LP1

Le titre de cet album fera penser à un autre album, évidemment. On peut d'ailleurs se dire que pour son premier album, Liz Phair n'y a pas été avec le dos de la cuillère : direct la grande référence, les Rolling Stones et leur Exile On Main St. incendiaire et monumental de 1972. Celui de Liz Phair date de 1993 et s'appelle Exile In Guyville. Tout comme l'album des Stones, il est double...en vinyle (du moins, je l'imagine). Ici, on n'a en effet que 55 minutes, tout tient donc allègrement sur une seule galette. Bon, avant de parler de  l'album, d'abord, qui est cette Liz Phair qui fait son entrée, aujourd'hui, sur ce blog (ce qui, compte tenu de la haute stature culte de cet album, est tout de même assez étonnant) ? Liz Phair est une chanteuse et auteur/compositeur de rock née en 1967 dans le Connecticut, elle est donc américaine, et a démarré sa carrière discographique en 1993 avec cet album, qu'elle a qualifié, en interview, de réponse à l'album des Rolling Stones dont elle partage une partie du titre. On peut se dire que comme entrée dans le mnde du rock, elle n'a pas été chercher la facilité, la Liz. Comme entre les deux albums on a le même nombre de morceaux, soit 18, on peut s'amuser, si on le veut, à essayer de voir si elle est dans le vrai ou si elle a dit ça juste pour rigoler et faire sa prétentieuse.

LP2

Qu'il soit une réponse féministe (car s'il y à bien un terme qui correspond à Exile In Guyville, c'est "féminisme", ce disque est au moins aussi engagé, dans ce registre, que le Feeling The Space de Yoko Ono) ou pas (pas mal de critiques verront dans cette déclaration de la miss une supercherie, une exagération) au mythique album des Cailloux, Exile In Guyville est un des albums les plus importants des années 90 en matièe de rock indépendant, ça, c'est au moins clair. La majeure partie des 18 chansons de l'album datent d'une époque où Liz essayait, sous le nom de Girlysound, de percer dans la musique. Elle a transmis une cassette de certaines de ses chansons au label Matador qui la signera, emballé. A sa sortie, l'album sera un très beau succès commercial (Never Said squattera MTV pendant toute une année) et critique, ce n'est pas parce que les rock-critics, dans leur majorité, ne verront pas la prétendue ressemblance avec Exile On Main St. qu'ils n'apprécieront pas l'album, qui reste clairement LE disque de Phair (qui est toujours en activité, son dernier album date de 2010). L'album est sorti sous une pochette assez glamour et en même temps bien provoc' montrant la Liz seins nus (on voit le bout des tétons), le livret, mince comme une feuille de papier Q, montre diverses photos type photomaton de Liz (topless pour deux d'entre elles) et de certains des musiciens, chaque photo est marquée d'une partie d'une des plus fameuses répliques de L'Inspecteur Harry (1971), par ailleurs la première phrase prononcée par Eastwood dans le film. 

LP3

L'album a été boosté par Never Said, donc, qui est un single de malade, excellentissime chanson, mais limiter Exile In Guyville (rien que le titre semble bien féministe : 'exil dans la ville des mecs') à ça serait faire une épouvantable connerie. Avec sa voix à la Sheryl Crow (mais en mieux !), Liz Phair nous décapsule ici 18 perles de rock un peu grungy, un peu lo-fi (sans être crade, le son de l'album est très direct, pas de production chargée avec cordes, cuivres et choeurs, c'est du brut de décoffrage, mais qui vieillit super bien et est super agréable à l'écoute, rien d'abrasif), totalement efficace, de 6'1 à Strange Loop en passant par Girls ! Girls ! Girls !, Help Me Mary, Fuck And Run (hé oui, il y à bien le mot 'fuck' sur la pochette d'un album ! La même année, Nirvana devront indiquer 'Waif Me' au lieu de Rape Me sur la pochette de leur In Utero...) et Stratford-Upon-Guy (qui sortira aussi en single), sans oublier Mesmerizing, Dance Of The Seven Veils... Dans l'ensemble très courts (18 titres pour moins d'une heure, je le rappelle), les morceaux s'enchaînent sans répit, on passe d'un morceau furieux à une petite incartade plus 'calme', c'est dommage que les paroles manquent dans le livret, parce qu'on imagine bien la charge que ça doit être de temps en temps pour les porteurs de bites. Comme je l'ai dit, c'est le seul gros succès de la carrière de Liz Phair, qui, ensuite, en ne sortant des albums qu'épisodiquement (1994, 1998, 2003, 2005, 2010), se fera, dommage pour elle, lentement oublier. A noter qu'apparemment, un nouvel album d'elle devrait sortir cet été. Au final, c'est un album incroyable dont je ne me lasse pas (mais pourquoi ais-je attendu si longtemps pour l'aborder ici ? Certaines énigmes resteront sans doute éternellement sans réponse), un disque de rock féminin bien plus convaincant que les trucs de Sheryl Crow (qui a cependant fait quelques bonnes chansons, je trouve) et Alanis Morissette (bon elle...non, vraiment, je passe). Mais au final, je trouve, nettement moins connu des masses populaires que ces deux autres artistes. A vous de voir si Exile In Guyville peut vous plaire. Moi, c'est un de mes chouchous de la décennie 90, rien de moins !

6'1

Help Me Mary

Glory

Dance Of The Seven Veils

Never Said

Soap Star Joe

Explain It To Me

Canary

Mesmerizing

Fuck And Run

Girls ! Girls ! Girls !

Divorce Song

Shatter

Flower

Johnny Sunshine

Gunshy

Stratford-On-Guy

Strange Loop