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Dire de la carrière de Muddy Waters qu'elle était au point mort dans les années 60 serait être encore loin de la vérité. Le bluesman n'intéressait plus personne. Mais, en 1968, un album va faire tourner la balance du bon côté : Electric Mud. Même si le disque s'est ramassé une putain de flambée critique au pays de l'Oncle Sam, le public lui, a suivi. Quelque chose a séduit dans ce blues mélangé au rock et au rock psychédélique de l'époque. En Angleterre, en revanche, le disque a été bien accueilli par la critique et également par le public. Ça y est, Muddy est revenu sur le devant de la scène. L'année d'après, en 1969, Muddy sort un nouvel album basé sur la même recette que son opus de 1968 : After The Rain. Enfin, la même recette, pas totalement. Car sur cette opus de 1969, le blues reprend ses droits et les chansons proposées sont bien plus rock tout court que rock psychédélique. Et, l'album offre bien plus de compositions signées de la main de Muddy. Par contre, si Electric Mud avait une pochette aussi sobre que claquante, ce n'est pas le cas pour After The Rain. Sérieux, cette pochette... niveau subtilité, on est franchement pas loin du zéro. Muddy, torse poil, semblant sortir d'un marais avec dans sa main gauche, un putain de gros crapaud. Si on peut légitimement brailler sur la pochette, on ne peut pas en faire autant sur le contenu. 

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Autant vous dire les choses comme elles le sont les mecs : ce disque est putain de monstre. De blues bien sûr, mais aussi de musique tout court. L'album, long de 39 minutes, offre huit chansons... pour autant de tueries absolues. Et, pour ne rien gâcher, comme le minutage et le nombre de titres le laissent présager, pas une chanson ne dure moins de quatre minutes. Le bonheur complet qu'on appelle ça. Que dire face à une chanson comme I Am The Blues, une reprise de Willie Dixon ? Les gars, la seule chose que je peux vous dire, c'est que c'est une tuerie blues-rock absolu. J'ai bien des regrets à ne pas pouvoir vous en dire plus, mais face à ça, on ne peut que fermer sa gueule. Je ne parle même pas de Ramblin' Mind qui elle, est totalement rock, mais qui est un orgasme auditif de la première à la dernière seconde. Écoutez ça les mecs, et vous allez entendre ce que vous allez entendre. Et prêtez attention à l'orgue qui bourdonne derrière. Si vous ne bandez pas là-dessus, n'allez pas plus loin. Rollin' And Tumblin, chanson interprétée pour la première fois en 1929 (dont l'auteur est encore inconnu de nos jours) est ici revampée dans un style complètement dingue : à la fois blues (l'harmonica), rock et funk. Oui, vous avez bien lu. Un bonheur complet. Bottom Of The Sea, longue de plus de 5 minutes est archi monstrueusement monstrueuse. Plus que la gratte et la basse, ce qui frappe ici, c'est cette batterie que l'on pourrait qualifier d'arythmique. Plus de 5 minutes qui donnent pourtant l'impression de n'en durer que deux.

Veuillez m'en excuser, mais je ne vais pas être original non plus pour la suite, je vais vous redire encore et toujours la même chose. Honey Bee est un blues-rock absolument ravageur. Écoutez un peu la guitare slide, tenue par Muddy lui-même et commencez à frissonner de plaisir. Génial de chez génial. Blues And Trouble est un nouveau moment de bandaison musicale. Guitare parfaite et harmonica stratosphérique. Bref, parler de blues-rock de haute-couture serait être encore loin de la vérité. On peut dire que Hurtin' Soul, reprise à Charles Williams est le morceau le moins fort de cette seconde face, mais aussi de l'album. Mais, très franchement, c'est vraiment pour enculer les mouches. Il faut toujours que l'on trouve un morceau un poil moins fort que les autres et qui, en conséquence, nous plait moins. Screamin' And Cryin' achève l'album, ça fait bien chier. Et, cette chanson, qui dure plus de 5 minutes, est absolument intouchable. Elle n'est ni plus, ni moins que la seconde meilleure chanson de l'album, derrière Bottom Of The Sea qui plane vraiment au-dessus des autres, c'est vous dire son niveau. Après Electric Mud, Muddy était attendu au tournant, il lui fallait livrer un album au moins aussi bon. Et bien, il a fait mieux que ça. Plus rock et blues que rock psychédélique, After The Rain est encore meilleur que Electric Mud. C'est vous dire le tour de force réalisé. En revanche, cet opus de 1969 est encore plus difficile à trouver que son prédécesseur. Mais, ne lâchez surtout pas l'affaire. Le jeu en vaut vraiment la chandelle. 

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Face A

I Am The Blues

Ramblin' Mind

Rollin' And Tumblin'

Bottom Of The Sea

Face B

Honey Bee

Blues And Trouble

Hurtin' Soul

Screamin' And Cryin'