FP1

Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît. - Michel Audiard

CHAPITRE 1

Des origines

Récréation est un album que Claude Nougaro a sorti en 1974, en guise, probablement (car ce fut son dernier album sur ce label) de fin de contrat avec Philips. C'est un de ses albums les plus à part, si ce n'est le plus particulier, parce qu'il est entièrement constitué de reprises de chansons, des chansons que Nougaro aimait, par des artistes ou paroliers qu'il aimait et admirait, et à qui il voulait rendre hommage. Chaque chanson ou presque est précédée d'un petit sonnet mis en musique par Jean-Claude Vannier, sonnet écrit par Nougaro et dans lequel il met en exergue la personnalité, le talent ou son amour pour tel ou tel chanteur ou auteur. Les chansons reprises sont des années 60 pour les plus récentes, et on remonte jusqu'aux années 40, voire même plus loin encore probablement. Ferré, Trenet, Brassens, Gainsbourg, Mouloudji, Brel, font partie des artistes représentés. A chaque fois de façon assez magistrale, Récréation étant, en dépit de son aspect vraiment à part, un des sommets de la carrière de Claude Nougaro. Un disque sublime, qui possède une atmosphère bien à part, onirique, étonnante, old school, presque palpable et en réalité vraiment indescriptible, et que j'adore.

Même sa pochette, que voici ===>FP3, est une réussite, avec ce tableau noir d'école sur lequel les crédits ont été écrits à la craie par, j'imagine, Nougaro lui-même. A sa sortie, hélas, cet album n'aura que peu de succès, on peut même dire qu'il n'en a pas eu. Mais il est assez rapidement devenu culte, révéré par les amateurs de chansons française et de Nougaro. Qui ne refera plus ce genre d'exercice par la suite. Il semblait inévitable que tôt ou tard, quelqu'un d'autre ne prenne le relais.

CHAPITRE 2

Portrait en pied (dans la gueule) du criminel

Florent Pagny est né en 1961, ça arrive, à Chalon-sur-Saône, il le faut bien, et a commencé à chanter à 13 ans (au passage, sa mère était fan de Luis Mariano) dans des radio-crochets locaux (en Haute-Savoie, où il a passé une partie de son enfance/adolescence), reprenant du Mariano, du Michel Sardou, du Gérard Lenorman. A 16 ans, il déboule à Paris, après avoir arrêté l'école, et prend des cours de théâtre et de chant, mais refuse d'aller au Conservatoire National pour devenir chanteur d'opéra (il a une voix de baryton-martin), voulant devenir chanteur de variétés. Il commence par devenir acteur, de petits rôles, et se met à écrire et composer. C'est en 1987 qu'il sort sa première chanson, N'Importe Quoi. Qui cartonne. Son premier album, Merci, sort en 1990, on y trouve Presse Qui Roule. Il est à l'époque avec Vanessa Paradis, plus jene que lui de presque 10 ans. Il continue de sortir des albums, Réaliste en 1992 (échec), Rester Vrai en 1994 (sur lequel Jean-Jacques Goldman lui écrit, sous le nom de Sam Brewski, trois chansons), Savoir Aimer, son plus gros succès, en 1997. 

Autant le dire tout de suite : je ne suis pas fan de Pagny, ça, c'est clair et net, mais j'aime énormément les trois tubes issus de ce quatrième album, à savoir Chanter, Savoir Aimer, Mourir Les Yeux Ouverts. Je trouve qu'il s'agit de très bonnes chansons de variété, de qualité (avec évidemment la Obispo/Lionel Florence's touch). Bien sûr, on en a bouffé, de ces trois chansons, en 1997/1998 et même après, mais j'assume totalement, j'aime ces morceaux. OK. On reprend. Pagny, avec ce disque, devient définitivement un grand nom, et ne va, par la suite, pas cesser de sortir des albums qui seront, la plupart du temps, des hits. Et de même que Franck Thilliez écrit en alternance des romans mettant en scène ses personnages récurrents Lucie Hennebelle et Franck Sharko et des romans indépendants de ce fameux cycle (des one-shots, comme on dit), de la même façon Florent Pagny, alias FP, alias èffepé, va sortir en alternance des albums de chansons et des albums conceptuels. Le premier de ce genre est celui que j'aborderai dans le prochain chapitre. Mais il a aussi fait un disque de duos (l'album 2 en 2001), un de reprises d'airs lyriques (Baryton, 2004), un, que j'ai démantibulé hier, de reprises de chansons de Brel (Pagny Chante Brel, 2007), un de reprises de chansons espagnoles (C'Est Comme Ca, 2009), un de reprises de chansons de musique latine (Baryton, Gracias A La Vida, 2012), un chanté quasiment en espagnol tout du long (Habana, 2016), et un album de reprises de chansons françaises (Tout Simplement, 2018). Entre chacun de ces albums, des albums de chansons (Ailleurs Land, Châtelet-Les-Halles, Tout Et Son Contraire)...

CHAPITRE 3

L'arme du crime et les (trop) nombreuses victimes

Comme le disait si bien Audiard via le film Les Tontons Flingueurs, dans la citation que je place en intro, on reconnaît les cons en celà qu'ils osent tout. Pagny a osé énormément de choses dans sa longue (et toujours active carrière). Est-ce un con ? Je vous laisse juge.

En tout cas, Lucas, avec RéCréation, Pagny a réussi à accomplir un exploit : sortir l'album le plus pourri, le plus putassier, le plus écoeurant qui soit. Pensez donc, un double album de reprises, à la sauce moderne, de standards de la chanson française, essentiellement des chansons des années 70 et 80, certaines plus anciennes, Lucienne. Sous un titre qui reprend, l'air de dire lui et moi on est collègues du même niveau, celui de l'album de Nougaro dont j'ai parlé au premier chapitre. J'ai dit double album, donc qui dit double album (en CD, de plus ; je ne sais pas si l'album a été réédité en vinyle, mais à l'époque de sa sortie, en 1999, le vinyle était en train de creuser pour essayer de sortir de la très profonde tombe dans laquelle il avait été jeté, son heure n'était pas encore venue de reprendre du poil de la bête) dit forcément que RéCréation (grrrrr) était vendu plus cher qu'un album simple, et ce, même avec les charmants petits Prix Verts de la FNAC qui proposent des prix sympas en lancement de nouveautés. On était encore en francs à l'époques, je ne sais pas combien de francs il coûtait ce double album, mais j'imagine l'équivalent de 25 €. On pourrait s'attendre à deux disques bien remplis, n'est-ce pas ? Mais non, Gaston : chacun des deux CDs de l'album dure, environ, 36 ou 37 minutes, ce qui fait qu'au total, Martial, RéCréation (bordel à cul...) dure à peu près 72 ou 73 minutes. Bref, tout pourrait très bien tenir debout sur un seul et même CD de 17 morceaux. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je pense déjà à un mot, que je vais essayer de vous faire deviner ici : 

- Mon premier est un mot désignant une unité de mesure agraire

- Mon second est une interjection puérile, enfantine, lancée pour se moquer de quelqu'un

- Mon troisième est le synonyme d'une file de gens, tel qu'on en a vu devant les magasins pendant le confinement

Mon tout est (passez en surbrillance ce qui suit) : ARNAQUE. Ne pensez-vous pas comme moi ?

En plus, le contenu musical est si pourri, Henri, que même si RéCréation (putain...) avait été simple, et vendu moins cher, voire même donné à tout acheteur du Figaro ou de Femme Actuelle, il n'en aurait pas moins été une arnaque. Non seulement èffepé espère ici tâter du biff en reprenant des standards qui ne lui ont rien fait, mais en plus, il les massacre scrupuleusement, encore plus sauvagement que les Japonais l'ont fait au Camp 731 avec leurs prisonniers. Qui n'a jamais entendu cette version technoïde du Jolie Môme de Léo Ferré ne sait pas la chance qu'il a, je l'envie certainement (et comme le chantait Manset en 1972 : ne change pas). Ah, Manset, justement. Vous pensiez que l'aut' tartuffiaud l'avait oublié ? Que nenni, messire, il te vous te décapsule, Ursule, Il Voyage En Solitaire avec les dents, ici, et que dire...Bon je vais pleurer et je reviens, d'accord, Nestor ? Et c'est pas putain de tout, bordel à cul rempli de merde. Ici, chaque chanteur ou auteur/compositeur a eu droit à sa petite agression (poil au...non, pas au menton, bande de vicieux !). Est-ce que ça vous dirait d'apprendre qu'Etienne Daho s'est fait défoncer ses Heures Hindoues, qu'Higelin a vu son Pars se faire tabasser, que le S.O.S. Amor de Bashung (écrit par Didier Golemanas, qui a collaboré avec Pagny, vu comme ça, c'est facile, hein, les droits SACEM, Floflo ?) ne sera jamais plus pareil, que le Quand J'Etais Chanteur de la Belle Pêche en pleure encore, que Julien Clerc se dit probablement encore qu'il n'aurait jamais dû écrire Partir vu ce qui est arrivé ici à sa chanson, et qu'apparemment, Pagny en avait après Jean-Louis Aubert, parce que deux de ses chansons, une de Téléphone (Hygiaphone) et une en solo (Voilà C'Est Fini, oui mais ce fut bien douloureux quand même) sont violées ici. Oui, je sais, la phrase, longue comme un jour sans pain, démarrait par "Est-ce que ça vous dirait", autrement dit une interrogation, et donc elle devrait logiquement se finir par un point d'interrogation, mais j'en ai rien à secouer, Didier. 

Curieusement, qu'il touche au Chère Amie (Toutes Mes Excuses) de Lavoine m'en frôle une sans faire bouger l'autre. Il faudrait d'ailleurs s'occuper du cas Lavoine sur le blog, mais chaque chose en son temps, Armand.

Johnny Hallyday, tu penses, Hortense, n'est pas oublié (via une chanson signée Goldman), on a ici, en duo avec Ginie Line (au secours...), J'Oublierai Ton Nom. L'horrible petit saligaud de salopiaud a même osé reprendre du Gainsbourg. Vu le niveau global de RéCréation (connard...), ça ne m'aurait pas dérangé qu'il reprenne Suck Baby Suck ou Harley David Son Of A Bitch, mais non, c'est au Requiem Pour Un Con qu'il a osé s'attaquer, il pensait peut-être que la chanson parlait de lui, je ne sais pas. Autres carnages sur cet album, n'oublions pas de rappeler l'impensable : Antisocial de Trust, tellement  pourrie que Bonvoisin aurait pu lui intenter un procès, ou l'attendre sagement à la sortie des artistes, un cric en main, à la fin d'un concert (privilégier cette deuxième hypothèse peut aider à s'endormir, parfois). Balavoine, aussi mort qu'il est, a défunté une seconde fois, 13 ans plus tard, par cette reprise abominable de son Vendeurs De Larmes. Putain, ma chanson préférée de Balavoine aussi maltraitée, excusez-moi, je vais tirer une balle dans la tête à quelqu'un et je reviens. N'oublions pas Michel Jaunisse Jonasz et son Une Seule Journée Passée Sans Elle, écartelé, séché au soleil et arrosé de vin blanc avant qu'on y mette le feu et balance les os aux chiens. Ne pardonne jamais, toi qui me lis, pour le reste de ta vie (qu'elle soit longue et remplie de joie) : cet immonde natif de la Saône-Et-Loire a osé toucher à Tu Manques de Goldman (déjà touché au plus profond de son âme par le sort horrible survenu à une autre de ses chansons, on l'a vu plus haut) et Les Parfums De Sa Vie (Je L'Ai Tant Aimée) d'Art Mengo, défigurées à l'acide de batterie, sodomisées et balancées dans le feu alors qu'elles gigotaient encore. 

Je ne peux dire qu'une petite litote en conclusion : Florent Pagny n'a, en 1999, vraiment pas fait un très bon album. 

CD 1

Les Parfums De Sa Vie (Je L'Ai Tant Aimée)

Pars

S.O.S. Amor

Requiem Pour Un Con

Il Voyage En Solitaire

J'Oublierai Ton Nom

Jolie Môme

Vendeurs De Larmes

Hygiaphone

CD 2

Quand J'Etais Chanteur

Une Seule Journée Passée Sans Elle

Des Heures Hindoues

Chère Amie (Toutes Mes Excuses)

Voilà C'Est Fini

Tu Manques

Partir

Antisocial