S1

On va parler aujourd'hui d'un disque totalement culte des années 90. Slint est un groupe américain fondé en 1986 et constitué de Brian McMahan (chant, guitare), Ethan Buckler (basse, remplacé par Todd Brashear sur l'album qui nous intéresse), Britt Walford (batterie, chant) et David Pajo (guitare). Originaires du Kentucky comme un fameux colonel de basse-cour, le groupe a sorti son premier album en 1989 : Tweez, produit par Steve Albini et enregistré en 1987. Deux ans plus tard (deux ans après la sortie de Tweez, pas son enregistrement, donc en 1991), le groupe, qui a donc changé de bassiste, sort, sur un petit label (Touch And Go), le successeur de Tweez : Spiderland. Le groupe se sépare peu après, et se reforme de temps en temps, 1992, 1994, 2005, 2013, 2014, plus rien depuis cette dernière année. Comment définir le son de Slint ? Niveau vocal, on a des alternance entre murmures et chant à la limite de l'hystérie retenue. Musicalement, c'est du post-rock qui tient du doom, du grunge, de l'alternatif, tout en étant, aussi, clairement autre chose. Long de 39 minutes et presque autant de secondes, sorti sous une pochette minimaliste montrant une photo noir & blanc des quatre Slint dans une étendue d'eau, tête émergeante (au dos, une photo d'une araignée et les crédits, c'est tout), l'album, produit par Brian Paulson, n'offre que 6 titres, allant de 5 minutes pour le plus court à presque 9 minutes pour le plus long. 

S3

Spiderland n'est pas un album destiné à accompagner les longs trajets en voiture avec les mioches qui, à l'arrière, braillent, tous les 12,8 kilomètres, c'est quand qu'on arrive ?, autant le dire. Disque séminal qui, à sa sortie, sera très bien accueilli par la presse (mais se vendra à peu près aussi bien que des biographies de Nixon à un congrès du Parti Démocrate), Spiderland est un album monolithique et, autant le dire, assez terrifiant. Si vous cherchez de la bonne humeur, de la joie, de la gaieté, de l'ensoleillement musical, c'est pas ici que vous les trouverez. Les morceaux, Nosferatu Man, Don, Aman, Washer, Breadcrumb Trail, se ressemblent fortement, au premier abord, et ont tous ce côté Black Sabbath en considérablement ralenti interprété par un jeune con qui s'apprête à faire un acte irréparable (du genre se tuer, ou tuer des gens avant de se tuer). Clairement, Spiderland, ça transpire rien qu'avec sa pochette qui, sans faire froid dans le dos, interpelle quand même quelque peu, est un disque d'atmosphère qui fout les jetons. On a des moments très calmes, angoissants au possible (basse minimaliste, ligne de guitare froide et répétitive, chant murmuré et inintelligible) qui, d'un coup, partent en explosion grungesque avant de replonger dans le minimalisme. 

S2

Aucun tube ici, évidemment, mais une renommée culte à travers les âges. Ce disque, sorte d'anti-Nevermind, est sorti l'année de l'album de Nirvana. Une année importante, 991, celle de gros best-sellers (Michael Jackson, Metallica, Guns'n'Roses, Nirvana donc, Primal Scream). Comme je l'ai dit, Spiderland, découvert pour ma part via un livre recensant des classiques underground, une discographie idéale alternative (il me semble que c'était d'ailleurs quasiment le titre du livre), ne fait pas partie de ces best-sellers, mais en revanche, il fait partie des chefs d'oeuvres de 1991, des années 90 en général, même. Il fut une poignée d'écoutes, relativement espacées, pour parvenir à définitivement entrer dans ce temple de la dépression musicale, de l'angoisse minimaliste (Washer file des frissons), album sur lequel aucun morceau n'est à retirer, n'est moins bon que les autres. On notera que For Dinner... est instrumental. Bref, un album parfait, mais à ne pas mettre dans toutes les oreilles ; dépressifs s'abstenir. Même sans rien piger aux paroles, il y à des mélodies qui ne trompent pas...

FACE A

Breadcrumb Trail

Nosferatu Man

Don, Aman

FACE B

Washer

For Dinner...

Good Morning, Captain