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Elton John a eu droit à pas mal de chroniques ces dernières semaines (derniers mois, même), et je ne pense pas que ça soit fini. J'avais profité que MaxRSS ait abordé deux de ses albums (Caribou, Rock Of The Westies) pour rajouter mon grain de sel sur ces deux albums, et réaborder un de ses albums (Blue Moves). J'en avais aussi et surtout profité pour, tout du long, aborder, pour la première fois, trois de ses albums, dont un live. L'album d'aujourd'hui fait, lui aussi, son entrée sur le blog, ce n'est pas une réécriture. J'aurais pu aborder ce disque il y à longtemps, car il y à longtemps que je le possède (en vinyle ; un vinyle en très mauvais état, d'ailleurs, mais il n'est pas dans mes priorités de le racheter) et, donc, que je le connait. De quel album je veux parler ? A Single Man, sorti en 1978, un disque pour lequel j'ai un petit souci : j'ai eu envie de le ranger dans la pop/rock, mais, au final, je me contente de mettre le tag, et de ranger le disque en 'ratages'. Attention, je ne veux pas non plus sauver ce disque, mais il offre deux grands morceaux eltoniens. Mais, si on remet les choses dans leur contexte, A Single Man est probablement le premier mauvais cru de Sir Reginald K. Dwight (son vrai nom). Allez, petit rappel.

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Elton, de 1969 à 1973, n'a sorti que des merveilles. En 1974, Caribou, premier d'une trilogie d'albums enregistrés aux Caribou Ranch Studios (Nederland, Colorado) de James William Guercio, sera, lui, une belle déception, malgré la présence de trois merveilles (dont Don't Let The Sun Go Down On Me). Mais dans l'ensemble, c'est un album assez plat, pas mal de chansons (Solar Prestige A Gammon, Dixie Lily) sont très médiocres, le disque est poussif et montre un Elton qui commence à perdre de la substance. Heureusement, il se reprend en 1975 avec un Captain Fantastic & The Brown-Dirt Cowboy juste parfait ; mais Rock Of The Westies, en 1975 aussi, va légèrement faire redescendre le niveau (j'aime cependant beaucoup, désormais, ce disque relativement mineur), avant que le double Blue Moves, en 1976, ne le fasse revenir à un meilleur niveau (mais comme je l'ai dit ici récemment en réabordant ce disque, Blue Moves est certes hautement recommandable, il souffre du syndrome du double album rempli à tort et à travers). Enregistré en Angleterre pendant une bonne partie de 1978 (le disque sortira en octobre), A Single Man possède une des plus iconiques pochettes de la discographie d'Elton John : le bonhomme, bien fringué comme un gentleman du début du XXème siècle, posant, fièrement, sur le Long Walk, dans le parc du Château de Windsor. La pochette ouvrante montre une autre photo de lui, dans une voiture (une Jaguar des années 50, rouge). L'effet voulu est de la plus haute distinction, sobriété et élégance. De ce point de vue-là, c'est réussi. Musicalement, en revanche, ce disque qui entremêle pop/rock et un peu disco n'est vraiment pas une réussite. 

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Pourtant, on trouve ici deux hits : Part-Time Love (ne comfondons pas avec Part-Time Lover de Stevie Wonder, les mecs, ça serait aussi mal que de croiser les effluves, comme le dit si bien le professeur Egon Spengler) et surtout Song For Guy. Quasi instrumental, ce morceau de plus de 6 minutes achevant l'album est un des morceaux les plus connus du bonhomme. C'est un morceau qui fut composé (entièrement par Elton, d'ailleurs, sans collaboration aucune) dans des conditions étranges : Elton a dit qu'il avait composé ce morceau, à la base sans titre, un dimanche, chez lui, il se sentait comme flotter dans son propre corps, il s'est imaginé en train de mourir, et a composé ce morceau mélancolique (un piano entêtant) et peu prodigue en paroles (Life isn't everything, isn't everything, isn't everything, répété d'une petite voix aérienne et distante, dans la dernière partie du morceau, et c'est à peu près tout). Le lendemain, il apprend une triste nouvelle : Guy Burchett, un jeune coursier de sa maison de disques, âgé de 17 ans, est mort la veille dans un accident de la route. Elton John, le jour où le jeune coursier de Rocket Records est mort, a composé un morceau sur la mort, dans un état second, tout en ignorant alors le drame qui venait de se produire. C'est pour le moins troublant. Sans titre à la base, le morceau est baptisé logiquement Song For Guy, un petit texte explicatif est sur la sous-pochette des paroles. Le morceau sort en single et cartonne. C'est le sommet d'un album globalement médiocre (je préfère ne pas dire ce que je pense de Georgia, I Don't Care, Return To Paradise), premier album d'Elton sans qu'il ne collabora avec son parolier attitré (et ami) Bernie Taupin, remplacé par Gary Osborne (Taupin, en 1978, collaborera avec Alice Cooper : From The Inside), et son premier sans son producteur attitré (et ami) Gus Dudgeon (album coproduit par Elton et Clive Franks). Dans les deux cas, cette absence se fait ressentir. On a entre les mains, donc, un cru vraiment mineur d'Elton. Mais le bonhomme fera pire : l'année suivante, en 1979 donc, il sort Victim Of Love, un disque court, heureusement, mais totalement nul, de la disco merdique dont il n'a jamais interprété le moindre morceau en live, et qu'il a sans doute quelque peu renié. A côté, A Single Man fait office de merveille, c'est dire...

FACE A

Shine On Through

Return To Paradise

I Don't Care

Big Dipper

It Ain't Gonna Be Easy

FACE B

Part-Time Love

Georgia

Shooting Star

Madness

Reverie

Song For Guy