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On les croyait perdus, probablement noyés dans l’espace/temps, engoncés quelque part dans leurs anfractuosités musicales. Je parle évidemment de Thom Yorke et de Radiohead. Avant toute chose, un petit historique s’impose. Pour comprendre l’évolution (radicale) du groupe, il faut sans doute remonter à la genèse, en tout cas aux tous premiers balbutiements de Radiohead. C’est le tube Creep (album Pablo Honey, 1993) qui propulsera Thom Yorke et ses fidèles sectateurs vers les firmaments de la gloire. Paradoxalement, cette quintessence subreptice fait presque office de succès d’infortune. Creep ne reflète pas l’univers épars de Radiohead.
Rapidement, le morceau est même évincé des concerts, pour le plus grand désarroi des radios, des médias et de certains producteurs mercantiles. Cet incident ne sera pas sans conséquence. Pour Thom Yorke, il est nécessaire (et même fondamental) d’autopsier un univers musical en perpétuelle mutation.

Si l’influence pop reste encore prédominante sur The Bends (1995), Radiohead commence déjà à évoluer vers d’autres stratosphères dissonantes avec Ok Computer (1997). Une révolution est en marche. Le groupe passe d’une pop harmonieuse (très influencée par David Bowie – dixit les propres aveux de Thom York) à de nouvelles expérimentations sonores. Cette randomisation aurait pu se solder par une rebuffade commerciale. Ce sera exactement l’inverse. Via Ok Computer, Radiohead franchit un cap supplémentaire. Certains thuriféraires estiment que l’on tient le ou l’un des meilleurs groupes britanniques des années 1990. Aux yeux de certains aficionados, Radiohead serait carrément le meilleur groupe du monde. Rien que ça ! Curieusement, Thom Yorke n’a cure de tous ces concerts de louanges et de satisfécits. Radiohead doit continuer d’expérimenter et de louvoyer vers de nouvelles contrées spinescentes. La rupture est d’autant plus fatidique avec Kid A (2000) et Amnesiac (2001).

Si certains contempteurs crient à l’imposture musicale, d’autres se montrent beaucoup plus panégyristes. Mais, dans tous les cas, que l’on aime ou que l’on déteste Radiohead, force est de constater que chaque nouvel album anime les débats. Ce sera encore le cas avec la sortie d’In Rainbows (2007). Ce disque hétéromorphe ouvre une nouvelle ère musicale. Au moment de sa sortie, In Rainbows est seulement disponible en téléchargement. L’industrie de la musique est en berne et doit se colleter avec un nouvel impérium, celui d’Internet et des réseaux sociaux. Evidemment, ce diktat sera vivement gourmandé et semoncé par certains fustigateurs.
Désarçonné, Thom Yorke et les siens ne souhaitent pas rééditer une telle inconvenance. Dans les médias, on ne discute nullement du contenu (grandiose…) d’In Rainbows, mais surtout de son mode de téléchargement. Que soit. Thom Yorke, Jonny Greenwood et les autres s’affairent à un nouvel album, The King of Limbs.

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Radiohead poursuit son travail de dissection, voire d’atomisation musicale. Autant l’annoncer sans fard. A force de verser dans l’intellectualisation et les expérimentations oiseuses, The King of Limbs désappointe à la fois les fans, ainsi que la presse musicale. Autrefois dithyrambiques, les critiques se montrent beaucoup plus circonspectes. Pour Radiohead, il est temps de revenir aux fondamentaux de jadis, ceux de The Bends et Ok Computer. La requête est évidemment ouïe par Thom York et ses fidèles prosélytes. La sortie de A Moon Shaped Pool en 2016 a justement pour objectif de raviver cette verve de naguère, celle que l’on avait partiellement perdu depuis Amnesiac tout de même… A l’exception peut-être d’In Rainbows, mais ceci est une autre discussion…
Toujours est-il que Radiohead a sans doute trop dérivé, trop arraisonné, trop tergiversé vers certaines concavités stridulantes. A raison, certains dépréciateurs ont tancé, fustigé et anathématisé une certaine redondance et fastidiosité.

Il était donc temps de revenir à davantage d’entregent et de sobriété. Tel est le principal leitmotiv de A Moon Shaped Pool. Le verdict de la presse est immédiatement martelé. Oui, A Moon Shaped Pool constitue le ou l’un des meilleurs albums du groupe depuis… Ok Computer tout de même. Reste à savoir si cette neuvième livraison mérite – ou non – de telles flagorneries. La réponse est plutôt positive même si, personnellement, mon disque favori reste (et restera ?) In Rainbows. Derechef, Radiohead remplit doctement son office. Chaque note, chaque riff de guitare, chaque percussion sont minutieusement pensés, conçus et ratiocinés pour cajôler nos esgourdes. Burn The Witch amorce les inimitiés. Puis, c’est le magnifique et tétanisant Daydreaming qui poursuit les belligérances.
S’ensuit toute une pléiade de ballades soyeuses et lumineuses, portées par la grâce de musiciens métronomes et surtout par la voix enchanteresse de Thom Yorke. Decks Dark, Desert Island Disk, Glass Eyes, Identikit, ou encore The Numbers sont autant de mélopées éthérées, voire fascinantes. Au moins, avec A Moon Shaped Pool, Radiohead semble s’être délesté des travers expérimentaux d’Amnesiac et autres The King of Limbs. Un choix pertinent. Pourvu qu’il perdure…

 

118566306 Alice In Oliver