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Cette nouvelle chronique est aussi synonyme de dernière. Pourquoi ? Parce que lorsqu'elle vous apparaîtra, cela voudra dire que la totalité de la discographie studio de Nico sera chroniquée sur le blog. Cela représente peu d'articles, c'est vrai, mais les albums studios de Nico sont peu nombreux. Elle n'en a fait que six après son départ du Velvet Underground. Six en dix-huit ans. De 1967 à 1985. The Drama Of Exile, qui sort en 1981 est son cinquième et donc avant dernier. Au moment où sort cet album, le dernier en date de l'allemande date de 1974. Le fameux The End. Qu'est-ce qu'a branlé Nico pendant sept ans ? Entre de multiples injections d'héroine, elle jouait dans les films de son compagnon d'alors : Philippe Garrel. Un réalisateur de films dits d'auteurs qui foutent la gaule à l'intelligentsia ainsi qu'aux habitants du seizième arrondissement de Paname, mais qui emmerdent profondément le spectateur de tous les jours. D'ailleurs, un film de Garrel, je ne sais plus lequel, j'ai essayé de m'en fader un il y a quelques années... même avec un pinte de bourbon dans le gosier, je n'ai pas pu aller au bout. Enfin bref, je m'égare quelque peu. La question que l'on se pose lorsqu'on s'apprête à se frotter à un disque de Nico est la suivante : à quoi ça va ressembler cette fois ? Ce que je peux vous dire, c'est que l'album que je vais aborder aujourd'hui est tout aussi peu facile d'accès que ceux de la période 1969-1974. À part Chelsea Girl en 1967 (et encore, on a connu des albums plus accessibles), Nico n'a fait aucun album qui soit facile d'accès.

Il y a des infos que je ne peux vous donner. Comme par exemple le lieu d'enregistrement de l'album. Berlin ?, Londres ? Je ne sais pas. Tout comme j'ignore quels sont les musiciens qui officient. En revanche, je peux vous dire que cet album est un joli bordel. Il en existe deux versions. Une première qui a été sortie en 1981 et une seconde qui a été donc sortie en 1983. Celle-là même que je vais aborder. Pour être honnête, j'ignore totalement pourquoi il existe deux versions de ce disque. À noter également que la pochette que vous voyez, en plus d'être celle de la version 1983, devait être également celle de la version de 1981. Mais Aura, le label qui avait signé Nico à l'époque, sortira l'album sous une pochette pas flatteuse pour Nico. Et pour cause, on la voyait assise dans une cage d'escalier avec le regard complètement allumé. Complètement sous l'emprise d'une injection d'héroine toute frâiche. Il est connu que Nico était une camée de haut vol, mais quand même, ça craint de sortir ce genre de pochette. Au niveau du contenu, ça variait aussi. Que ce soit sur le plan musical, que ce soit sur le minutage (la version 1983 dure 14 secondes de plus que celle de 1981), que ce soit sur l'ordre du track-listing. Et, sur sur la version 1983, on trouve une chanson qui n'est pas présente sur la version 1981, nous verrons laquelle. Et, sur la version 1981, on trouvait une chanson du nom de Purple Lips qui a été écartée de la version 1983. Je vous avez dit que c'était le bordel non ? Ça fait chier d'avoir à écrire un paragraphe entier sur ça, tout comme ça vous fait chier de le lire, mais ça a son importance. Et, pour en terminer, je précise que la version 1981 est depuis surnommée "common version" et que la version 1983 est depuis surnommée "rare version". Ça veut dire ce que ça veut dire : il vous sera plus facile de tomber sur la version 1981. Allez, après tout ça, on boit un coup, on en pisse deux et on regarde ce qui se cache là-dedans.

Comme je vous l'ai dit, c'est de la version 1983 dont je vais vous parler. La logique voudrait que je parle des deux versions, mais, j'ai une bonne raison de parler de celle de 1983. Tout simplement car c'est celle-là que j'ai découverte en première. Je sais, c'est con. Ça l'est encore plus car je sais que la version 1981 est la meilleure des deux. Je ne sais pas si Clash mettra une chronique complémentaire pour aborder le cas de la version 1981, mais, ce qui est sûr, ce que moi, je n'en parlerai pas. On commence donc avec One More Chance. Une chanson assez pop, bien 80's, mais sans être trop accessible non plus. Mélodie assez robotique et quelque peu lointaine de Nico. Une bonne ouverture d'album. The Sphinx... avec pareil titre, sans même connaître la chanson, on sait à quelle marchandise on va avoir droit. Et ça ne loupe pas. Les arrangements résolument moyen-orientaux et orientaux (l'Égypte étant la porte d'entrée pour le Moyen-Orient) rendent cette chanson purement géniale. On notera aussi la présence de quelques sonorités indiennes émanant des claviers. Ce qui est quand même assez osé étant donné que, dans les années 80, les sonorités indiennes, les artistes rock n'en avaient pluis grand chose à carrer depuis la fin du rock psychédélique. Saeta (chanson absente sur la version 1981) est à l'image de One More Chance : assez pop et bien 80's dans l'âme. Cependant, elle a un petit côté hypnotisant qui fait qu'elle est meilleure. Genghis Khan... vous connaissez tous ce nom. Khan, c'est ce barbare absolu qui a fondé l'empire Mongol. Donc, on se dit qu'avec pareil titre, on va avoir droit à des arrangements en conséquence. Et bien non, ce titre est entièrement rock. Mais quand je dis rock, c'est vraiment rock , avec de grosses giclées de guitare électrique. Ce qui est très rare dans l'oeuvre de Nico. Et c'est une putain de chanson de ouf. Heroes, je n'ai pas besoin de vous dire de qui est la chanson. La version originale est bien trop mythique pour ignorer qui en est l'auteur. Seulement, si sur The End, Nico avait fait fort en reprenant la chanson des Doors du même nom, livrant une reprise encore plus sombre, donc plus réussie que l'originale, ce n'est pas le cas cette fois-ci. Les presque 6 minutes passent difficilement. Dommage.

Henry Hudson ouvre le bal... de la seconde face. Et, franchement, ça lance putainement bien. Très rock également avec une ligne de saxophone géniale. Seulement, si la chanson est bien rock et que les giclées de guitare sont bien saignantes, elles n'envahissent pas la mélodie. Elles savent rester à leur place. Très fort. 60/40 ou Sixty/Forty, c'est comme vous voulez (coucou Alain, la bise à Lolo Star) est très typée 80's, mais elle est sacrément bonne. Répétitive, mais hypnotique, comme Saeta précédemment. Et, ses percussions lui donnent un petit quelque chose de marche militaire. Vous vous souvenez de The Sphinx ? Avant même d'écouter la chanson, on savait qu'on aurait droit à des arrangements moyen-orientaux. C'est ce qu'on avait. Avec Genghis Khan, on s'attendait à la même chose et à la place, on se tapait un rock nerveux. Tout ça pour dire que Orly Flight, logiquement, si on s'en tient à son titre, ne peut offrir des arrangements moyen-orientaux et orientaux. Et pourtant, c'est le cas. Entre le bouzouki et les sonorités indiennes qui s'échappent des claviers, on est en plein dedans. Dommage que la chanson ne soit pas plus longue. Elle ne pointe qu'à 2 minutes pour 47 secondes, ça fait un peu chier quand même. Vegas est une super bonne chanson. Assez pop et bien 80's, mais tricotée bien comme il faut. Basse géniale et solo de guitare qui l'est tout autant. On en termine avec la seconde reprise : le I'm Waiting For The Man du Velvet Underground, présente sur le premier album du groupe, le fameux album banane sur lequel Nico chantait trois chansons. Pour rappel, cette chanson parle d'un mec qui a 26 dollars dans les pognes et qui attend son dealer pour se faire fournir sa dose d'héroine. Une histoire qui va comme un gant à Nico en somme.  Si cette reprise est meilleure que celle de Heroes, elle ne parvient pas, cependant, à être meilleure que l'originale, signée de la seule main de Lou Reed...

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 ... Vous savez quoi ? Pendant que j'étais en train de rédiger les lignes que vous venez de lire (du moins, je l'espère, histoire que je ne me sois pas cassé le cul pour des prunes), je me suis dit que, finalement, j'allais parler de la version d'origine. Clash a déjà suffisamment de disques à vous proposer pour que je vienne l'emmerder à lui demander de joindre une chronique à la mienne. Et puis, après tout, c'est moi qui a voulu parler de ce disque non ? Alors, c'est à moi de faire la totalité du boulot. Par contre, je vous le dis tout de suite, je ne vais pas refaire les présentations, j'ai déjà tout expliqué au début de la chronique précédente. Du coup, je vais attaquer bille en tête en causant du contenu de cette version première.

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Vous voyez, je n'ai pas raconté de conneries... elle est vraiment pas à son avantage la Nico sur cette pochette...

Genghis Khan ouvre les hostilités, ce qui n'était pas le cas sur la seconde version. Et, si sur cette dernière la chanson était déjà une bien belle tuerie, c'est encore plus le cas sur cette version initiale. Plus saignante, plus rock, plus agressive. La voix de Nico est également plus forte. Red Lips est donc la chanson que l'on ne retrouve pas sur la seconde mouture. Ce qui est, il faut le dire, putainement dommage étant donné que cette chanson est une tuerie en bonne et dûe forme. Guitares bien sauvages, batterie qui cogne fort, mais pas pour des clopinettes, chant de Nico en phase. Et, je ne parle même pas de la ligne de basse. Une ligne de basse qui est aussi géniale que gironde. Je ne vais pas dire que l'on entend qu'elle, mais il faut avouer qu'elle vous saute à la gueule d'entrée de jeu. One More Chance prend le relais. Et, elle est résolument plus rock que la seconde version. Elle aussi beaucoup plus longue car durant près d'une minute et demie supplémentaire. Au final, on se retrouve avec 5 minutes et 45 secondes purement et simplement tuantes. Henry Hudson... La seconde version est déjà un rock bien nerveux, mais cette version première écrase tout. Ici, les guitares sont beaucoup plus agressives et bouffent tout l'espace sonore. Ce qui n'était pas le cas sur la seconde version. Les grattes étaient incisives oui, mais plus discrètes, plus délicates. Là, c'est du brutal comme le disait Lino dans Les Tontons Flingueurs. Le saxo est aussi plus puissant. I'm Waiting For The Man achève la première face, alors qu'elle achevait la seconde (et donc le disque) sur la deuxième version. Et, cette reprise de 1981 est putainement convaincante, plus rock que celle qui lui succèdera. Et, je le dis sans honte : je préfère cette première reprise à l'originale de 1967. Ben ouais. Voilà, c'est dit. Vous pouvez sortir les fusils maintenant.

60/40 ou toujours Sixty Forty, c'est toujours comme vous voulez, ouvre la seconde face. Si le côté marche militaire distillé par la batterie est toujours bel et bien présent, la chanson possède un climat encore plus hypnotique et surtout plus oppressant que la version de 1983. Ce qui la rend subséquemment meilleure. The Sphinx n'a rien perdu de ses arrangements moyen-orientaux. En revanche, sur cette version initiale, les arrangements orientaux présents sur la version de 1983 et qui étaient matérialisés par des notes de sitar émanant des claviers ne sont pas présents. Ce sont des lignes de guitare électrique qui sont à la place. Mais, ça n'altère pas la qualité de la chanson, loin de là. Elle est géniale. J'avoue cependant avoir une très légère préférence pour la seconde version. Et, au niveau de la durée, la version d'origine dure une vingtaine de secondes en moins. Orly Flight, quant à elle, pointe à plus de 4 minutes, alors que la seconde version n'atteignait même pas les 3 minutes. Les arrangements moyen-orientaux ont quasiment disparu. Et, tout comme The Sphinx, si c'et vraiment excellent, j'ai une légère préférence pour la seconde version. Heroes achève l'album. Et dure 16 secondes plus. Si cette première version est plus convaincante que la seconde, il n'empêche qu'elle reste inférieure à la chanson d'origine. Mais, comment lui en vouloir ? Après tout, on parle quand même de l'un des plus grands monstres sacrés de l'oeuvre de David Bowie hein. Au final, à part l'ordre du track-listing et la durée des chansons, qu'est-ce qui change ? Tout d'abord le son, beaucoup plus rock ainsi que le travail de production sur la voix de Nico. Beaucoup moins lointaine, donc beaucoup plus puissante. La conclusion est la suivante et elle est valable pour les deux versions : ce disque est une pure réussite. Aussi difficile à trouver qu'indispensable. Nico a fait fort quand même : car si elle n'a laissé que six albums studio en solo, elle n'en a raté aucun. Il y aura énormément à redire sur elle en tant que femme, mais en tant qu'artiste, elle est tout simplement inattaquable.

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 Version 1983:

Face A

One More Chance

The Sphinx

Saeta

Genghis Khan

Heroes

Face B

Henry Hudson

60/40

Orly Flight

Vegas

I'm Waiting For The Man

 

Version 1981 :

Face A

Genghis Khan

Purple Lips

One More Chance

Henry Hudson

I'm Waiting For The Man

Face B

60/40

The Sphinx

Orly Flight

Heroes