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On les pensait morts, enterrés et même définitivement trépassés. Les membres de Grandaddy s’étaient séparés en toute amicalité via un ultime album, Just Like The Fambly cat (2006), un disque en forme d’adieu rédhibitoire… Tout du moins, c’est ce que croyait ingénument le leader, chanteur et compositeur du groupe, Jason Lytle. Dixit les propres aveux de l’intéressé, l’iconoclaste avait besoin d’une longue pause musicale. Indubitablement, cet escogriffe a payé cher les années « Grandaddy », lui qui s’est noyé dans l’éthylisme chronique et la résipiscence durant des tournées un peu trop rutilantes et festives. Paradoxalement, durant toutes ces années (plus de dix ans tout de même), Jason Lytle n’a pas chômé et s’est même aventuré sur une carrière solo. Oui, mais voilà, nonobstant des critiques toujours aussi panégyristes, la susdite aventure s’est soldée par l’indifférence goguenarde du public.

Ce dernier, nostalgique, réclamait à corps et à cris la résurgence de Grandaddy. Au fil des décennies (le groupe existe depuis l’orée des années 1990), Grandaddy s’est façonné une réputation particulièrement flatteuse, que ce soit auprès des thuriféraires du rock indépendant, et surtout auprès de la critique spécialisée. Les deux premiers essais, Prepare To Bawl (1992) et Complex Party Come Along Theories (1994) amorceront les bases musicales de Grandaddy, à savoir un groupe qui tergiverse encore – à l’époque – entre l’expérimentation et le punk rock. C’est finalement leur troisième livraison, Under The Western Freeway (1997), qui annoncera les inimitiés via une pop à la fois munificente et ravageuse, des sons électroniques qui cajolent nos esgourdes et surtout la voix sérénissime de Jason Lytle qui fait office de complainte quasi religieuse ; un peu à l’instar de Neil Young lors de ses fulgurations antérieures. Mieux, à l’époque, Grandaddy apparaît comme la réponse idoine à Radiohead qui triomphe sur les ondes. A raison, Jason Lytle et ses ouailles exultent. Le groupe corrobore ses intempérances pour l’ésotérisme pop et l’expérimentation via The Sophtware Slump (2000).

 

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A ce jour, cette quatrième forfaiture musicale est toujours considérée comme la meilleure livraison du groupe. C’est même ce disque qui permet à Grandaddy d’accéder aux vicissitudes de la notoriété. En 2003, Sumday avalisera l’hégémonie rogue de Grandaddy sur le rock indépendant. Oui, mais voilà… Entre temps, Jason Lytle est victime de ses propres incuries et impérities. Il est donc temps de fermer la parenthèse « Grandaddy »… A jamais… Tout du moins jusqu’en 2012. Jason Lytle entend les injonctions et les objurgations de ses producteurs, ainsi que de ses propres musiciens. Promis, juré, cette fois-ci, cette palinodie ne sera pas éphémère. C’est dans ce contexte de louvoiements que sort le septième et dernier album en date, Last Place (2017). A vrai dire, les laudateurs originels ne croyaient guère en ce « stand-by » pseudo définitif. A raison… Mais, après toutes ces années d’errances et de tergiversations, on pouvait légitimement se montrer dubitatif devant ce retour (plus ou moins…) inopiné. Last Place parviendra-t-il à réitérer les fabuleux apparats du passé ? 

La réponse péremptoire intervient dès les premières secondes de Last Place en alignant plusieurs tubes stratosphériques. Way We Won’t, Brush With The Wild et Evermore parviennent à ranimer et même à raviver cette flamme effervescente de naguère. Tous les ingrédients qui ont érigé l’identité musicale du passé sont ici coalisés : un piano en première instance, la voix doucereuse et enchanteresse de Jason Lytle, ou encore ces guitares vrombissantes qui sourdent de nulle part. Et puis, comment ne pas invoquer cette symphonie ineffable qui colle immédiatement aux tympans ? Oui, Last Place signe ce retour en grâce dont on se languissait en secret. Oui, on compte encore toute une pléiade de morceaux (The Boat Is In The Barn et This Is A Part, entre autres) réalisés avec beaucoup de mignardises et d’entregent. A contrario, Last Place n’est pas non plus exempt de tout grief.
Non, Last Place n’itère pas les prouesses stylistiques et musicales de The Sophtware Slump, un disque que Jason Lytle cherche sans doute trop à mimer et à psalmodier. Hélas, aussi éloquent soit-il, le morceau A Lost Machine n’est, in fine, qu’une épistrophe du magnifique He’s simple, He’s dumb, He’s the pilot (toujours sur The Sophtware Slump), avec toutefois un peu moins de finauderie et de solennité. Cependant, il faudrait se montrer particulièrement rustre et vachard pour ne pas discerner les indéniables arguties de ce retour en apothéose ! Après onze ans d’absence, Grandaddy continue d’enjôler et de flagorner nos oreilles musicales.

 

 

118566306 Alice In Oliver