Only_Women_Bleed_Live

J'avais abordé le très intéressant cas d'Alice Cooper en 2018, abordant l'ensemble de ses albums de son tout premier (Pretties For You, 1969) à DaDa (1983), faisant de nouvelles chroniques pour trois albums, et des chroniques inédites pour les autres, abordés pour la première fois à ce moment. Un album avait été négligé, parce que je ne le possédait pas encore à l'époque (c'est chose faite depuis un bon mois) : son live de 1977. Lequel se trouve être, aussi, son premier album live...et son seul live officiel pour une période de 20 ans ! Il s'agit évidemment de The Alice Cooper Show, un album qui, pour un live, possède un défaut quasiment rédhibitoire : il ne dure que 39 minutes (et autant de secondes), autrement dit, il n'est que simple. J'ai déjà eu l'occasion de le dire ici plusieurs fois et nul doute que cette fois supplémentaire ne sera pas la dernière, mais quand un live est simple, en tout cas pour moi, c'est vraiment une grosse source de frustration, car évidemment (sauf éventuellement les lives les plus anciens, du début des années 60, genre Live At The Apollo de James Brown ou Live At The Star-Club de Jerry Lee Lewis, car les concerts de cette époque étaient, souvent, courts, bien moins d'une heure ; les Beatles se produisaient pour 45 minutes en gros, durant leurs concerts), ça signifie qu'il manque des morceaux, que l'on a même, probablement, raccourci des morceaux, et même modifié l'ordre de la setlist. Bref, ça ne représente pas un concert, ce n'en est qu'un succédané aussi insuffisant que frustrant. 

AC2

Pour moi, un live (surtout dans les années 70 et 80) qui n'est que simple, c'est un combat perdu, un album foiré, même si certains lives simples sont excellents (le Live ! de Bob Marley, celui de Robin Trower, le USA de King Crimson, les Rock'n'Roll Animal et Live de Lou Reed - mais comme ces deux derniers proposent l'intégralité ou presque d'un seul et unique concert, en deux albums séparés, on peut les mettre un peu à part ; écoutez-les à la suite, c'est comme si vous écoutiez un double album - ou le No Sleep 'Til Hammersmith de Motörhead). Pour être sincère, ce n'est pas le cas de ce premier live du Coop'. The Alice Cooper Show a été enregistré les 19 et 20 août 1977 à l'Aladdin Hotel de Las Vegas, il offre 11 plages audio, dont deux qui proposent des medleys. En tout, on peut dire que 14 titres sont interprétés ici (mais certains, pas en totalité, donc). A l'époque de la sortie de ce live, Alice Cooper va mal. Alcool, drogues, il n'est plus que l'ombre de lui-même et entrera bientôt (en fait, au moment de la sortie de ce live, en décembre 77, c'était déjà le cas) en hôpital psychiatrique afin d'y passer une cure de désintoxication, et son album suivant, From The Inside (1978) sera une sorte de compte-rendu de cette expérience. Quand ce live est sorti, le disque le plus récent de Cooper, sorti aussi en 1977 (en avril), c'était Lace And Whiskey, disque très médiocre, son pire de la décennie 70 et un de ses plus mauvais. Un disque plus rock que hard, dont un titre est joué sur ce live : la scie dégoulinante You And Me, ici très courte. 

AC3

Dans l'ensemble, ce live (à la qualité audio moyenne, il y à bien mieux dans le genre) offre une setlist quasiment irréprochable : Under My Wheels, I'm Eighteen, School's Out, Billion Dollar Babies, l'enchaînement Devil's Food/The Black Widow, les ballades Only Women Bleed et I Never Cry... Mais malgré tout ça, The Alice Cooper Show est un mauvais live. Je ne le classe pas dans les ratages quand même, mais de justesse. Pluieurs choses sont à pointer ici : tout d'abord, Alice n'était pas en forme durant cette période ; ensuite, clairement, ces concerts captés pour ce live le montrent en assez mauvaise forme, pas des bonnes soirées, loin de là ; enfin, un concert du Coop' sans le visuel, c'est comme une France sans Pavé d'Affinois, pour citer une défunte pub TV, c'est impossible. De même qu'il est difficile d'imaginer un concert de Zappa, de Genesis (période Gabriel) ou de Pink Floyd quand on n'a que le son, on a du mal à se mettre dans l'ambiance d'un concert d'Alice Cooper pour la même raison. Alice faisait de vrais shows (le titre de l'album est franchement bien vu, et la pochette, façon affiche de cinéma, aussi), avec effets visuels, maquillages, giclées de faux sang, décors, costumes, accessoires (bébés en plastique décapités, potence, chaise électrique, squelettes, ce genre), chaque concert montre Alice se faire, à la fin, exécuter de diverses manières. Artisan de shock-rock à l'époque où ça n'existait quasiment pas (Marilyn Manson, pour ne citer que lui, lui a piqué, à lui et à Bowie, Kiss et Arthur Brown - précurseur qui, dans les années 60, faisait des shows totalement dingues -, pas mal de choses), Alice Cooper était clairement, à l'époque, et il le reste maintenant, un mec à voir sur scène, pas seulement à écouter. Ce live est le seul document officiel de sa carrière, pendant 20 ans, ce qui est aussi dramatique que curieux, mais quand on sait tout ça sur les concerts du Coop', on se dit qu'en fait, ce n'est pas si curieux et dramatique que ça : quand on n'a pas pu assister à un concert du Coop', rien, sauf éventuellement un concert filmé, ne pourra faire la farce. On comprend donc en quoi ce live est frustrant, et même raté. 

FACE A

Under My Wheels

I'm Eighteen

Only Women Bleed

Sick Things

Is It My Body

I Never Cry

FACE B

Billion Dollar Babies

Devil's Food/The Black Widow

You And Me

I Love The Dead/Go To Hell/Wish You Were Here

School's Out