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Encore un p'tit peu de Terry Reid ? On l'a quitté, hier, sur un disque remarquable, River, son troisième album, datant de 1973. Entre le très folkisant River et l'album qui nous intéresse aujourd'hui, Terry Reid aura eu le temps de sortir, et ce fut en 1976, un quatrième album, produit par Graham Nash, du nom de Seed Of Memory, mais celui-là, je ne le connais pas, donc vous ne m'en voudrez pas si je passe. Peut-être un jour, ne serait-ce que pour complèter sa discographie sur le blog, car Reid a sorti six albums studio, et ce cycle en aborde cinq parmi eux. Deux ans après Seed Of Memory, Reid, dont la voix a quelque peu évolué (moins claire, mais toujours puissante et proche de celle de Robert Plant ; d'ailleurs, Plant aussi a eu des évolutions vocales, sa voix, à partir de 1974, n'est plus aussi claire qu'à ses débuts) sort son cinquième album studio. On est donc en 1978, une année considérée comme une annus horribilis dans le rock (c'est surtout le cas pour le rock progressif, mais pour le rock en général, un peu aussi tout de même). Peu de grands disques sont sortis en 1978, on en a quand même eu (Easter, Darkness On The Edge Of Town, This Year's Model, Public Image, London Town, From The Inside ou bien encore Some Girls), mais c'est pas une grande année en général. Ce cinquième album va cependant, autant le dire, faire partie des raisons d'un peu espérer en 1978. Il s'appelle Rogue Waves et la seule chose négative à dire à son sujet concerne son emballage.

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Bordel à couilles de putois bicolore diarrhéique, mais qu'est-ce que c'est que cette pochette de daubasse nucléaire ? On y voit, sur un fond quelque peu doré et quelque peu beige, un Terry Reid vêtu comme un musicien de groupe de NWOBHM, bras levé à la Pete Townshend, s'apprêtant à envoyer une power chord, chemise ouverte sur un torse nu et glabre et cheveux longs comme un jour sans pain. Je soupçonne le futal d'être moulant. Je le soupçonne de porter des platform boots. Le lettrage, en-dessous, pour le titre ("vagues scélérates"), est clinquant, dans un cadre borduré d'or, avec un dessin d'une grande vague au milieu. Je ne vais pas dire que ça fait moche, c'est au-delà de ça, ça fait, en fait, putainement grossier, de mauvais goût. Il y à même un mot pour ça, en anglais : ça fait camp. Comme vous pouvez le voir en regardant le visuel ci-dessus, le verso de pochette n'est pas mieux. On a l'impression d'avoir affaire à un vulgaire disque de hard-rock 80's (à deux ans près, on y était, pour la décennie, même si, en fait, l'album est sorti en 1979 dans certains pays) noyé de synthés criards, de guitares tronçonneuses et de chant hurlé. Je vous ai cependant dit plus haut que critiquer le visuel était la seule chose méchante à dire pour Rogue Waves. Tout du long de ses 42 minutes, ce cinquième opus de Reid est, sinon, un excellent album, peut-être pas son sommet (entre le deuxième album éponyme et River, lequel est cependant très à part, musicalement parlant, par rapport aux autres albums de Reid, mon coeur balance), mais clairement pas un mauvais disque. L'album offre une reprise du Baby I Love You des Ronettes, une autre, détournée (elle s'appelle désormais Then I Kissed Her) du Then He Kissed Me des Crystals (ces deux chansons sont à la base signées Phil Spector), une du All I Have To Do Is Dream autrefois chanté par les Everly Brothers, et une de Walk Away Renée, de The Left Banke. Des reprises efficaces, celle des Everly Brothers est très douce, et achève magnifiquement l'album. 

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Le reste est constitué de chansons inédites signées Reid, et entre Ain't No Shadow, le long (presque 7 minutes, c'est le plus long ici) Believe In The Magic, le morceau-titre (enfin, quasi, Rogue Wave, sans 's') et Bowangi, c'est du lourd dans le genre hard-rock. Pas du bourrin, hein, c'est pas du Alice Cooper ou du Kiss. Produit par Chris Kimsey (qui collaborera avec les Stones à de nombreuses reprises), l'album, qui ne marchera pas trop à sa sortie (mais c'est la malédiction de Terry Reid), est très bien produit, le son est assez clinquant, la guitare sonne, résonne, un peu comme celle d'Andy Summers, le guitariste de The Police. Reprises ou morceaux originaux, les 9 titres de Rogue Waves sont tous excellents, et je ne comprends vraiment pas comment ce disque est aussi mal considéré de nos jours (à voir les critiques sur le Net, les notations - AllMusic, notamment, ne lui file que 2 étoiles sur 5 -, on pourrait penser que c'est une merde, ou pas loin). Certes, ce n'est pas le sommet de Reid, et ce n'est pas le sommet du rock, mais c'est un très honnête disque de hard de l'époque, bien troussé, que l'on écoutera sans problème. Son album suivant, que Reid ne fera que tardivement (j'y reviens demain), ça sera autre chose, mais peut-être un peu plus réussi encore. 

FACE A

Ain't No Shadow

Baby I Love You

Stop And Think It Over

Rogue Wave

Walk Away Renée

FACE B

Believe In The Magic

Then I Kissed Her

Bowangi

All I Have To Do Is Dream