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Après la séparation de The Police en 1984, Sting ne perd pas de temps : entre deux tournages (en cette année-là, il joue Feyd Rautha dans le Dune de David Lynch), il prépare et enregistre son premier album solo, The Dream Of The Blue Turtles, qui sort en 1985 et se taille un immense succès, grâce à la présence de trois gros tubes (Russians, If You Love Somebody Set Them Free et Fortress Around Your Heart). Très imprégné de jazz et de calypso, l'album sera suivi d'une tournée de promotion, évidemment. Cette tournée sera, en 1986, immortalisée par un double live, son premier. Sorti le 1er juillet, ce live, toujours double en CD (il dure 83 minutes), a été enregistré entre mai et décembre 1985 en diverses localités européennes : Arnhem (Pays-Bas), Rome (Italie ; j'ai un peu l'air con en précisant ça...) et, surtout en fait, Paris (devinez dans quel pays ça se trouve...noooon, je ne dirai rien, devinez !). L'album, qui récoltera en 1988 un Grammy Award de la meilleure performance vocale masculine et se classera 16ème en Angleterre (et ce, sans qu'il y ait de singles promotionnels), s'appelle Bring On The Night, titre qui est aussi celui d'une chanson de The Police. Sa pochette est une peinture de Su Huntley et Donna Muir (tout l'artwork est de ce genre, recto, verso, sous-pochettes...) représentant Sting et ses musiciens sur scène. Comme on le voit sur la pochette, l'album est crédité M. le Sting et les Tortues Bleus (on notera la faute, il faut un 'e' final à 'Bleues', 'tortue' étant féminin, mais on appréciera la tentative), allusion au titre de son premier album et au fait que c'est en grande partie un live fait en France.

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Sting est ici entouré des musiciens ayant joué sur son premier album solo, à avoir le bassiste Darryl Jones, le claviériste Kenny Kirkland, le saxophoniste Brandford Marsalis, le batteur Omar Hakim, et il joue de la guitare, un peu de basse et de claviers. On a aussi deux choristes, Janice Pendarvis et Dolette McDonald. Produit par Sting et Kim Turner, Bring On The Night tire son nom, donc, d'une chanson de l'ancien groupe de Sting. Compte tenu que la carrière de Sting démarrait, il interprète ici pas mal de chansons issues du répertoire de son ancien groupe (chansons qu'il a écrites lui-même, donc après tout, pourquoi se priver ?), à la fois parce que le public avait aussi envie de les entendre, parce qu'il n'a pas assez de morceaux solo pour concentrer son concert uniquement sur eux, et parce qu'il sait qu'il peut revamper ces anciennes chansons, en faire autre chose. Ce qu'il fait ici. Son album solo était assez jazzy parfois, ce double live, parfait de A à Z, l'est totalement. Tout en étant de la pop, hein. Mais les 13 titres emmènent l'auditeur dans des climats jazz/calypso du plus bel effet (et comme en plus le son de ce live est sublime, ça ne gâche rien). Le concert s'ouvre sur les presque 12 minutes du medley Bring On The Night/When The World Is Coming Down, You Make The Best Of What's Still Around, deux chansons de Police de respectivement 1979 et 1980 qui, ici, sont transformées. On oublie l'ambiance reggae-rock de la première et les power-chords stratosphériques et dubbesques de la seconde, ce medley, qui donne l'impression que les deux chansons sont indissociables (on ne peut pas dire ça de leurs versions studio si on les écoute à la suite l'une de l'autre), est une perfection totale. Sting y chante comme jamais, les interventions des choristes sont à tomber, les réarrangements jazzy/pop sont parfaits... Gros frissons. 

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Tout le live, qui offre quelques raretés (Low Life que Sting composa en 1977 durant les premies concerts de Police ; I Burn For You, qu'il composa en 1975 dans sa classe, alors qu'il était encore instituteur ; Another Day, sorti en face B d'un single promotionnel en 1985), une reprise d'un vieux blues (Down So Long) et une alternance entre morceaux solo et de Police, est parfait. On notera l'absence des hits de l'album solo, forcément joués live, mais qui ne se retrouvent pas sur l'album (aucun bonus-track sur le CD), Sting voulait privilégier des morceaux rares ou des versions intéressantes (Demolition Man enchaîné à The Dream Of The Blue Turtles, les 11 minutes sublimissimes du medley One World (Not Three)/Love Is The Seventh Wave, un Children's Crusade superbe, We Work The Black Seam et Tea In The Sahara que j'adore, un Driven To Tears très jazz/soul à tomber par terre, le minmaliste Consider Me Gone, le ténébreux Moon Over Bourbon Street). Le bilan de ce live est totalement positif, Bring On The Night est un live que j'adore, que je réécoute souvent, avec un plaisir total, une merveille absolue qui plaira aux fans du chanteur, et sur lequel sa sensibilité jazzy ressort totalement. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ces versions réarrangées à la sauce jazz/calypso fonctionnent totalement, le choix était bon, la sélection de morceaux aussi, l'absence des tubes ne se fait pas sentir une seule seconde et on ne s'ennuie pas. C'est, dans le genre, un jalon ! La suite de la carrière du Dard ne va, dès lors, être qu'une longue ascension...

FACE A

Bring On The Night/When The World Is Coming Down, You Make The Best Of What's Still Around

Consider Me Gone

Low Life

FACE B

We Work The Black Seam

Driven To Tears

The Dream Of The Blue Turtles/Demolition Man

FACE C

One World (Not Three)/Love Is The Seventh Wave

Moon Over Bourbon Street

I Burn For You

FACE D

Another Day

Chldren's Crusade

Down So Long

Tea In The Sahara