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Oui, je sais… Je vous vois même venir avec vos gros sabots. Alice In Oliver est de retour sur Rock Fever et il n’a toujours pas chroniqué d’album d’Alice In Chains, son groupe de chevet. Mais, le constat est là, aussi simplissime que dogmatique. En l’espace de trente années d’existence, Alice In Chains n’a sorti que six albums studios. Et non, à travers cette chronique, je ne commettrai pas l’offense d’itérer l’exégèse du groupe, que ce soit à ses débuts jusqu’à la mort de Layne Staley en 2002, puis à sa résurgence impromptue vers le milieu des années 2000. Pourtant, Alice In Chains réalisera l’impensable et s’approximera à une version 2.0 de Nirvana. Désormais trépassé, Layne Staley est supplanté par William DuVall, dont personne (ou presque) ne soupçonnait l’existence. A partir de Dirt, le deuxième album studio du groupe, Alice In Chains sera assujetti à l’état en rémission de Layne Staley.
Toutefois, en raison des problèmes de santé de son ex-chanteur emblématique (toujours Layne Staley… au cas où vous n'auriez pas suivi...) et de son accoutumance aux opiacés, Alice In Chains a pendant longtemps comaté, à l’instar de son guitariste iconique, Jerry Cantrell. Ce dernier s’est longtemps langui du retour de Layne Staley, hélas en mode lymphatique et incapable de juguler ses démons intérieurs.

Le speedball (un curieux maelström entre la cocaïne et l’héroïne) aura raison du chanteur dégingandé. Le corps sans vie de l’intéressé sera retrouvé dans son appartement de Seattle, laissant derrière lui tout le matériel parfait du junkie patenté. Entre temps, et après un album studio éponyme (le fameux chien à trois pattes), Alice In Chains a patienté, tergiversé et même louvoyé… Mais plus personne n’y croyait… Dixit les propres aveux de l’entourage de Staley, le chanteur agonisait déjà depuis belle lurette. Cette overdose au speedball laisse songer à une sorte d’autolyse, laissant les thuriféraires pantois. Ainsi, le groupe devra composer avec l’inactivité et l’oisiveté de son leader, aux abonnés absents depuis 1995. Certes, la lumière sera éphémère via un projet alternatif (Mad Season et son seul et unique album, Above), puis un Unplugged en 1996. Cette performance laissera apparaître un Layne Staley au teint livide et blafard, sans cesse sous la surveillance intarissable de Jerry Cantrell.
Hélas, le célèbre chanteur sera rattrapé par son triste fatum et en particulier par le décès de sa fiancée (Demri Parrott) dans la foulée. Nouvelle plongée en enfer et dans les doux opiacés… Alice In Chains délaisse encore les studios pour un nouvel album putatif.

Alice In Chains - Live @ Noorderligt, Tilburg, Netherlands, 20-02-1993

 

Le groupe, toujours en sénescence, doit se contenter d’une vie de farnientes. Toutefois, Jerry Cantrell ne désarme pas. Le guitariste sort deux albums solos entre la fin des années 1990 et l’orée des années 2000. Conjointement, Alice In Chains ressort quelques chansons du placard, à l’instar du morceau Died, soit l’ultime apparition de Staley en studio. Entre temps, il faut faire patienter les thuriféraires de longue date. C’est dans cette dynamique lucrative qu’un album live sort dans la foulée. Ce disque s’apparente à une sorte de spicilège de différents morceaux enregistrés lors de tournées réalisées entre 1990 et 1996. En outre, cet album, judicieusement intitulé « Live », essuiera une rebuffade commerciale. Tout le monde ou presque (et Jerry Cantrell le premier) se gondole devant ce disque aventureux et composé de quatorze titres, dont deux inédits (A Little Bitter et Queen of the Rodeo).
Maigre consolation, les groupes de Seattle ont toujours été précédés d’une réputation plutôt flatteuse sur leurs performances live. Qu’ils se nomment Nirvana, Pearl Jam ou encore Soundgarden, tous ces groupes notoires ont érigé leur réputation sur leurs prestations scéniques.

Alice In Chains ne déroge pas à la règle, notamment grâce à l’aura magnétique de son chanteur. A ce sujet, il existe sur YouTube et d’autres sites compétents de nombreux « live » d’Alice In Chains. Inutile alors de préciser que ce « Live » officiel était attendu au tournant. Premier constat, ce « Live » s’échelonne sur une durée de 66 minutes environ. Pourquoi ne pas avoir opté pour un double album ? D’autant plus qu’Alice In Chains peut s’enorgueillir de toute une pléthore de participations à divers festivals. Même le choix des morceaux laisse plutôt circonspect. Facelift et Dirt sont les deux albums les plus représentés. A contrario, le disque éponyme se voit sérieusement atrophié. Les aficionados ulcérés devront donc se contenter de maigres subsides, et notamment d’une version de Again sévèrement frelatée. Même remarque concernant God Am qui ne laissera pas spécialement de réminiscences impérissables. Alors, « quid » retenir de ce « Live » ? Oui, les morceaux provenant de Dirt et Facelift (notamment Bleed the freak, Man in the box et Them Bones) remplissent doctement leur office. Mais à moins d’être un fervent adulateur du groupe, difficile d’adhérer à ce « Live » qui suinte surtout la vacuité et l’inanité.
Autre grief et pas des moindres, ce "Live" subit inévitablement l'allégorie avec l'Unplugged sorti quatre ans auparavant. Pour le coup, on préférera amplement se polariser sur certains « live » officieux et vivement recommandés.

 

118566306 Alice In Oliver