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Toujours la même antienne. En 1994, le décès de Kurt Cobain (le chanteur de Nirvana) se solde par la mort de la vague grunge, même si certains groupes font encore preuve de morgue et de résilience. Hélas, bien conscient de cette déliquescence, Pearl Jam n’est plus ce groupe flamboyant de naguère. Soundgarden s’évapore, emporté par les projets solos de son leader, Chris Cornell. Alice In Chains est désormais un groupe moribond, surtout après son album éponyme et les sénescences récurrentes de son auteur, Layne Staley, qui multiplie les cures de désintoxication. Mais, peu importe, l’industrie musicale s’ingénie à déceler le digne épigone de Nirvana…
Et tant pis si ce dernier ne partage aucune accointance avec Seattle… Tantôt ce nouvel avatar se nomme Silverchair, tantôt il se prénomme Stone Temple Pilots. Hélas, ces figures tutélaires ont toujours nié et rabroué la moindre allégeance à ce tropisme musical.

Live sera lui aussi victime de ces fausses contiguïtés matoises. En outre, Ed Kowalczyk (chanteur et principal compositeur) et ses fidèles sectateurs ne sont même pas originaires de Seattle, mais de New York, en Pennsylvanie. Mieux, Live n’a jamais clamé ni harangué la moindre affiliation au grunge, que ce soit dans ses oripeaux obsolètes (vive le bermuda et la chemise à carreaux !), ou même dans ses dissonances musicales. Preuve en est. Aux yeux de l’oligarchie musicale, Live appartient à la mouvance « rock alternatif ». Aux yeux de certains producteurs, c’est une argutie suffisante pour répertorier Live dans la catégorie « post-grunge », un néologisme qui fonctionnera – peu ou prou – jusque l’orée des années 2000, date à laquelle le grunge est prestement évincé par le Nu Metal.
En réalité, Live sévit sur la scène musicale depuis le milieu des années 1980. Pendant longtemps, le groupe multipliera les cryptonymes.

Tout d’abord baptisé First Aid, le groupe permutera les épithètes pour se transmuer - tour à tour - en Action Front, Body Odor Boys, Paisley Brues, Club Fungus et Public Affection. Après d’interminables louvoiements et atermoiements, Ed Kowalczyk et ses affidés optent finalement pour Live. Voilà pour l’anecdote superfétatoire ! Ainsi, deux mini-albums verront le jour dans la foulée. Four Songs (1991) et Mental Jewelry (1991) leur permettent d’ériger un simulacre de notoriété. Puis, au moment où le grunge se désagrège, Live sera promu sur la scène internationale. Leur nouvelle livraison, Throwing Copper (1994), se soldera par un immense succès commercial, que ce soit chez l’Oncle Sam, ou encore dans nos contrées hexagonales. Selling the Drama et surtout I Alone permettent à Live de toiser enfin le firmament des oriflammes. A raison, Ed Kowalczyk et sa bande jubilent.
A l’heure actuelle, Throwing Copper est toujours considéré comme la meilleure performance de Live.  
Certes, à postériori, le groupe voguera vers d’autres contrées alternatives. 

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Mais, que ce soit Secret Samadhi (1997), The Distance To Here (1999), (2001), Birds of Pray (2003), ou encore Songs from Black Mountain (2006), aucun de ces albums n’itérera les performances de Throwing CopperReste à savoir si ce disque mérite – ou non – de telles courtisaneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique… A contrario, certains contempteurs tancent et vilipendent un groupe qu’ils jugent évanescent et sommaire. Non, Throwing Copper ne serait pas le nouveau Nevermind (1991). A contrario, Live n’a jamais eu (bis repetita) pour velléité de baguenauder dans le sillage et le continuum de Nirvana. Pour une fois, la pochette du disque dénote par ses lithographies doucereuses puisqu’on y voit un personnage aux étonnantes rotondités, visiblement aguiché par quatre autres protagonistes. Pour le reste, il faudrait se montrer particulièrement rustre et vachard pour ne pas discerner les attributs de Throwing Copper. Tout commence de façon alambiquée, tel un cri d’amertume et de résipiscence, avec The Dam At The Otter Creek, à la nonchalance prononcée.

Puis, le disque oscille vers ses deux tubes stratosphériques, Selling the Drame et I Alone. Throwing Copper se poursuit sur ses acquis et ses certitudes. On comprend mieux pourquoi l’album a été salué, adoubé et même sacralisé par Michael Stipe lui-même, tant Throwing Copper porte – bon gré mal gré – les rudiments et les linéaments de R.E.M. Toutefois, Ed Kowalczyk et les siens parviennent à s’extirper de l’ornière, en amalgamant pop et sonorités alternatives. On se trouve devant un disque qui exhale la décennie 1990 à plein nez. Cependant, difficile de ne pas reconnaître les arguties d’Ed Kowalczyk et sa bande. Throwing Copper possède de solides scansions dans sa besace, d’Iris à Shit Towne, en passant par All Over You. Toutefois, on aimerait que Live s’emporte davantage, à l’instar de Stage et de l’excellent WaitressEd Kowalczyk et ses prosélytes sont nettement moins éloquents lorsqu’ils versent dans la complainte sirupeuse. Par exemple, Pillar of Davidson ne restera pas dans les annales. 
Mais, au moins, Throwing Copper peut s’enhardir d’un certain éclectisme, entre mélancolie, pop soyeuse et rock alternatif de bon aloi.

 

118566306 Alice In Oliver