troublegum

1994. A l’époque, le monde du rock vit toujours sous la férule du grunge, une vague omnipotente à la fois transie par les dissonances de Nirvana, la mélancolie d’Alice In Chains, les labilités de Soundgarden et les tergiversations de Pearl Jam. Mais, depuis l’orée des années 1990, un autre groupe, venu des contrées irlandaises, vient contrarier cette hégémonie irréfragable. Son nom ? Therapy? C’est lors d’un concert caritatif qu’Andy Cairns repère ses deux futures acolytes, Fyfe Ewing et Michael McKeegan. Les trois comparses n’ont jamais caché leur dilection ni leur extatisme pour le punk, le metal et le rock industriel. Andy Cairns et ses deux prosélytes forment alors Therapy?, un groupe de metal alternatif qui fait à la fois vœu d’obédience à The Stranglers et à Judas Priest.
Les deux premiers mini albums de Therapy?, Babyteeth (1991) et Pleasure Death (1992), permettent au groupe de s’illustrer en concert, notamment grâce à la voix rauque et mélodieuse (un oxymore…) d’Andy Cairns.

Toutefois, dans un premier temps, la reconnaissance est plutôt relative. Pour Andy Cairns et ses sectateurs, il faudra faire preuve de longanimité pour voir leur premier single, Teethgrinder, s’inscrire durablement dans les charts. Ce tube à la fois punk et metal, et présent sur l’album Nurse (1992), préfigure déjà ce tropisme pour l’âcreté et les riffs lourds. Nurse peut également s’enhardir de plusieurs classiques sérénissimes, entre autres Nausea, Disgracelands et HypermaniaCertes, la presse se montre particulièrement panégyriste et encense l’aura magnétique de Therapy? A contrario, certains contempteurs se montrent beaucoup moins dithyrambiques. Avec le temps, Therapy? semble condamner à subir le césarisme de la vague grunge, encore en pleine ébullition en début d’année 1994.
Mais peu importe, Andy Cairns et les siens se gaussent impérialement de ce nouvel engouement. C’est dans ce contexte que Therapy? réalise son deuxième album, Troublegum en février 1994.

Cette seconde livraison se nimbe d’une oriflamme pour le moins outrancière. Sur cette pochette, on peut voir un individu s’époumoner et éructer dans une poubelle. En résumé, Troublegum n’a pas vraiment (du tout…) pour velléité de faire dans les mignardises ni dans les subtilités. Si ce deuxième effort ne partage aucune accointance avec la vague grunge, Troublegum porte néanmoins le fardeau du désappointement et de l’amertume. A l’époque, Andy Cairns ne cache pas son désarroi ni son accoutumance aux acides. Pour l’anecdote superfétatoire, certaines chansons auraient été griffonnées et composées sous l’influence néfaste des opiacés. A l’instar de Nurse deux ans plus tôt, Trubblegum s’achemine lui aussi sur cette intempérance pour le rock, le punk et le metal.
Toutefois, ce second disque s’imbrique sur une autre dialectique, à savoir cette allégeance pour la new-wave. 
D’ailleurs, plusieurs groupes majeurs de cette nutation salueront et encenseront ce nouvel effort.

 

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Via Troublegum, Therapy? ne s’octroie pas seulement les satisfécits de la scène metal, mais également les congratulations de la sphère new-wave. Mieux, l’album cartonne dans les charts et toise les firmaments des oriflammes. Les critiques sont de nouveau apologiques et évoquent carrément un classique, voire même un disque somptuaire. Résumer Troublegum à son principal single, Nowhere, serait particulièrement réducteur. Autant l’annoncer sans ambages. Non, Nowhere n’est pas la meilleure chanson de Troublegum, loin de là… Certes, ce tube voluptuaire surprend et détonne par son refrain entêtant. Heureusement, Troublegum possède d’autres scansions dans sa besace.
La principale argutie de Troublegum réside dans cette symbiose idoine entre punk, rock, metal, new wave et même quelques balades chatoyantes. 

La voix âcre, bilieuse et rocailleuse d’Andy Cairns impressionne. Sur Troublegum, les classiques s’enchaînent, telle une myriade de chansons tubesques, que ce soit Knives, Screamager, Hellbelly, Stop It You're Killing Me, Die Laughing, Unbeliever (sans doute l’une des chansons les plus éloquentes du disque) Trigger Inside, Turn et autres Lunacy Booth. Il faudrait stipuler tout l’album en fait… Vient également s’agréger une magnifique reprise de Joy Divison, le superbe Isolation qu’Andy Cairns et les siens échafaudent avec raffinement et diligence. Bref, on tient là le disque le plus probant de Therapy? même si le groupe produira d’autres albums sulfureux à postériori. 
Certains fustigateurs pourront toujours grommeler, ergoter et clabauder… N’empêche que Troublegum reste sans doute l’un des meilleurs albums rock de la décennie 1990. Oui, rien que ça…

 

sparklehorse2 Alice In Chains