We-Are-Not-Your-Kind

Ils sont neuf (Sid Wilson, Paul Gray, Joey Jordison, Chris Fehn, James Root, Craig Jones, Shawn Crahan, Mick Thomson et Corey Taylor), ils portent des masques et sont originaires de Des Moines, dans l’Iowa. Je parle évidemment de Slipknot. La formation a connu tout une pléthore de mutations. « Paul Gray décède le 24 mai 2010 et Joey Jordison est renvoyé le 12 décembre 2013. Ils sont remplacés respectivement par Alessandro Venturella (ce dernier succédant à Donnie Steele, qui a remplacé Gray de 2011 à 2014 avant de quitter Slipknot pendant l'enregistrement de .5: The Gray Chapter) et Jay Weinberg. Puis c'est Chris Fehn qui est renvoyé de Slipknot après avoir porté plainte pour une histoire de rémunération. Depuis le renvoi de Jordison, c'est le percussionniste Crahan qui reste le seul membre fondateur actif du groupe » (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Slipknot).

Lors de leurs tous premiers ânonnements et balbutiements, Slipknot louvoie, arraisonne et expérimente. Nous sommes vers le milieu des années 1990. Le grunge est en deuil et en déliquescence depuis le suicide de Kurt Cobain, le chanteur de Nirvana. Les jeunes éphèbes impudents obliquent alors vers la scène Nu Metal. Slipknot va allègrement bénéficier de ce nouveau tropisme musical. Pourtant, au moment de la sortie de leur premier album, sobrement intitulé « Slipknot » (1999), tout le monde (ou presque…) gage sur la fugacité de Corey Taylor et sa bande. Le Nu Metal ne sera qu’une vague évanescente, condamnée – un jour à l’autre – à s’évaporer en raison de ses allégeances matoises pour le heavy metal. Objectivement, rien ne distingue Slipknot d’autres formations peu ou prou analogiques.
Au niveau de leurs influences, Corey Taylor et ses affidés n’ont jamais caché leur obédience pour Slayer, Pantera et autres Sepultura (en particulier la période Max Cavalera).

Pourtant, plus de deux décennies après ses premières apparitions, Slipknot continue d’enjôler le public prépubère. On ne peut donc plus invoquer un simple épiphénomène. Paradoxalement, suite au décès de Paul Gray, les jours de Slipknot sont comptés, entre tensions, félonies et autres distorsions musicales. En sus, le milieu des années 2000 ne leur sera guère favorable. Certains thuriféraires stipulent une sévère baisse de régime avec leur troisième opus, Vol.3 : The Sublimal Verses (2004). Cette déréliction sera corroborée par l’album suivant, All Hope Is Gone (2008), un quatrième effort qui ne laisse pas spécialement de réminiscences impérissables.
A contrario, la mort de Paul Gray enjoint Corey Taylor et les siens à revenir vers les fondamentaux de naguère, ceux de l’album éponyme, puis de Iowa (2001).

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Avec leur cinquième album, .5: The Gray Chapter (2014), Slipknot a retrouvé cette verve et cette luminescence de jadis. Puis, Corey Taylor et ses prosélytes s’enliseront à nouveau dans le silence. A ce moment-là, la presse évoque même une séparation, des allégations prestement démenties. Cinq années se sont écoulées depuis .5: The Gray Chapter. Le deuil de Paul Gray a permis également de plancher et de besogner sur un sixième disque. Ce sera We Are Not Your Kind, sorti en 2019. Pas de surprise au niveau des ventes. Via ce sixième album, Slipknot continue de toiser le firmament des charts et des oriflammes. Même les critiques se montrent unanimement panégyristes.
Pour certains laudateurs, on tiendrait même le meilleur album de Slipknot. Rien que ça ! Reste à savoir si We Are Not Your Kind mérite – ou non – de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique…

Premier constat, We Are Not Your Kind se montre plutôt philanthrope avec pas moins de 14 titres, pour une durée de 63 minutes, chronomètre en main ! A l’aune de ce nouvel effort, rien n’a vraiment changé depuis le premier album. Comme de coutume, le groupe originaire de Des Moines amorce les inimitiés par une introduction électro et nonchalante (Insert Coin), pour mieux faire parler la poudre dès la seconde chanson (l’incroyable Unsainted). Autant l’annoncer sans ambages. Les aficionados de Slipknot seront ici en terrain connu et quasiment conquis. Certes, on peut honnir et répudier Slipknot pour ce qu’il est. Mais le groupe possède un véritable talent pour amonceler les singles à profusion. C’est sans doute la principale argutie de ce nouvel album.
Au moins, We Are Not Your Kind amalgame les singles hégémoniques, d’Unsainted (déjà susdénommé), à Birth Of Cruel, Nero Forte et autres Solway Firth. Mais, entre tous ces singles, on relève d’autres morceaux prédominants. Les moments les plus probants se nomment Death Because of Death, Critical Darling ou encore A Liar's Funeral. Mieux, Slipknot s’extirpe parfois de l’ornière pour visiter d’autres anfractuosités aventureuses, à l’instar de l’étonnant Spiders. Toutefois, on relève encore un petit ventre mou, assez relatif tout de même. Par exemple, Orphan et My Pain s’étalent un peu trop sur la durée, d’où une certaine impression de redondance, voire de fastidiosité après 63 minutes de déchaînements sonores. A défaut d’être le meilleur album de Slipknot, We Are Not Your Kind reste sans doute leur livraison la plus éloquente depuis… Iowa. Une petite performance en somme.

 

sparklehorse2 Alice In Oliver