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Siouxsie & The Banshees est un groupe très rare sur le blog. Et pour cause, avant aujourd'hui, un seul album de ce groupe a été chronique ici : le premier, The Scream, sorti en 1978. Ladite chronique étant l'oeuvre de Clash. Alors, je me suis dit que moi aussi j'allais apporter ma petite pierre à l'édifice. Et puis, même s'il n'est plus très connu de nos jours, ce groupe a eu un impact considérable sur la scène musicale britannique de la fin des années 70. Pensez donc, il y a notamment deux groupes majeurs qui ont été influencés par Siouxsie et ses Banshees : Joy Division et The Cure. Ce n'est pas rien, n'est-ce pas ? Pour aujourd'hui, place donc au second album du groupe : Join Hands. Lequel est sorti en 1979 sous une pochette aussi sobre qu'intriguante et qu'inquiétante. Moi, quand j'ai découvert ce disque, il y a près de dix ans maintenant, cette pochette m'a tapé en pleine tronche et je me suis dit que, y avait pas à chier, il me fallait ce disque. Tout en ignorant ce qui se cachait derrière. Je l'ai écouté le soir même où je l'ai acheté. Et, je vais vous dire les choses clairement : si la pochette à elle seule m'en a mis plein la gueule, ce n'est rien comparé à la musique couchée sur le vinyle.

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Ouais mes petits potes, il faut dire les choses telles qu'elles le sont : ce disque, c'est une bonne grosse baffe en travers de la tronche. D'ailleurs, pendant que je suis en train de vous écrire, je m'aperçois que je suis très emmerdé à l'idée de parler de cet album. Pourquoi ? Parce que, concrètement, je ne sais pas quoi en dire. Ça arrive, il y a des disques comme ça qui vous plaisent tellement que, au moment de le partager avec d'autres, les mots vous manquent. Mais, je vais essayer de faire de mon mieux, c'est promis. L'album s'ouvre sur Poppy Day, très courte chanson pointant à un poil plus de 2 minutes. 2'03 minutes pour être exact. Ça commence avec des bruits de cloches puis le groupe envoie la sauce. Un entrée en matière impeccable. Mais il y a encore meilleur. À commencer par Regal Zone. Une pure tuerie de près de 4 minutes. Tout y est au poil. Que ce soit cette guitare qui donne l'impression de lentement vous trancher la gorge, que ce soit le chant ou que ce soient ces percussions qui vous assomment de frappes qui n'auraient pas dépareillé sur un disque de hard-rock. Placebo Effect est intouchable. L'ambiance y est encore plus plombante que sur Poppy Day et Regal Zone. Si l'on devait désigner un morceau moins grandiose sur cette première face, le titre reviendrait à Icon. Mais c'est vraiment enculer les mouches tant cette chanson est excellente. La première face s'achève sur un choc de près de 6 minutes : Premature Burial. Rien que le titre annonce la couleur. Je vais être franc avec vous les mecs : ce morceau ne se décrit pas. C'est le cas de tous les autres peuplant la première face, c'est vrai, mais c'est encore plus valable pour celui-là. On ne peut qu'écouter, fermer sa bouche et...kiffer grave !

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Ce que je n'ai pas encore dit, c'est que l'album offre huit chansons. Comme vous venez de le voir, elles sont cinq à composer la première face. Ce qui n'en fait donc que trois composant la seconde. Bien sûr, il y a un problème d'équilibre si l'on peut dire les choses ainsi. La logique aurait voulu qu'il y ait quatre chansons par face. Mais, si le disque est agencé ainsi, c'est qu'il y a une raison. Je vous la garde pour la fin. La seconde face s'ouvre sur ce qui est son morceau le moins fort, mais aussi sur ce qui est le morceau le moins fort de l'album dans sa totalité : Playground Twist. Mais, c'est un jugement à relativiser car dire ceci sur cette chanson, c'est également enculer les mouches. Sans aucune transition, le final de cette chanson lance celle qui suit, et celle qui suit, c'est : Mother/Oh Mein Papa. Musicalement parlant, cette chanson a tout de l'intruse. Et pour cause, elle est baignée par une mélodie carillonnante sortant tout droit d'une boîte à musique pour les enfants. Imaginez un peu le contraste que cela créé avec les chansons précédentes, je vous jure que c'est au-délà de ce que vous pouvez imaginer. Que dire sur une chanson pareille ? Que si, à la première écoute, elle déroute complètement, je peux vous garantir que dès la seconde écoute, elle va vous foutre mal à l'aise et quelque chose de bien. Il n'y a même pas besoin de piger un traître mot des paroles pour faire naître le malaise. Cette mélodie qui carillonne à laquelle on ajoute la voix de Siouxsie fortement soumise à l'écho, c'est troublant, oppressant, malsain. En début de paragraphe, je vous disais qu'il y avait une raison pour qu'il n'y ait que trois chansons sur la seconde face. Et cette raison réside dans les 14'09 minutes du traditionnel (pour les paroles) The Lords Prayer. Oui, vous avez bien lu ! 14'09 minutes ! Pareille durée en impose et peut même effrayer. Que vais-je pouvoir dire là-dessus ? Ça commence "doucement" avec une lourde ligne de basse et puis, après quelques secondes, le groupe envoie la purée pendant plus de 14 minutes ! Siouxsie chante ou braille le texte comme si elle était possédée par le démon. On notera, détail amusant, que cette dernière, avec évidemment un accent britannique à couper au couteau, chante les célèbres vers de la comptine Mon Ami Pierrot. Et, si l'accent de Siouxsie est très prononcé, il n'empêche qu'elle s'est sacrément bien démerdée pour chanter dans la langue de Molière. Franchement, je ne sais pas quoi vous dire de plus. Si ce n'est que cette chanson est absolument SUR-PUI-SSANTE, qu'elle est le sommet de ce disque et qu'il ne suffira que d'une seule écoute pour qu'elle soit à jamais gravée dans votre tête.

Vous savez, tout comme Clash ou tout comme ceux qui viennent régulièrement nous voir sur le blog, j'ai mes albums de chevet. Comme ça, en vrac, je vous en donne quelques uns : le Revolver des Beatles, le Beggars Banquet des Rolling Stones, le Rastaman Vibration de Bob Marley & The Wailers, le Rivière...Ouvre Ton Lit de Johnny Hallyday (je ne plaisante pas), l'album banane et le White Light/White Heat du Velvet Underground, l'album sans nom de Led Zeppelin, le Overkill de Motörhead, le Histoire De Melody Nelson de Gainsbourg, le BBH75 d'Higelin, le Play Blessures de Bashung, le Bitches Brew de Miles Davis, le Tijuana Moods de Mingus, le A Love Supreme de Coltrane, le L.A. Woman des Doors, le Highway 61 Revisited de Bob Dylan et dans cette liste figure aussi ce Join Hands. Absolument essentiel !

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Chronique complémentaire de ClashDoherty

Bon, ça va être dur de passer après MaxRSS sur ce coup, qui en juin dernier, nous avait offert cette chronique géniale sur un album qui ne l'est pas moins. Un album que cette chronique m'a fait découvrir, d'ailleurs. Je ne connaissais que peu de choses de Siouxsie & The Banshees, avant ça : leur premier opus The Scream, de 1978, qui est génial (Carcass, Switch, une incroyable reprise du Helter Skelter des Beatles bien cabossée...), et quelques singles (Christine, Hong Kong Garden, Happy House) qui le sont également, géniaux. Siouxsie & The Banshees est sans doute un des plus importants groupes de cold-wave qui soient, avec Joy Division et The Cure. Le groupe a été fondé par Siouxsie Sioux, alias Susan Ballion (qui vit en France depuis des années, pour l'anecdote sans intérêt et sans rapport avec la chronique), une punkeuse qui faisait partie, avec notamment Billy Idol, du fameux Bromley Contingent, la horde de fans, groupies et autres dégénérés (sans doute) qui suivaient les Sex Pistols dans leurs méfaits, de concerts en concerts.

En terme de musique, The Scream, le premier opus du groupe (Steven Severin à la basse, John McKay à la guitare et au saxophone, Kenny Morris à la batterie), n'a pas grande chose à voir avec les Pistols. Avec Public Image Limited, le deuxième groupe du chanteur des Pistols, en revanche, oui, un peu (1978 est d'ailleurs l'année de sortie du premier Public Image Limited, ou PiL pour faire plus long). C'est assez difficilement descriptible, en fait, entre les glapissements ou cris de Siouxsie, la rythmique totalement menaçante, la guitare agressive et suicidaire... Ce n'est pas commercial, mais ça marchera bien. Hong Kong Garden est mémorable. Quand le groupe enregistre son deuxième album, au printemps 1979 (pour le faire sortir en septembre), ils ne sont pas des stars, loin de là, mais déjà, les premiers fans attendent. 

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Accroche publicitaire néerlandaise d'époque

Ce deuxième album, c'est Join Hands, qui à la base devait sortir sous la pochette placée au-dessus du premier paragraphe de ma chronique, des enfants en train de prier, mains jointes (le titre), une carte de communion salie par un abus volontaire de photocopiage. Polydor, la maison de disques, refusera cet artwork jugé sans doute trop provocateur, mais surtout en raison d'un souci de copyright : impossible de dire à qui il appartient, la maison de disques aurait pu être la proie d'un procès. A la place, une photo de quatre des six statues ornant le Guards Memorial, à Londres, mémorial de la Garde Royale (les Horse Guards) pour leurs morts au front. Ces quatre photos de soldats identiques est sur fond blanc, le lettrage est monolitique, sobre, comme celui du Closer de Joy Division, on a un poppy (coquelicot, fleur du souvenir dans les pays anglo-saxons) avant le titre. Sobriété exemplaire, froideur minérale.

Pas la peine de dire que Join Hands ne respire pas la gaieté. Mal accueilli à sa sortie, et apparemment, encore, mal considéré, cet album est probablement le meilleur album du groupe, il est en tout cas supérieur au pourtant phénoménal The Scream. 42 minutes, seulement 8 titres, dont The Lord's Prayer, long de 14 minutes, tuerie expérimentale saisissante et indescriptible, d'ailleurs Max a tout dit plus haut dans sa chronique, la mienne (bientôt finie) ne peut pas en rajouter. Les morceaux sont sanglants : Premature Burial, Regal Zone, Icon, Playgound Twist, ce Mother/Oh Mein Papa terrifiant parce que trop calme, malsain, presque putride, on sent un profond malaise nous gagner, c'est insidieux, glaçant, dégueulassement vicieux... et en même temps, on en redemande. De là à dire que Join Hands est un album pour masochistes, je ne sais pas, mais ce qui est sûr, c'est que cet album est de la race des seigneurs (des saigneurs ?), mais qu'il ne plaira pas à tous, qu'il vous faudra un peu de temps pour l'encaisser, et que l'on ne peut pas dire qu'il est beau. Il est fort, puissant, oui, mais beau, non ; il est trop abrasif, viscéral, violent, glauque pour être, aussi, beau. Mais il est en train de devenir, pour moi, tout aussi important qu'il l'est (voir la fin de sa chronique) pour MaxRSS, gros coup de coeur, double coup de coeur, pour cet album au final assez peu connu, un des jalons de 1979, grande année par ailleurs. 

Face A

Poppy Day

Regal Zone

Placebo Effect

Icon

Premature Burial

Face B

Playground Twist

Mother/Oh Mein Papa

The Lords Prayer