hallyday

 

"Sbine a longue tailleme, bine a longue tailleme, bine a lonelie, lonelie, lonelie, lonelie tailleme..."

Un galop d'essai pour se remettre en selle, histoire de voir si la vieille courbure a encore du répondant. Moi, chuis pas un nerveux. Pas un modèle d'auto-discipline non plus. Faut vraiment que l'équation moment/sujet/envie soit au pile-poil de couilles. Quoi ? Oui, c'est ça. Je suis un bon gros branleur ! Bon, pour cette chronique de retour, un sujet qui ne prête pas trop à conséquences pour moi. Attention, j'aime ce disque, hein. Mais si je me fais vanner là dessus, je m'en cogne les joyeuses avec une portière rouillée de Kangoo.

Jojo du Peuple, donc. Parce que j'exècre les noms copyright Nikos Alachiasse : le Taulier, putain t'as rien de mieux en stock, baigneur ? Pourquoi pas le Dirlo du Rock Cassoulet, la Padre du Binaire Camembert, tant que tu y es ! Non, Johnny et la France, c'était une histoire d'amour et de haine. Je ne sais plus quel empaffé socio-édito-journaleux de mes fesses avait parlé de la France de Johnny. PAN DANS LE MILLE ! Cette France existe. C'est celle des zones-périurbaines, des campagnes oubliées, des rêves niqués à force de trahisons et de mensonges, et qui voyaient dans cet homme un bout de leur Amérique à eux, une sorte de lumière au fond d'un tunnel de merde. Alors, par respect pour tous ces gens, ce sera Jojo du Peuple, VIRGULE RAYMOND. Et Nikos, je t'emmerde. C'est gratuiit ? Oui, beauté du geste, plaisir d'offrir, joie de recevoir. Vieille tanche.

Et puis, 1971 est une date foutrement intéressante. Après un passage mitigé entre 66 et 68 où il changeait de style avec une rapidité et un entrain (un opportunisme, surtout) digne du puceau se dégorgeant la tige devant un vieux boulard de Laure Sainclair, Jojo du Peuple avait magnifiquement redressé la barre (mais non, pas ta queue, andouille ! retourne te palucher, et laisse les grandes personnes causer) le temps de 3 Glorieuses. 1969 : costard blues-rock, early hard-rock. Coupe droite Humble Pie (vu le casting)/Steppenwolf. Disque magistral, concerts d'une ambition jamais vue dans ce pays; album live assez moisi (celui présent dans la réédition de Rivière... semble corriger en partie ces défauts). Le costard présente bien, mais il semble un peu trop grand pour Jojo du Peuple.

Alors en 70, il cesse de rêver à Carnaby Street et se réinvente en hippie bon teint fringué par Jean Bouquin. Vie est un bon disque, mais il lui manque la fulgurance de son prédécesseur. Et de son successeur.

Jojo du Peuple, lassé de tatonner à la recherche de la Pierre de Rosette (le saucisson, hein. On est pas en Egypte, nardine !) rock, fait trainer ses esgourdes du côté d'un autre Jojo. Jojo Cocker. Grand triomphateur de Woodstock, vainqueur du Grand Prix du Tonneau de Gnôle 1970, spadassin de la Grande Armada de la Gueule de Bois. Un rock with a lotta soul, cuivré et choristé à l'envi, du sur-mesure pour ce grand escogriffe. Bonne pioche, ma Popoche ! L'album Flagrant Délit est un triomphe, Oh Ma Jolie Sarah plastronne dans les hit-parades, tout se met en place. Enfoncer le clou avec un spectacle.

Même ces peines-à-jouir des Inrocks en conviennent : dans leur numéro hommage, ils parlent des concerts du Palais des Sports comme du moment où "Johnny devient un mythe". Wowowowowowo ! Overdose de thé matcha chez les snobineux ? De la harissa dans la confiture cuite au chaudron selon une recette de 1483, 45 euros le pot de 400 grammes ? Ils se lâchent, les p'tits kikis. En même temps, vise la couvrante, gazier ! Jojo Rouflaquettes qui sue et qui s'explose une hémorroide. Beau comme un astre. C'est du biblique, ma gueule. (Non, pas la chanson, baltringue. Retourne te branler, dernière sommation). Jojo investit le Palais des Sports en septembre-octobre 71. Cette fois-ci, les artifices et les audaces de la mise en scène de 1969 n'ont pas été conviées. Tout le budget passe dans le son, les musiciens, et la schnouf. Oui, parce qu'il se murmure qu'en cette année 1971, Jojo a tringlé le programme 5 fruits et légumes par jour. Va te faire enfiler, Michel Cymes.

Les musiciens ? Mick Jones n'est pas de l'aventure, remplacé par Jerry Donahue. Mais comme Rolling Azoulay est dans les parages, le transition se fait en douceur. Pat Donaldson à la basse. L'inamovible Tommy Brown derrière les fûts et à la direction d'orchestre. Jean-Marc Deuterre à l'orgue (et qui ne se doute pas qu'il signe un bail de presque 10 ans). Une section de cuivres avec -entre autres- les fidèles frères Ploquin aux trompettes et René Morizur au sax. Oui, LE René. Le queutard gérontophile des Musclés (lisez les paroles de Merguez Party vous-même, j'ai pas que ça à faire). Juanita Franklin, Madeline Bell, Doris Troy aux choeurs (les hommes de goût et les fanatiques de pop/rock angliche 60s apprécieront à sa juste valeur). Il en manque une, non ? Oui, Nanette Workman est là, elle aussi. La Sulfureuse. Michel Berger et Plamondon sont encore loin.  Jojo partage la scène, le pieu et le pochon de coke avec elle, relation qui va le mener au bord du précipice. Et enfin, comme l'opération se veut grandiose, Jojo se paie un pianiste sympatoche. Michel Polnareff, rien que ça. Le but, c'est le blitzkrieg et le "plein la gueule pour pas un rond".

Carbonisé comme une merguez CGT, Jojo lance ses troupes dans un one-two punch d'ouverture emblématique des concerts 71/75. Je Suis Né Dans La Rue/Fils de Personne.  Jojo fréquente la haute, mais il continue de péter à table et se cure le zen devant les rombières. Le groupe fait rougeoyer le brasier et soutient un Jojo qui a sorti la voix "tout dans le rouge". Limite nervous breakdown. Le son est parfait, très clair et naturel; Pour enfoncer le clou, il enchaine avec la chanson MeToo par excellence.  Fille de la Nuit  fait un gros fuck aux gens de bon goût et est servie dans une version tartare qu'elle était bien de droit de réclamer. La reprise tachycardique de l'orchestre après le break est magique.

Conscients que maintenir pareil niveau d'intensité serait suicidaire, on joue l'accalmie avec une jolie version de La Fille aux Cheveux Clairs. Jojo se lançant dans un speech en intro "so Jojo" : phrases jamais finies, raisonnements "euh, mais qu'est ce que je suis en train de dire, là...". Laurent Gerra a du prendre des notes. Léger redémarrage avec Flagrant Délit et son refrain toujours aussi maladroit. Puis, la pièce de résistance.  Voyage Au Pays des Vivants,toujours aussi envoûtante avec solo percus-batterie de Sam Kelly et Tommy Brown. Le match est déjà plié. Pari réussi, Jojo se hisse enfin au niveau des pointures mondiales de son domaine. Seuls les gens de mauvaise foi trouveront à redire.

Alors, Jojo du Peuple joue sur du velours et déroule. Un autre enchainement létal Mal/Que Je T'Aime/La Loi/Essayez pour bien t'écraser ce qui te restait de balloches. On expédie deux-trois morceaux en deça pour doucement aborder le final.  Un final aux allures de triomphe. Oh Ma Jolie Sarah , toujours stonienne en diable, hymnesque comme c'est pas permis. Et un long medley rock n' roll de plus de 10 minutes où Polnareff brille, Jojo fait son cabot et feint l'évanouissement. "HAHA, c'était pour rire !", avant de relancer une dernière fois le bolide fou vers le mur. C'est du pur Jojo : les ficelles sont hénaurmes, les recettes sont pas forcément au goût du jour. Mais tout est exécuté avec un tel aplomb et une telle absence de deuxième degré (ce cancer du rock...) qu'il emporte l'adhésion. Désarmant, je vous dis.

Mais Jojo ne parviendra jamais à dépasser les frontières de la francophonie. Les autres avaient d'autres félins à fouetter. Et il n'atteindra plus jamais pareils sommets wock n' woll,.Jojo Icare s'est trop approché du soleil et se brulera très fort dès l'année suivante avec l'échec sanglant de son Johnny Circus. Pas grave, l'amour de son peuple lui était acquis. Le peuple aime, le peuple a raison. Même s'il nous aura fourgué des cochonneries, le père Jojo...

 

Je Suis Né Dans La rue

Fils de Personne

Fille de la Nuit

La Fille aux Cheveux Clairs

Flagrant Délit

Voyage au Pays des Vivants

Mal

Que Je T'Aime

La Loi

Essayez

Si Tu Pars La Première

Voyez Ce Que Je Veux Dire

Il Faut Boire A La Source

Oh Ma Jolie Sarah

Medley Rock n' Roll