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On a pour coutume de dire que les années 80 ont fait un mal terrible au rock. Ce qui est à la fois vrai et faux. Vrai car les groupes et/ou artistes qui ont démarré dans les années 60 et 70 et qui ont pu traversé les années 80 ont méchamment douillé. Les Rolling Stones, Queen, Van Halen, Deep Purple (même si le groupe n'a pondu que deux albums pendant cette décennie : un en 1984 et un en 1987, pour un résultat... oh, ça ne vaut pas la peine d'en parler...), Lou Reed, Bob Dylan, Rod Stewart, Paul Mc Cartney, David Bowie (même si le Scary Monsters & Super Creeps de 1980 est génial) et j'en passe en ont vraiment chié des ronds de serviette durant cette décénnie. Si certains ont pu s'en relever, autour de la période 1988-1989, d'autres n'ont pas réussi à refaire surface. Pour certains, le fait d'avoir pu en revenir a tout du miracle. Rappelez-vous pour Dylan des étrons flotteurs comme Saved, Shot Of Love, Empire Burlesque et brrr... Knock Out Loaded... Et pour Bowie, cette triplette merdeuse qu'est Let's Dance/Tonight/Never Let Me Down et Lou Reed...Growing Up In Public, The Blue Mask, Mistrial... Neil Young aussi en a chié comme pas possible en ces temps-là. Rappelez-vous de Hawks & Doves, Re-ac-tor, Trans, Everybody's Rockin' et Landing On Water... Et AC/DC a tiré la langue aussi, que de bâtons merdeux pour les Australiens à cette époque : For Those About To Rock We Salute You, Flick Of The Switch, Fly On The Wall et le pire de tous : Blow Up Your Video.

Mais, les années 80 ont aussi vu naître de vrais bons groupes de musique comme The Waterboys, The Pogues, The Simple Minds (même si leurs premiers albums datent de la toute fin des années 70), The Cure. Et, il y a eu aussi The Gun Club. Un groupe ricain qui mêlait des influences punk et des influences blues. Mené par Jeffrey Lee Pierce, le groupe va frapper fort dès son premier album en 1981 : Fire Of Love. Et, l'année d'après, en 1982 donc, va enfoncer le clou avec Miami, l'un des meilleurs disques rock des années 80. Aujourd'hui, c'est le troisième album du groupe que je vous propose : The Las Vegas Story, sorti en 1984 sous une pochette colorée et éclatante que j'adore. Le disque s'ouvre sur son morceau titre. Lequel est précisément une introduction de 23 secondes doté d'une nappe de claviers distillant une ambiance oppressante avec ensuite une voix déformée prononcant : this is The Las Vegas Story. Et, sans aucune transition, déboule la première vraie chanson du disque qui n'est autre que Walkin' With The Beast. Un putain de monstre furieux à souhait avec une rythmique hard-rock genre Nobody's Fault d'Aerosmith qui a autant d'effet qu'un coup de lance-flammes en pleine tronche. L'idéal pour lancer un album. À noter que (même si on s'en fout un peu) sur Youtube, les deux premiers morceaux sont fréquemment imbriqués l'un dans l'autre. Walkin' With The Beast passe alors de 4'29 à 4'52 minutes. Eternally Is Here elle, est carrément punk. Et, si elle est objectivement moins forte que la chanson qui la précède, elle est aussi la plus faible de cette première face, mais elle n'en reste pas moins une bonne grosse baffe dans le museau. Stranger In Our Town, forte de ses 5'10 minutes (ce qui fait d'elle la chanson la plus longue de la première face) renvoie Eternally Is Here au rang d'une chansonnette rockounette à la con à la Frankie Valli et ses Four Seasons. La première face s'achève sur My Dreams. Et c'est une putain d'excellente chanson et j'avoue sans la moindre honte qu'elle est l'une de mes chouchouttes de l'album. À noter que les premières mesures, tout en étant remixées (rythme et accéléré et tonalité modifiée) de la chanson ont été utilisées dans un épisode de la série Friends. Ce qui tend à penser, après qu'ils aient utilisé Embryonic Journey de Jefferson Airplane, que Crane et Kauffman avaient suffisamment de bon goût musical pour connaître ses morceaux, mais aussi suffisamment de mauvais goût moral pour les utiliser pour les besoins des épisodes de leur série à la con.

La face B s'ouvre sur le court instrumental (1'47 minute) qu'est The Creator Was A Master Plan. On pourrait penser qu'il ne sert à rien, mais que nenni ! Ce morceau sert à monter que si les membres du Gun Club connaissaient leurs gammes en matière de punk-rock, ils étaient aussi capables de faire preuve d'un vrai raffinement musical. Suit My Man's Gone Now. Une chanson tout bonnement géniale bluesy à mort dans l'âme. Dès que l'on entend les premières notes de ce piano à la fois puissant et délicat, on est de suite projeté dans l'un de ces clubs de la Nouvelle-Orléans dans lesquels jouaient des bluesmen locaux. Ce qui, vous en conviendrez, est très fort pour un groupe californien que d'arriver à transmettre pareille image. Bad America est une méga grosse bombe qui voit le groupe revenir à une rythmique plus hard-rock, comme c'était le cas sur Walkin' With The Beast. Pour être tout à fait franc avec vous, j'ai encore beaucoup de mal à déterminer laquelle est la meilleure des deux. Mon coeur penche pour Walkin' With The Beast, mais il arrive à mon coeur de penser des conneries. Donc, chacun se fera son idée. Moonlight Motel tape dans le punk à fond les ballons, tout comme Eternally Is Here. Seulement voilà, elle est le tendon d'Achille de The Las Vegas Story. Non pas qu'elle soit mauvaise, mais elle est clairement la chanson la moins intéressante de l'album. S'il y en a une à éliminer, c'est celle-ci. Le disque s'achève sur Give Up The Sun, qui est aussi la chanson la plus longue de l'album. Vous pensez, elle pointe à 6'10 minutes. Sachant cela, vu sa durée et son placement sur le disque, on serait tenté de penser que le meilleur est gardé pour la fin. Et...ce n'est pas le cas. Entendons-nous bien, elle est très bonne, l'alternance entre des couplets calmes (toutes proportions gardées) et des refrains speeds est vraiment d'un aloi plus que recommandable. Mais, il faut être honnête et dire qu'elle ne tape pas d'entrée à la tête comme le font Walkin' With The Beast, Stranger In Our Town, My Dreams, My Man's Gone Now ou Bad America. The Last Vegas Story est donc un excellent disque, bien entendu moins fort que celui qui le précède dans la discographie du groupe (comment faire mieux que Miami ?) mais qui saura ravir toute personne cherchant à se carrer sous la dent de la vraie bonne musique rock made in années 80.

sans-titre

Face A

The Las Vegas Story

Walkin' With The Beast

Eternally Is Here

Stranger In Our Town

My Dreams

Face B

The Creator Was A Master Plan

My Man's Gone Now

Bad America

Moonlight Motel

Give Up The Sun