sa guise en territoire russe, il lui était désormais interdit de laisser échapper le moindre son de sa bouche, sous peine de fortes représailles.

La Russie conquise, il était alors temps pour moi, d'aller exercer mes talents ailleurs. J'ai donc été convié à Pékin, Shangaï, Hong-Kong, Séoul, Tokyo, Osaka et Yokohama. Mais, pour vous dire la vérité, je ne garde pas un très bon souvenir de ces représentations-là. Parce qu'avec leurs yeux tout bizarres, on ne sait jamais si les chinois, les coréens ou les japonais sont contents, énervés ou tristes. C'est comme l'autre con là, avec ses pauvres Ray-Ban, je ne vois pas ses yeux et ça m'énerve. Si ça se trouve il me regarde, mais faut qu'il arrête sinon, ça risque de faire bobo. Ma réputation à l'échelle mondiale était faite, mais il me manquait encore une étape cruciale : les États-Unis. Si je cartonnais au pays de l'Oncle Sam (qui n'est pas forcément pirate), j'avais tout gagné. Je suis arrivé là-bas, acclamé, comme l'avaient été les Beatles en 1964, voire plus encore. Et là, tout est allé si vite... Le Staples Center des Los Angleles, l'Hollywood Bowl, le TD Garden de Boston, le Carnegie Hall et... Le Madison Square Garden. Je m'y suis produit vingt-neuf fois, devant une foule en délire. Aaaah... je les revois encore... ces filles hystériques aux seins nus, se jetant comme des fauves en colère sur les grilles qui assuraient ma protection. J'étais une telle star que des dispositifs de protection avaient été mis en place. On ne pouvait pas courir le moindre risque, vous comprenez. J'ai même été convié pour donner une représentation au Mont Rushmore, précisément là où ce con de Cary Grant n'a même pas été de foutu de se taper Eva Marie-Saint, alors qu'elle lui tendait les bras et qu'elle était chaude comme une braise posée sur une plaque chauffante. J'ai dû, à contrecoeur, refuser la proposition, j'avais besoin de repos.

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Les États-Unis conquis, tout m'était alors permis. J'étais libre d'assouvir toutes les ambitions qui avaient germé en moi. Mais, il y a eu un impair de taille, auquel je ne m'attendais pas : j'ai réécouté cet album de Marc Lavoine qui, bien malgré lui, m'a conduit à la gloire. Je l'ai réécouté pour le détester encore plus et rafraîchir mon inspiration afin de renouveler mon répertoire pour proposer de l'inédit lors de mon retour sur les scènes. Malheureusement, mon avis a totalement changé. Je me suis aperçu que j'aime cet album. Que chaque chanson le composant est un pur joyau me subjuguant d'émotions. Pendant l'écoute, j'ai même laissé échappé quelques larmes, sincères. Franchement, que dire devant de pareils textes qui relèguent Léo Ferré au rang de vulgaire gratte-papier ? Que dire devant ces compositions harmonieuses et riches ? Et que dire devant la voix surpuissante et irréelle de Marc Lavoine ? En plus, il est trop beau, il me fait jouir. Lola, toi mon amour, nous nous retrouverons bientôt, la semaine prochaine, sans aucun doute. De ta douce voix, tu me diras que l'amour ne s'arrête pas, tu me parleras de ces distances qui ne nous séparent pas, tu m'offriras du miel du bout des doigts et tu me parleras du bleu du ciel dans un restaurant chinois. Merci Marc Lavoine, merci du fond du cœur pour cet album magnifique qui m'a littéralement changé et qui m'a fait voir le monde autrement. Quant à tout le mal que j'ai pu en dire, crois-moi mon Marc adoré, tout est oublié, j'ai tout oublié.

Veuillez considérer le fait que le dernier paragraphe de cette chronique a été écrit au moment où je venais de me fumer un méga joint de l'espace et, qu'à l'heure actuelle, je me prends pour Zorro en guêpière noire, à cheval sur une licorne entrain de voler tout à côté des papillons au sommet du Mont-Blanc. Et, je vais bientôt aller acheter du tabasco aussi.

Le Pont Mirabeau

Passent Les Nuages

J'aurais Voulu

Je Ne Veux Qu'Elle

Mucho Embrasse-Moi

Chère Amie (Toutes Mes Excuses)

N'Oublie Jamais

Paris

Deux Guitares Au Soleil

Mon Jonque Est Jaune

J'Ai Tout Oublié

Ma Solitude.Com

Les Yeux Revolver (Version 2001)