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Si vous cherchez à savoir ce qu'est un grand artiste maudit, ne partez pas et arrêtez-vous un instant sur cette chronique. Car là, en voici un bel exemple, si on peut dire les choses comme ça. Bon, si vous connaissez un peu le rock ricain des années 60, vous savez tous que Gene Clark est l'un des membres originaux des Byrds. Et, sans lui, jamais les Byrds ne seraient jamais devenus ce qu'ils sont devenus : un groupe de rock important. C'est ce même Clark qui est allé dire à Crosby, McGuinn et consorts qu'on pouvait faire une carrière sans pour autant reprendre du Bob Dylan à tire-larigot. Le message sera entendu et, bien vite, les Byrds lâcheront le fameux Eight Miles High, pierre angulaire de l'histoire du rock psychédélique. En clair, Clark n'a pas fait seulement évoluer la musique des Byrds, c'est tout le rock ricain qu'il a fait évoluer. Et ça, de son vivant, personne ne lui a jamais accordé ce mérite. Bien qu'il fut membre d'origine et celui qui a fait évoluer le groupe, Gene Clark s'est fait jeter des Byrds. En raison d'une phobie de l'avion. Alors que les Byrds devaient se rendre à New-York, Clark refusera d'embarquer, paralysé par la peur. McGuinn lui dira alors : si tu ne peux pas voler, tu ne peux pas être un Byrd. Et puis, ça ne s'est jamais vraiment dit, mais Clark était le plus riche des membres étant donné les crédits qu'il avait sur les chansons du groupe. Ce qui provoquait un certain ressentiment. Quelque part, je pense que McGuinn attendait une occasion pour se débarasser de Clark. Après ça, Clark se lancera dans une carrière solo qui enthousiasmera énormément les critiques et le monde de la musique, mais dont le public se foutra comme de sa première chemise. Le fait de s'être fait virer des Byrds alors qu'il en était membre d'origine et ce début de carrière solo littéralement méprisé par le public vont coller à Clark une image de poissard et de loser.

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Le problème, c'est que le changement de décennie ne changera absolument rien à l'affaire. Clark est toujours autant ignoré par le public. Ce qui veut donc dire que ce White Light, sorti en 1971 a bien marché auprès des critiques, mais s'est mangé un bide commercial terrible qui a fini de bien enfoncer Clark, lequel n'avait évidemment pas besoin de ça vus les échecs qu'il traînait derrière lui depuis le mitan des années 60. Ce disque, et ça me déglingue le cul de devoir le dire, est un chef d'oeuvre méprisé. Franchement les mecs. The Virgin, ouverture d'album est, avec quelque chose de countrysant, une pure réussite. With Tomorrow est une pure merveille de folk comme on aimerait en entendre plus souvent. J'espère que celles et ceux qui ne se sont pas intéressés à ça à l'époque s'en mordent bien les roupettes aujourd'hui. La chanson titre est un véritable régal. Countrysante elle aussi, même plus que The Virgin. Et, franchement, avec pareille chanson, Clark n'a rien à envier à Bob Dylan. Je ne plaisante pas. C'est terrible, mais c'est ainsi, et c'est humain : même sur un disque réussi, il y a toujours une chanson qui nous branche moins que les autres. Pour ma part, c'est Because Of You. Non pas qu'elle soit mauvaise, il n'y a rien de mauvais sur cet album, mais c'est la chanson qui me reste le moins de la tête. Et, je ne pense pas me tromper en affirmant qu'elle est la chanson la moins percutante que l'on trouvera ici. One In A Hundred achève la première face sur une couleur folk rock et un peu teintée de pop. La chanson est plus accessible que les quatre précédentes. Allez, juste comme ça, on désigne la meilleure chanson de cette première face ? Moi, je dis With Tomorrow. Qui dit mieux ?

La seconde face pose problème. Elle commence par ce qui est sa meilleure chanson, mais aussi par ce qui est tout simplement la meilleure chanson de l'album : For A Spanish Guitar. Je ne vais pas tourner autour du pot les mecs : cette chanson est un must-have total en matière de musique folk. C'est littéralement intouchable ! Mais, quand une face démarre par pareille chanson, cela a un peu tendance à étouffer un peu le reste. Where My Love Lies Asleep, chanson mélancolique à souhait et déchirante ne souffre pas trop de passer après For A Spanish Caravan. Elle est quasiment aussi immense. Par contre, là on peut le dire sans provoquer le courroux de qui que ce soit : Tears Of Rage, bien que putainement réussie, essuie un peu les plâtres. Cette chanson, de toute évidence, Clark l'a voulue plus pop, donc plus accessible pour trancher avec les deux décharges mélancoliques que sont For A Spanish Caravan et Where My Love Lies Asleep. 1975 achève le disque. Et, on est dans un truc évoluant peu ou prou dans le même esprit que One In A Hundred : une folk-rock matinée de pop. Pour ma part, j'ai une préférence pour cette chanson de clôture. Vous aimez la folk, je veux dire la vraie bonne folk ? Alors, ce disque est absolument fait pour vous. Sachez toutefois que Clark fera au moins dix fois mieux en 1974 avec son album No Other... ça laisse rêveur n'est ce pas ? Lequel, encore une fois, se mangera un four chauffé à 900 degrés. En son temps complètement ignoré, Gene Clark est à présent, près de 30 piges après sa mort, enfin apprécié à sa juste valeur. Il y a une justice, mais là où il est, ça lui fait une belle jambe... La concurrence était rude à l'époque, j'en conviens. Le Loner était tout près du sommet, il y avait le Barde (même si Self Portrait et New Morning sont loin d'être incontournables) et j'en oublie... Mais quand même. 

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Face A

The Virgin

With Tomorrow

White Light

Because Of You

One In A Hundred

Face B

For A Spanish Guitar

Where My Love Lies Asleep

Tears Of Rage

1975