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J'ai une théorie : une fois les années 70 achevées, les grands artistes musicaux, présents souvent depuis une vingtaine d'années (ou en tout cas, disons, une bonne dizaine d'années, comme c'est le cas pour celui qui nous intéresse ici), ont probablement décidé d'entamer la nouvelle décennie en tâchant de faire le plus de conneries musicales possibles. Eux qui (je parle de Dylan, des Stones, de Neil Young, de Bowie, de Lou Reed, des Beatles solo à l'exception évidente de Lennon) ont survolé les années 70 en livrant, souvent, merveilles sur merveilles, vont tous commencer la nouvelle décennie par des merdes. Parfois, ils vont en sortir pendant toute la décennie, ne se reprenant en main que vers 1988/89 (Lou, Clapton, Dylan). Parfois ils s'en sortiront mieux (McCartney), mais dans tous les cas, le tout début des 80's sera difficile (exception notable, Bowie : il cartonne en 1980, mais dès 1983...). Dylan avec sa période chrétienne, Neil avec Hawks & Doves et re.ac.tor, Lou avec Growing Up In Public, les Stones avec Emotional Rescue, Clapton avec Another Ticket, McCartney avec McCartney II, Harrison avec Something In England... Et Elton John avec 21 At 33, album sorti en 1980, appelé ainsi parce qu'il avait alors 33 ans et que, tout compris (albums studio, live, compilations, musiques de films et un EP), c'était alors sa 21ème livraison discographique. Sorti sous une infâme (ça aussi, c'est une tare de l'époque) pochette multicolore me faisant penser à celle du Abacab de Genesis, 21 At 33 est, sinon, le 14ème album studio d'Elton, et a été enregistré au Studio SuperBear, situé à Berre-les-Alpes, proche de Nice, en France, là où furent faits The Wall de Pink Floyd, Blow Up Your Video d'AC/DC et une partie du Jazz de Queen. 

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Elton sort ici, probablement, un de ses disques les moins enthousiasmants. Ce n'est cependant pas son premier album décevant, loin de là : son tout premier opus, Empty Sky, est moyen, et si le bonhomme a, entre 1969 et 1976, sorti plus de grands albums qu'il n'est humainement envisageable, il a tout de même déçu son monde en 1974 avec Caribou (un disque vraiment plat comme une sole sur laquelle un convoi exceptionnel transportant un futur pont autoroutier est passé, lentement, et à plusieurs reprises), ainsi qu'en 1978 avec A Single Man (malgré Song For Guy et Part-Time Love) et surtout en 1979 avec son disque de disco, Victim Of Love. Ce dernier est hideux comme un cul de lépreux passé à la râpe et Elton n'en a jamais interprété le moindre morceau en live. Certains citeraient aussi Rock Of The Westies (1975), mais j'avoue très bien aimer ce disque certes un peu secondaire, mais tout de même bien meilleur que l'ensemble des albums que je viens de citer. Quant à 21 At 33, il n'est pas aussi épouvantable que Victim Of Love (le précédent opus), mais il est, dans un sens, pire : il est du genre insignifiant. Elton y est entouré de nombreux musiciens, dont certains habitués (James Newton Howard, Dee Murray, Nigel Olsson), mais aussi Steve Lukather et David Paich de Toto, Richie Cannata (Billy Joel), Byron Berline, uck Findley, Victor Feldman, Jim Horn, Reggie McBride, Lenny Castro... On trouve 9 titres sur ce disque (pour un total de 43 minutes), mais une grosse dizaine d'autres, dont les deux duos en français avec France Gall, furent faits durant les mêmes sessions, certains, comme Elton's Song, se retrouveront sur The Fox, l'album suivant (qui est encore moins bien).

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L'album se vendra très bien, 900 000 exemplaires vendus aux USA (presque platine), et sera la source de trois singles, le premier est sorti une quinzaine de jours avant l'album : Little Jeannie, Sartorial Eloquence (une chanson très correcte, une des meilleures ici) et Dear God. Aucune de ces trois chansons (la meilleure est sans doute la dernière, mais c'est tout de même pas Byzance) ne fait partie des sommets de la carrière d'Elton John, et l'album, dans l'ensemble, entre Chasing The Crown (qui, comme souvent avec Elton, ouvre l'album avec une certaine exubérance), Take Me Back ou Two Rooms At The End Of The World, rien, ici, n'est mémorable, et on écoutera ce 21 At 33 avec un ennui poli. Il y à vraiment pire chez Elton (le précédent est indéniablement le pire, mais The Fox, Ice On Fire et Leather Jackets sont bien mauvais aussi), et rarement meilleur (Too Low For Zero est pas mal), ce qui pour moi impose clairement un avis définitif : l'Elton a clairement sorti son dernier grand disque en 1976 avec Blue Moves. A moins d'être fan absolu, vous pouvez clairement (Too Low For Zero excepté, à la rigueur, et aussi The Union, fait en 2010 avec Leon Russell) faire l'impasse sur ce qu'il a fait ensuite. Ce qui fait beaucoup d'albums, dont celui-ci, et peut sembler ahurissant, mais dans le genre flinguage de carrière avec des albums insipides, Elton a vraiment fait de son mieux, et a réussi sa mission (Rod Stewart aussi, après 1977) au-delà de toutes espérances. 

FACE A

Chasing The Crown

Little Jeannie

Sartorial Eloquence

Two Rooms At The End Of The World

FACE B

White Lady White Power

Dear God

Never Gonna Fall In Love Again

Take Me Back

Give Me The Love