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Ils étaient beaux, fringants et même tonitruants. Tout le monde leur prédisait un avenir radieux en détrônant Nirvana et en évinçant la vague grunge de surcroît. Pourtant, après trois premiers albums en état de grâce (Nurse en 1992, Troublegum en 1994, puis Infernal Love en 1995), Andy Cairns et les siens se sont subrepticement liquéfiés, délayés et anatomisés. A partir de l’album Semi-Detached (1998), même les thuriféraires originels stipulent une sévère baisse de régime. Certes, le disque reste probe, honorable et même recommandable. Toutefois, une question reste en suspens : où est passé le groupe qui a fomenté et orchestré Troublegum ?
L’avenir de Therapy? était pourtant tracé, esquissé et même jalonné pour embrasser les firmaments de la gloire. Mais Andy Cairns et ses ouailles n’ont cure de cette gloriole évasive. 
Contre toute attente, le groupe de heavy metal choisit une route beaucoup plus alambiquée et se gausse impérialement des objurgations de ses contempteurs.

Non, le groupe n’a plus pour velléité d’embrasser les charts ni de toiser les acmés des oriflammes. C’est probablement pour cette raison que leurs albums consécutifs (notamment Suicide Pact – You First en 1999 et Shameless en 2001) ne cherchent pas à flagorner un large audimat, laissant même certains laudateurs pantois. Certains fustigateurs accusent non seulement un manque (flagrant) d’inspiration, mais gourmandent aussi un groupe débonnaire, au mieux évanescent. C’est vrai que le trio formé par Semi-Detached, Shameless et Suicide Pact – You First suinte surtout la pusillanimité, un comble pour un groupe qui exsude la bile et la rage. Même en interview, Andy Cairns évoque un état de sénescence, au mieux de convalescence. Therapy? serait-il déjà condamné à s’enliser parmi les groupes de rock anémiques ? Une question lapidaire qui enjoint à Therapy? à se remettre prestement au travail.
La requête est ouïe par Andy Cairns. Le chanteur et compositeur sourcilleux s’affaire doctement à la tâche. Le prochain album de Therapy? doit faire oublier cette période de maigres subsides.

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Ce sera High Anxiety, sorti en 2003. En raison des louvoiements et des atermoiements du groupe, plus personne (ou presque…) ne gage sur un sursaut putatif. En sus, la pochette du disque est particulièrement hideuse via cet assemblée de convives nantis de têtes dolichocéphales. Que les aficionados de Therapy? se rassérènent. High Anxiety réactive cette flamboyance de jadis. Autant l’annoncer sans ambages. Non, l’album ne réitère pas les fulgurations matoises de Troublegum, mais il reste sans doute leur disque le plus éloquent depuis… Infernal LoveRien que pour sa première partie, à la fois virulente et paroxystique, High Anxiety justifie les dithyrambes de Rock Fever.
C’est Hey Satan - You Rock qui ouvre les festivités. Autant l’annoncer sans fard. Ce morceau virevoltant cogne, rudoie et tabasse sévère ! On se croirait revenu au temps de Knives et aux furibonderies de Turn (donc encore Troublegum !). Toujours la même antienne…

Therapy? a donc effectué son propre catharsis et enchaîne avec un Who Knows jubilatoire. Mais le groupe tient enfin son nouveau Saint-Graal avec Stand In Line, un tube pétulant qui n’a rien à envier à Nowhere (Troublegum) et autres Epilepsy (Infernal Love). Enfin, après une longue période de sinistrose, Therapy? signe sa résurgence ! Il était temps… Non, Therapy? n’est pas un groupe moribond. Nobody Here But Us, Watch You Go, le génial If It Kills Me, Not in Any Name et My Voodoo Doll confirment cette guérison thaumaturgique. Therapy? semble avoir trouvé la formule ad hoc entre new wave, punk, metal et autres exhalaisons sulfureuses. Cependant, High Anxiety n’est pas exempt de tout grief. Certes, ce nouveau disque (le septième tout de même) renoue avec cette hargne de naguère… Tout du moins sur ses huit premiers morceaux. Puis, curieusement, vers la fin, Therapy? retombe dans ses travers habituels et renoue avec cette pointe d’amertume et de circonspection laissée par Semi-Detached et surtout Suicide Pact – You First. Les morceaux Last Blast et Rust ne laisseront pas de souvenances indélébiles… Dommage que High Anxiety se conclut sur cette déconvenue relative.
Néanmoins, cette septième livraison reste un grand disque heavy metal. Et bonne nouvelle, Andy Cairns et ses sectateurs garderont le cap sur les albums consécutifs.

 

sparklehorse2 Alice In Oliver