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Retour à la vague grunge. Oui, encore la même ritournelle… Non, cette mouvance n’est pas exempte de tout grief. Certes, grâce au succès mirobolant de Nirvana, d’autres groupes sortiront de l’ornière. Soundgarden profitera de ce nouvel essor pour sortir Superunknown (1994) après quelques albums (peu ou prou) confidentiels. D’autres, moins guignards, toiseront le firmament des oriflammes. C’est par exemple le cas de Pearl Jam et de son premier album, Ten (1991), qui s’écoulera à plusieurs millions d’exemplaires. Alice In Chains sera lui aussi exposé sous les feux des projecteurs, même si Facelift (1990) est reçu avec un peu moins de ferveur.
Toutefois, le public grunge (et metal) répond benoîtement à l’appel. Certes, en 1994 et suite au suicide de Kurt Cobain (le chanteur de Nirvana), le grunge semble définitivement exsangue. 
Pas tout à fait. A l’instar de la « Bruceploitation » en son temps (petite digression volontaire…), le grunge aura lui aussi le droit à ses clones et à sa panoplie d’avatars.

On peut légitimement invoquer une « Grungeploitation » (je viens d’inventer le néologisme). Oui, la mode Nirvana est désormais trépassée. Opportunistes, les producteurs et les maisons de disques s’empressent de repérer et de déceler de nouveaux épigones. En l’occurrence, cet épigone se nomme Silverchair. Non, ce trio (Daniel Johns, Chris Joannou et Ben Gillies) n’est pas américain, mais australien. Nos trois bambins commencent déjà à scander leur repentance et leur désespoir dès l’école primaire. Ensemble, ils reprennent à l’unisson des chansons de Led Zeppelin, Deep Purple et autres Black Sabbath. Une chaîne de radio leur permet d’accroître leur popularité naissante via la démo de TomorrowA l’époque, Daniel Johns et ses prosélytes ont opté pour le nom Triple J.
Mais le cryptonyme est jugé peu vendeur par les financeurs. Précautionneux, Daniel Johns rebaptise le groupe Silverchair. Leur premier disque, Frogstomp (1995), est mixé et cornaqué par les soins de Kevin Shirley, un producteur qui a déjà supervisé plusieurs artistes éminents.

Ce dernier enjoint Daniel Johns et les siens à réaliser un disque punk et metal, évidemment auréolé par l’ombre – encore prégnante – de Kurt Cobain. La requête est évidemment ouïe par Daniel Johns et les siens. Silverchair s’affaire immédiatement à la tâche. A l’époque, nos trois tourtereaux sont encore de jeunes éphèbes de 14 ou 15 ans. Les charts les propulsent – manu militari – comme les nobles dignitaires de Nirvana. Contre toute attente, cette esbroufe se solde par un succès pharaonique. Frogstomp s’écoule à plusieurs millions d’exemplaires. Si le succès est au rendez-vous, certains fustigateurs ne manquent pas de brocarder et de semoncer cette parodie de Nirvana.
Mais peu importe. Silverchair doit poursuivre son chemin. Désormais, ce groupe factice doit passer l’épreuve – toujours difficile – du second album. Ce sera Freak Show, sorti en 1997. Le titre du disque est-il une référence matoise au chef d’œuvre de Tod Browning, Freaks – La Monstrueuse Parade (1932) ? Non, dément Daniel Johns. 

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"Tu le veux mon cri de désespoir ? Tu le veux ? Tu le veux ! Le voilà, connard !"
(Désolé pour cet intermède trivial...)

 

A l’instar de Nirvana en son temps et de son album In Utero (1993), Freak Show s’apparente à un cri d’amertume. Cette contrition est proclamée par un Daniel Johns réfractaire lors d’une interview. Avec Freak Show, le leader autocratique souhaite exposer sa bile à la face du monde. Cette seconde livraison n’échappe pas aux brocards et aux quolibets de la presse spécialisée. Pour certains contempteurs, il serait temps de cesser lestement les inimitiés. Même le monde du rock se gausse éperdument de cette bande d’adulescents. Certes, il serait sans doute aisé de tancer et de fustiger ce second album. Pour une fois, l’oriflamme du disque est à la mesure de nos attentes et de nos espérances (ou plutôt désespérances…). Cette pochette arbore le faciès hideux d’un jouvenceau, visiblement atteint de difformités. A travers ce visage, curieusement hilare, Daniel Johns dépeint sa propre personnalité, elle aussi en dissonance. Bienvenue dans les vicissitudes de l’adolescence !
Tel est le principal leitmotiv de Freak Show. C’est le morceau Slave qui amorce les animosités via ces riffs de guitare qui rappellent étrangement les stridulations de Black Sabbath, l’irascibilité en moins.

Silverchair enchaîne alors avec son single, Freak. Ce tube se veut être le digne légataire de Rape Me (Nirvana, album In Utero). Hélas, la métaphore s’arrête bien là. « Body and soul I'm a freak I'm a freak », s’écrie un Daniel Johns atrabilaire. On a presque de la peine pour ces jeunes bambins qui réitèrent, à la virgule près, l’album In Utero, là aussi l’irrévérence et la sagacité en moins. Est-il absolument opportun de s’appesantir sur ce Freak Show ? Non pas vraiment. Le disque cumule les incuries et les impérities et louvoie entre complaintes absconses (Cemetary) et grunge désuet (l’affreux Lie To Me). Sincèrement, je ne vois rien à sauver sur cet album soporatif, à l’exception peut- être – et à condition de faire preuve de miséricorde – de The Door.
Mais, pour le reste, Freak Show est – au mieux – un naufrage intégral, qui justifie entièrement sa place dans les ratages musicaux de Rock Fever. Hélas, la débandade se poursuivra avec le disque suivant, Neon Balroom (1999), tout aussi calamiteux.

 

118566306 Alice In Oliver