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Un peu particulier, aujourd'hui : ce n'est ni MaxRSS, ni moi-même ClashDoherty, qui vous propose cette chronique (malgré qu'elle soit publiée sous mon nom), mais Alice In Oliver, ancien membre du blog (EelsOliver/Alice In Oliver) à la grande époque des débuts (2009) de Rock Fever, qui m'a proposé cette chronique, j'ai évidemment accepté de la transmettre, et la voici, ra-ta-ta-ta, ran-plan-plan, dzimm-boum, tchaa (roulements de tambour et coups de cymbales, quoi) : 

Chronique d'Alice In Oliver

Pour les thuriféraires, le grunge a définitivement trépassé avec la mort de Kurt Cobain en avril 1994. Pour d’autres, moins dogmatiques, le grunge est décédé avec la mort de Layne Staley en 2002 suite à une overdose au speedball (un curieux maelström entre l’héroïne et la cocaïne). Pourtant, le grunge a poursuivi sa route. Inexorablement… Soundgarden, Pearl Jam et Alice In Chains – entre autres – n’ont pas baissé les armes, loin de là...

En raison de la mort de Chris Cornell en 2017, Soundgarden a cette fois-ci rendu l’âme, dérivant vers les oraisons funèbres. Alice In Chains continue lui aussi de ferrailler, toujours sous l’égide de Jerry Cantrell, en compositeur thaumaturge. Seule dissimilitude et pas des moindres, Layne Staley a été supplanté par William DuVall, subrepticement promu comme le nouveau chanteur du groupe… Depuis 2006 tout de même !

Et puis, il y a le cas Pearl Jam. Pour souvenance, nos vieux flibustiers du rock (pardon… du grunge…) ont toisé les firmaments des oriflammes via leurs trois premiers opus, Ten (1991), Vs. (1993) et Vitalogy (1994). Hélas, le décès de Kurt Cobain marque une rupture rédhibitoire. Bien consciente de cette impasse fatidique, la bande à Eddie Vedder décide d’obliquer vers de nouvelles directions spinescentes. Preuve en est avec leur quatrième livraison, le bien nommé No Code (1996). Eddie Vedder et ses fidèles sectateurs (Stone Gossard, Jeff Ament et consorts) explorent de nouveaux horizons via un album hétéromorphe et épars. Sur ces entrefaites, Pearl Jam délaisse le hard rock, le grunge et leurs diverses dissonances pour épouser des sonorités pop rock. Telle est la promesse (la gageure…) de Yield (1998). Cette fois-ci, l’album affiche orgueilleusement un panneau de « Cédez-le-passage ». Pour Pearl Jam, cette bifurcation sera (presque) sa dernière absoute.

A l’époque, le groupe ne cache pas ses influences ni ses accointances matoises avec U2. Hélas, la métaphore s’arrête bien là. Pour Pearl Jam, c’est une longue traversée du désert qui commence, finalement à l’instar d’un disque erratique, presque en forme de sinistrose. En outre, Binaural (2000) ne sera pas beaucoup plus probant, nonobstant quelques fulgurations de circonstance. Le mirage sera également éphémère via Riot Act (2002). Cette septième livraison peut au moins s’enorgueillir d’une première partie éloquente, pour perdre in fine de sa verve et de sa superbe dans une seconde segmentation. Puis, viendra l’album éponyme qui renoue avec cette fougue de jadis.

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Les laudateurs du groupe exultent. Enfin, on a retrouvé Pearl Jam après plusieurs années de disette artistique ! Une chimère… Le groupe s’enlise alors dans l’incurie avec Backspacer (2009), probablement leur pire album réalisé à ce jour. Entre temps, le monde du rock (et du grunge en général) s’est totalement désintéressé de Pearl Jam. Eddie Vedder et ses ouailles ne sont plus qu’un groupe de concert. Triste constat… Non, il n’y aura plus de singles comme Alive, Go ou Last Exit. Ça, c’était avant, en des temps immémoriaux... Désormais, il faudra se contenter de maigres subsides, à l’instar de Lightning Bolt. En interview, Eddie Vedder annonce un disque avenant et rutilant. Le chanteur nous promet une sorte de salmigondis musical entre le punk et Pink Floyd. On n’aura ni l’un ni l’autre, si ce n’est un disque faisandé, toutefois légèrement supérieur à Backspacer.

Apparemment, le groupe lui-même a parfaitement discerné sa vacuité et son inanité depuis quelques années. C’est probablement la raison pour laquelle Eddie Vedder et les siens ont longtemps planché sur leur onzième album, à savoir Gigaton. Sept années de silence tout de même… On ne change pas une formule calamiteuse. En résumé, la pochette du disque est toujours aussi hideuse. Pis, en raison des dernières impérities du groupe, on se gaussait impérialement de ce Gigaton. A tort ou à raison ? En guise de single, Pearl Jam continue d’explorer de nouvelles contrées aventureuses via Dance of the Clairvoyants. Autant l’annoncer sans ambages. Il vous faudra plusieurs écoutes pour adhérer à cette chanson, très inspirée par les luminescences du groupe Talk Talk en son temps. Pour tout dire, on n’avait pas écouté un single aussi audacieux depuis Nothing As It Seems (c’était en l’an 2000 et sur Binaural).

Pearl Jam préserve donc l’essentiel via un premier quart de disque paroxystique. On se prend alors à y croire et même à rêvasser en écoutant Who Ever Said, Superblood Wolfmoon et Quick Escape. Pour le reste, Pearl Jam se repose sur ses acquis habituels. Certes, Alright, Seven O'Clock, Never Destination et Buckle Up ne sont pas forcément désagréables, à condition de faire fi de ce passé glorieux (celui de Ten, Vs., Vitalogy et No Code, bis repetita…) et désormais sporadique. Maigre consolation, Gigaton satisfera les aficionados de longue date. Mais de là, à évoquer un grand disque ou un retour en grâce, il y a un palier, voire un fossé que nous n’oserons pas franchir. N’est pas Jerry Cantrell (ni Alice In Chains) qui veut…

FACE A

Who Ever Said

Superblood Wolfmoon

Dance Of The Clairvoyant

Quick Escape

FACE B

Alright

Seven O'Clock

Never Destination

Take The Long Way

FACE C

Buckle Up

Come Then Goes

Retrograde

River Cross

FACE D

(Laissée vide)