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1994. Après la mort de Kurt Cobain, le grunge se retrouve orphelin de sa figure iconique et proéminente. Dépités, les thuriféraires croient déceler chez Alice In Chains et Soundgarden les dignes tutélaires de Nirvana. Une chimère… Puisque Soundgarden périclitera sous les projets épars de son leader charismatique, Chris Cornell. Ce dernier exhalera son dernier soupir en 2017, laissant cette impression d’amertume et de désarroi. De surcroît, les albums solos de Chris Cornell n’ont pas spécialement laissé un souvenir impérissable, loin de là... Même constat pour Alice In Chains qui se délite après le décès de Layne Staley en 2002. Paradoxalement, certains aficionados croient ingénument en une résurgence du grunge durant la décennie 1990.
Ainsi, certains groupes subalternes seront affiliés au grunge. 
C’est par exemple le cas de Nada Surf qui n’a jamais revendiqué une telle dévotion, d’autant plus que le groupe est originaire de New York.

Mais ces fausses accointances se trouvent sans doute dans leur premier single, Popular, un morceau virevoltant qui n’est pas sans réitérer les stridulations de Nirvana en son temps. On songe notamment à Nevermind (1991) et aux dissonances furibondes de Smells Like Teen Spirit. Ainsi, la sortie de leur premier album, High/Low (1996), se solde à la fois par un succès pharaonique et les dithyrambes unanimes de la presse spécialisée. Certains laudateurs décèlent chez Nada Surf un immense potentiel. Hélas, leur seconde livraison, The Proximity Effect (2000), sort dans l’indifférence générale. Nada Surf souhaite s’écarter de cette vague post-grunge à laquelle le groupe a été éhontément coalisé.
De surcroît, The Proximity Effect ne contient pas un nouveau « Popular ». Toutefois, cette déconfiture, relativement passagère, permettra à Matthew Caws et ses ouailles de s’affairer à leur troisième album, Let Go (2002), leur meilleur disque à ce jour. 

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Let Go sort quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001. Certains aficionados y voient un disque à la fois personnel et mélancolique, nimbé entre autres par le désenchantement et la résipiscence. Avec Let Go, Nada Surf a franchi un palier supplémentaire, à savoir un bon groupe de rock à celui d’un groupe majeur, voire essentiel, et capable de conquérir la scène internationale. Inutile alors de préciser que leur quatrième livraison, The Weight Is A Gift (2005), était particulièrement attendue au tournant. A l’instar de High/Low et Let Go en leur temps, The Weight Is A Gift possède son single rutilant, Always Love, une chanson qui cartonnera sur les ondes radiophoniques. Derechef, The Weight Is A Gift est acclamé sous les vivats de la presse spécialisée.
Ce quatrième essai se veut beaucoup lumineux et consensuel via cette pochette ensoleillée, dévoilant les faciès des membres de Nada Surf. Toutefois, depuis ses tous premiers ânonnements et balbutiements, le groupe a toujours revendiqué – à travers ses différentes sonorités – cette neurasthénie viscérale. 

C’est probablement aussi pour cette raison que le groupe s’est retrouvé – bon gré mal gré – agréger à la vague post-grunge. The Weight Is A Gift ne déroge pas à la règle. Ce quatrième album dénote par sa durée élusive, à peine 45 minutes (44 minutes et une poignée de secondes pour être précis). Pas facile de succéder à Let Go et à ses mélodies pétulantes. Surprise, sans rivaliser avec son glorieux antécesseur, The Weight Is A Gift constitue une magnifique emphase, ainsi qu’une sorte de poème élégiaque, dans lequel on relève encore toute une pléiade de fulgurances. Concrete Bed, Do It Again et In The Mirror sont autant de réussites, avec une véritable appétence pour la complainte harmonique. The Weight Is A Gift peut lui aussi s’enhardir de balades enchanteresses et sérénissimes, notamment le superbe All Is A Game, sans doute la chanson la plus éloquente du disque.
Seul petit grief, The Weight Is A Gift s’inscrit, in fine, dans le même sillage et continuum que Let Go. La formule reste donc peu ou prou analogique. Formellement, The Weight Is A Gift remplit doctement son office et s'approxime à un excellent disque de transition.

 

sparklehorse2 Alice In Oliver