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Bon, là les mecs, je ne vais pas vous le cacher : à l'idée de parler de cet album, je suis super emmerdé. Pourquoi ? Regardez juste de qui il est l'oeuvre ? Je crois que vous avez pigé. Il y a, pour des raisons diverses et variées, des artistes français dont il est difficile de parler. Comme ça, en vrac : Brassens, Brel, Ferrat, Ferré, Higelin, Bashung, Gainsbourg, Lavilliers, Thiéfaine etc... Mais alors, Brigitte Fontaine, c'est vraiment le cocotier. Place aujourd'hui à Comme À La Radio, sorti en 1970 et qui est, on peut le dire, un album aussi iconoclaste que crucial au sein de la discographie de cette chanteuse elle aussi... iconoclaste. Quand est évoqué le nom de Brigitte Fontaine, neuf fois sur dix, ce sont des termes comme "folle", "grosse tarée", "givrée", "bonne pour l'asile" et autres amabilités qui fusent. Il faut dire que, si Fontaine n'est pas folle au sens propre du terme, il n'empêche que dans sa tête, elle n'est pas toute seule. Je l'ai déjà dit, c'est vrai, mais à côté d'elle, Higelin et Thiéfaine passent pour des personnes tout à fait normales. C'est vous dire. Mais, la question principale reste la même : comment parler de cet album, bordel de nouilles ?

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La chance qu'a eu Fontaine, c'est d'avoir fait partie de la Saravah, une maison de disques créée par Pierre Barouh qui autorisait une création totale à ses artistes. Fontaine se serait pointée la bouche en coeur avec son album dans les bureaux de Barclay, de Philips ou de Polydor, les grandes pontes l'auraient expédiée aussi sec à l'asile psychiatrique le plus proche avec ordre de lui administrer triple-dose de sédatifs et de la sangler sur un pieu avec la camisole de force. Comment ça, j'exagère ? Faites pas chier. Cet album, qui d'ailleurs voit la toute première apparition d'Areski Belkacem dans l'oeuvre Fontainienne, est un véritable bordel sonore. En toute liberté, s'y mélangent le free-jazz, la world music et des sonorités maghrebines. Oui, vous avez bien lu. Rien que le morceau titre, morceau de bravoure dépassant les 8 minutes annonce la couleur. S'y mélangent les percussions world, la contrebasse, les cuivres, la flûte à bec et la flûte bédouine. Essayez d'imaginer, juste comme ça, ce que ça peut donner. Vous n'y arrivez pas ? C'est normal. Alors, posez vos oreilles dessus. Mais, un conseil : anti Brigitte Fontaine, s'abstenir. Dans ce morceau, sans jamais citer quoi que ce soit et qui que ce soit, la Brigitte se paye la radio et, par conséquent, ce qu'elle diffuse. Partant de ce postulat, il nous est alors très facile de deviner ce que Brigitte Fontaine pensait des artistes qui, à l'époque, passaient régulièrement sur les ondes. S'il avait été possible de la rencontrer à l'époque et de lui poser certaines questions, elle aurait très certainement gerbé à profusion sur des Johnny Hallyday, des Claude François, des Sheila, des Sylvie Vartan, des Joe Dassin et j'en passe.

Tanka II, du "long" de ses 2'04 petites minutes est aux trois-quarts, même plus, rythmée par des percussions bien world. Avant se finir sur quelques lignes de cuivres. Merci mon dieu, d'avoir inventé Marx, vous n'étiez pas forcé. Le Brouillard, quant à elle, est intégralement chantée par Belkacem et c'est une superbe chanson. Encore une fois, bien typée maghrebine. Brigitte Fontaine, quand elle a enregistré et sorti ce disque, avait dépassé la trentaine. Du coup, J'Ai Vingt-Six Ans, est anachronique. Vu que la chanson parle d'elle, on peut alors supposer que Fontaine l'a écrite en 1965. Musicalement, on est sur un truc complètement guidée par la contrebasse soutenu par des cordes graves qui bourdonnent. Et, Brigitte Fontaine oblige, on a encore un texte parfois complètement délirant : je souhaite toujours qu'un ouragan m'emporte, c'est pourquoi je me suis attachée sur ce fauteuil avec des sangles de vélo...

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L'Été L'Été, elle, est entièrement maghrebine et bénéficie des vocalises de Belkacem qui chante aussi vite fait quelques bribes. Quant à ce que tout cela signifie, demandez-le directement à Fontaine si vous avez un jour l'occasion de la croiser. Encore, "longue" de 1'36 minute ne comporte pas une couille de musique. Pas une. Juste la voix de Brigitte Fontaine avec pour fond sonore, le bruit que fait le crissement des couteaux des cigales. Et un texte encore une fois délirant que seule l'amie Brigitte peut comprendre : les vaches ne peuvent pas dormir, c'est l'été, une fois de plus, tiens, c'est l'heure du biberon, mais c'est vrai que le bébé n'est pas encore né, je confonds tout, le chat n'est pas encore rentré, c'est de son âge. Léo, véritable bordel sonore, est quasiment totalement instrumental. Et n'a que pour seul texte, ces mots complètement givrés : mon mari a été exécuté ce matin, j'ai pris ça très mal, question : qu'est devenu mon sens de l'humour ? Un truc à la Fontaine quoi. Les Petits Chevaux, courte pièce de 44 secondes, je passe sans remords sur ce morceau qui ne sert ABSOLUMENT à rien et qui, au passage, ne vaut pas un clou. Avec Tanka I, c'est direction un souk d'une capitale maghrebine. Je vous jure que c'est vraiment l'ambiance que cette chanson, chantée en duo avec Areski, dégage.

Le disque se termine se termine sur un des morceaux emblématiques de Fontaine : Lettre À Monsieur Le Chef De Gare De La Tour-De-Carol. La Tour-De-Carol était la dernière gare française empruntée par le train sur la ligne Paris-Barcelone. Pour vous la situer, elle est à l'extrême limite de la frontière avec la principauté d'Andorre. Le texte de cette chanson dépassant les 6 minutes, a ceci de mystérieux : la scène décrite par la chanson est d'une très grande banalité. Ça peut arriver à n'impotre qui de se trouver dans pareille situation. Alors, qu'est-ce qui fait que ce fragment de vie qui aurait pu ou dû être relégué aux oubliettes ait été exhumé ? La chanson ne donne aucun indice. Et, cette chanson, c'est aussi la seule sur laquelle on peut emettre un avis objectif : c'est la meilleure du disque. Croyez-moi les gars, j'en ai vraiment chié une belle pour vous parler de ce disque le mieux possible. Si le coeur vous en dit, le simple nom de Brigitte Fontaine étant bien souvent un imparable répulsif, posez vos oreilles dessus et faîtes-vous votre idée. Là, je ne pourrai pas me prononcer et vous dire si oui ou non je vous le recommande.

Face A

Comme À La Radio

Tanka II

Le Brouillard

J'Ai Vingt-Six Ans

Face B

L'Été L'Été

Encore

Léo

Les Petits Chevaux

Tanka I

Lettre À Monsieur Le Chef De Gare De La Tour-De-Carol