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Pour une raison étrange, durant les années 1990 et surtout pendant l’essor de Nirvana sur les ondes radiophoniques, Sonic Youth se retrouve – bon gré mal gré – affilié au mouvement grunge. Pourtant, le groupe avant-gardiste est originaire de New York et non de Seattle. Cette corrélation impromptue s’explique sans doute par les propos de Kurt Cobain. Au moment du succès pharaonique du groupe, le chanteur de Nirvana juge leur notoriété indécente. Aux yeux de l’artiste thaumaturgique, d’autres groupes mériteraient davantage d’affabilité et de reconnaissance. Lors de son emphase, Kurt Cobain cite plusieurs groupes sérénissimes et proéminents, une sorte d’argyrocratie à laquelle appartiendrait (appartient ?) Sonic Youth. Paradoxalement, le groupe ne partage presque aucune contiguïté matoise avec le grunge, si ce n’est cette intempérance pour le punk, le hard rock et les dissonances.
Le trio formé par Thurston Moore (guitare, chant), Kim Gordon (basse, chant, guitare) et Lee Ranaldo (guitare, chant) évolue vers un quatuor de musiciens avisés. Plusieurs batteurs émérites apparaîtront au sein de la formation entre 1981 et 2011.

C’est après la sortie de The Eternal (2009) que Kim Gordon et ses prosélytes décideront de se séparer, néanmoins en toute amicalité. Lors de leurs premiers ânonnements, Sonic Youth s’illustre essentiellement par des sonorités ineffables qui tergiversent incessamment entre les expérimentations, l’ésotérisme et les stridulations disparates. Non, Sonic Youth n’a aucune aspérité commerciale. Aux yeux de Kim Gordon et ses ouailles, le son doit être conçu, pensé et ratiociné comme une sorte d’expérience unique et sensorielle. Paradoxalement, au fil des concerts, Sonic Youth se forge une solide réputation. Les thuriféraires du groupe citent régulièrement EVOL (1986) et Daydream Nation (1988) parmi les disques les plus probants de Sonic Youth, tout du moins sur la décennie 1980.
Mais, à partir des années 1990, Sonic Youth décide d’obliquer vers de nouvelles directions spinescentes. Ainsi, le groupe va se révéler au grand jour et sous les yeux hébétés d’un plus large public, surtout après les succès concomitants de Goo (1990) et Dirty (1992) ; deux albums consécutifs qui profitent de cette effervescence pour la vague grunge.

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Cependant, Kim Gordon et ses sectateurs ont toujours rabroué et tancé ces connexités avec Nirvana et sa pléthore d’avatars. En 1994, avec la sortie d’Experimental Jet Set, Trash and No Star, Sonic Youth décide de voguer vers des chemins beaucoup moins ésotériques et alambiqués. L’amphigourie n’est plus de mise et le groupe opte pour davantage d’afféteries et de mignardises dans leur musique. Experimental Jet Set, Trash and No Star s’agence sur ce changement radical. Ce nouvel album s’inscrit donc dans le sillage et le continuum de Goo et Dirty. Mieux, Experimental Jet Set, Trash and No Star est non seulement déifié par les fans originels, mais il est également adoubé par des critiques unanimement panégyristes. Reste à savoir si ce disque (le dixième tout de même) mérite de tels dithyrambes et de telles courtisaneries. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique…
Autant l’annoncer sans ambages. Personnellement, je ne fais pas partie des adulateurs patentés de Sonic Youth. Seuls Goo, Dirty et EVOL trouvent réellement grâce à mes yeux, surtout les deux premiers albums susdénommés.

Vient également s’additionner Experimental, Jet Set, Trash and No Star. A mon sens, on tient sans doute là le ou l’un des meilleurs albums du quatuor infernal. En sus, Experimental, Jet Set, Trash and No Star peut aussi s’enorgueillir d’une pochette sublime et picturale présentant, par diverses photographies, les membres de Sonic Youth. C’est simple, presque ingénu, mais indubitablement efficace… Finalement à l’instar du disque qui se fractionne en 14 morceaux diffus, et pour une durée de 50 minutes environ, s’il vous plaît ! Indiscutablement, Experimental, Jet Set, Trash and No Star possède de solides arguties dans sa besace. Finies ces bigarrures et ces cacophonies de jadis au profit de sonorités soyeuses qui louvoient entre une pop chatoyante et cérémonieuse (Bull In The Heather), des morceaux succincts et efficaces (Screaming Skull et Starfield Road) et quelques balades mélancoliques (le superbe Winner’s Blues en guise d’introduction)…
En outre, Experimental, Jet Set, Trash and No Star se distingue par son polymorphisme et son hétérogénéité. A défaut d’être le disque le plus probant de Sonic Youth (quoi que…), Experimental, Jet Set, Trash and No Star reste sans aucun doute le disque le plus accompli du quatuor et aussi le plus accessible. Autrefois, les mélomanes prodiguaient Goo et Dirty comme des albums essentiels et hétéroclites. Il convient désormais d’ajouter Experimental, Jet Set, Trash and No Star. C’est personnellement mon préféré…

 

sparklehorse2 Alice In Oliver