Perdida

1994, une date fatidique et rédhibitoire pour le grunge. Kurt Cobain, le chanteur de Nirvana, passe l’arme à gauche et laisse le grunge orphelin de sa figure primordiale. Paradoxalement, cette mouvance survivra à cette ixième désinvolture. Pearl Jam, Soundgarden et Alice In Chains poursuivent leur route, néanmoins sur des chemins alambiqués. Suite au décès de Kurt Cobain, le grunge perd – de nouveau – plusieurs faciès proéminents. Layne Staley, le chanteur d’Alice In Chains, meurt d’une overdose au speedball. L’enquête diligentée par la police conclut à une autolyse volontaire. Pearl Jam se retrouve lui aussi en déliquescence suite à un concert.
Lors de cette représentation, une bousculade coûte la vie à 8 jeunes lors du festival de Roskilde. Quant à Soundgarden, le groupe est débordé par les projets solos de Chris Cornell. 
A contrario, Soundgarden retrouve les chemins des studios, mais sans jamais raviver la luminescence de naguère.

Puis, en 2017, Chris Cornell exhale son dernier soupir dans des circonstances assez étranges. Les analyses concluent à une mort par pendaison. Mais, sa veuve, Vicky Karayiannis Cornell, affirme qu'il n'avait pas l'intention de se suicider. Ses proches et son entourage songent davantage à une dépression. Et puis, il y a le cas de Stone Temple Pilots. Depuis ses tous premiers ânonnements et balbutiements, le groupe de Californie a payé cher les élucubrations de son chanteur, Scott Weiland. Depuis les débuts du groupe (l’orée des années 1990), le compositeur multiplie les frasques, les cures de désintoxication, ainsi que les séjours carcéraux. Après d’interminables louvoiements et atermoiements, les frères DeLeo aspirent à davantage de calme et de pérennité. L’aventure Stone Temple Pilots doit se poursuivre, mais sans la présence de Scott Weiland. Ainsi, le groupe se quitte en toute amicalité en 2001 suite à Shangri – La Dee Da.

Puis, après quelques années de silence, Stone Temple Pilots revient avec un album éponyme, toujours sous la férule de Scott Weiland. Hélas, le disque se solde par une rebuffade commerciale. De surcroît, le chanteur a d’autres aspérités et embrasse de nouveaux desseins musicaux. Scott Weiland décède en 2015. L’anamnèse conclut à une surdose accidentelle de cocaïne, de MDA et d'alcool. Le célèbre trublion n’a jamais caché sa dilection ni son accoutumance pour les opiacés. Mais avec sa mort, le grunge accumule les drames et les tragédies. Pourtant, pas question pour Stone Temple Pilots de céder ni de péricliter. Mieux, les frères DeLeo candidatent plusieurs postulants pour suppléer Scott Weiland. Après de nombreuses tergiversations, c’est finalement Jeff Gutt qui doit revêtir les oripeaux de chanteur. Stone Temple Pilots enchaîne alors avec un nouveau disque éponyme, « Stone Temple Pilots 2 » (2018).
Evidemment, l’absence de Scott Weiland se fait furieusement sentir. Le célèbre groupe de rock alternatif se retrouve délesté de sa figure éminente. Mais peu importe. La route doit se poursuivre.

STPphotoPerdida

 

Finalement, toutes ces années de repentance, de contrition et de séparation se sont soldées par ce manque, cette absence et cette résipiscence. Tel est, par ailleurs, le principal apanage de Perdida, sorti en 2020. Evidemment, ce huitième effort est nimbé par l’ombre (encore) prégnante de Scott Weiland. Indubitablement, l’arrivée de Jeff Gutt n’a pas vraiment convaincu les thuriféraires de longue date. Le nouveau chanteur doit prouver qu’il n’est pas qu’un simple faire-valoir. Perdida sera-t-il le disque de la renaissance ? Oui, en un sens, on pourrait évoquer une résurgence, une résurrection, voire presque un cas de métempsychose sévère. 
Premier constat, les laudateurs originels risquent d’être sérieusement décontenancés par les nouvelles directions spinescentes. Perdida est un disque entièrement acoustique. Pour ceux qui s’attendent à quelques pointes de virulence, merci de quitter hâtivement leur siège et retourner gentiment dans leurs pénates !

Perdida renie et abhorre toute influence grunge. On pourrait même invoquer un disque de rock dépressif, ni plus ni moins. La pochette de Perdida dévoile une nature en déshérence et, en particulier, une arborescence exsangue. Pour ce nouvel album, Stone Temple Pilots réfute toute stridulation fluctuante, ainsi que toute allégeance à la musique pop rock. Inutile alors de préciser que la coupure est à la fois inique et radicale. Rien que pour ses trois premiers morceaux (Fare Thee Well, Three Wishes et le titre homonyme), Perdida mérite qu’on s’y attarde. Toutefois, à l’aune de cette huitième livraison, le gouffre paraît abyssal. Autrefois porté par les Beatles, Nirvana et autres David Bowie, Stone Temple Pilots a subrepticement obliqué vers Jethro Tull, ses flûtes traversières et même quelques xylophones.
Si ce choix – encore une fois radical – paraît plutôt opportun, il n’est pas exempt de tout grief. Certes, on relève, çà et là, plusieurs compositions éloquentes (Years, She's My Queen et Sunburst), mais aussi un album beaucoup trop monocorde, voire monotone. En l’espace de deux ans seulement, Stone Temple Pilots a opéré une véritable mutation. Pour les aficionados de toujours, il faudra du temps pour avaler cette interversion… Peut-être (Sans doute...) que Perdida se bonifiera au fil du temps…

 

118566306 Alice In Oliver