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Voilà un nom qui semble émaner d’outre-tombe. Stiltskin ! Est-ce que quelqu’un, parmi vous, connaît ce groupe ? Non, personne ? Inconnu au bataillon ? Ah non… Y’a un couillon qui lève la main au fond de la salle et derrière la fenêtre, au neuvième rang à droite s’il vous plaît (je vous laisse imaginer l’incongruité de la situation) ! Oui, c’est bien ça ! Stiltskin, c’est ce groupe éphémère qui a scandé et fredonné Inside, un morceau qui fera les beaux jours d’une célèbre marque de jeans (dont on taira le nom…). Extatique, Ray Wilson, le chanteur du groupe, se lance dans la production d’un disque dans la foulée. Il requiert alors l’érudition du guitariste Peter Lawlor. Le musicien émérite s’affaire doctement à la tâche. L’artiste protéiforme ajoute alors de la mandoline et même quelques violoncelles épars sur ce qui constituera le seul et unique disque de Stiltskin, The Mind’s Eye.

Nous sommes en 1994, au moment du décès de Kurt Cobain, et en plein triomphe de Nirvana sur les exhalaisons radiophoniques. Opportuniste, Stiltskin profite de ce nouvel essor pour asseoir une notoriété grandissante. Après Smell Like Teen Spirit, Alive et Black Hole Sun, Inside devient la nouvelle égérie du grunge via ce riff autant tétanisant que ravageur. A raison, Ray Wilson et ses ouailles plastronnent. Hélas, la gloire sera passagère. Aussitôt The Mind’s Eye emboîté et promu lors de quelques concerts, Stiltskin se délite et se sépare, au grand dam de Ray Wilson. A l’époque, The Mind’s Eye reçoit un accueil critique plutôt mitigé. Certaines saillies sont rédhibitoires et vilipendent un disque délesté de la moindre personnalité. Avec le recul, The Mind’s Eye ne méritait pas de tels anathèmes.
Non, The Mind’s Eye n’est pas ce disque frelaté et flanqué d’un seul et unique single. 
On relève même quelques fulgurations harmoniques. Le potentiel est bel et bien présent, mais hélas évanescent.

Nirvana, Alice In Chains, Soundgarden et Pearl Jam peuvent placidement dormir sur leurs deux esgourdes. Ce n’est pas Stiltskin qui leur chipera leur statut de groupes hégémoniques… Pour le plus grand regret (bis repetita) de Ray Wilson… Que soit. L’auteur et compositeur ne reste pas inactif. Ray Wilson profite du départ de Phil Collins pour tenter l’aventure Genesis. Une hérésie… Inutile de préciser que cette petite escapade ne laissera pas de réminiscences impérissables, loin de là... Pis, les thuriféraires du groupe agonisent leur nouvel album, Calling All Stations (1997), d’injures. Nouveau fiasco pour Ray Wilson, qui plus est dans la foulée de Stiltskin. Opiniâtre, le célèbre troubadour ne désarme pas et se lance dans une carrière solo. Ces nouvelles pérégrinations lui font découvrir d'autres horizons musicaux. A contrario, Ray Wilson n’a toujours pas oublié les années « Stiltskin ». 
C’est à l’occasion d’un concert qu’il décide de tenter à nouveau l’aventure. Seule dissimilitude et pas des moindres, hormis la présence de Ray Wilson, on ne trouve plus aucun musicien d’origine. C’est sans doute la raison pour laquelle cette formation se nomme « Ray Wilson § Stiltskin ».

 

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Euphorique, le musicien s’empresse de sortir un album dans la foulée. Ce sera She, un disque évidemment cornaqué par les soins de Ray Wilson en 2006, et qui sort douze ans après The Mind’s EyeSi ce nouvel album reste relativement (extrêmement…) confidentiel dans nos contrées hexagonales, il se solde – à contrario – par des concerts de satisfécits aux Etats-Unis. Mieux, pour certains laudateurs originels, She raviverait cette vague post-grunge, pourtant en sévère déliquescence depuis la mort de Layne Staley (le chanteur d’Alice In Chains) en 2002. A raison, certains contempteurs se gaussent impérialement du retour de Stiltskin. Bon gré mal gré, le groupe reste toujours affilié à cette pub de jeans. Une pantalonnade… Mais les sarcasmes seront de courte durée à l’écoute du morceau éponyme, donc She.

Premier constat, sous la diligence de Ray Wilson, le groupe a abandonné les sonorités pop de The Mind’s Eye pour une ambiance oppressante, presque malaisante ; finalement à l’instar de la pochette du disque, aux tonalités vespérales et putrides. Stiltskin version Ray Wilson n’est plus ce groupe évasif de la décennie 1990. Contre toute attente, on se surprend à rêvasser et même à chantonner sur certains titres proéminents. Fly High, Show Me The Way et Summer Days sont autant de réussites et de chansons éloquentes. Indubitablement, Ray Wilson et ses prosélytes possèdent de solides arguties dans leur besace. Mais à la foudre, succèdent des moments beaucoup plus mélancoliques. Lemon Yellow Sun et Constantly Reminded raviront sans doute un large audimat. Sincèrement, qui aurait gagé sur une telle réminiscence ? Personne ou presque…
Néanmoins, She n’est pas exempt de tout grief. En outre, ce disque rutilant renâcle un peuBeaucoupEnormément à tous les râteliers. Sick And Tired fait figure de digression mélodique en amalgamant punk, rap et metal. Ray Wilson aurait pu aisément se dispenser de cette frasque discordante. She dénote par son ambiance éparse, décousue et presque fuligineuse. Mais, au moins, Stiltskin sort de sa zone de certitude pour prodiguer un disque à la fois fascinant (par moment), polymorphe (trop souvent), mais curieusement attachant.

 

sparklehorse2 Alice In Oliver