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On commence un petit cycle (cinq albums) consacré à un artiste que vous ne connaissez peut-être pas : Terry Reid. Reid, né en 1949, a d'abord fait partie d'un groupe, The Jaywalkers, qui firent la première partie des Rolling Stones pour leur concert de 1966 au Royal Albert Hall (Londres). Ami avec Graham Nash (alors avec les Hollies), ce dernier propose aux Jaywalkers de signer sur UK Columbia (appartenant à EMI). Ils commencent avec un single qui marche assez bien en 1967, mais le groupe se sépare. Reid attire l'attention (c'est un excellent guitariste) du producteur Mickie Most qui devient son manager. Il sort un single (Better By Far) qui marche bien, puis enregistre son premier album, ce disque, intitué Bang Bang, You're Terry Reid, qui sort en 1968. Ne cherchez pas le single précité, il ne s'y trouve pas. L'album a été enregistré avec Bil Bonham aux claviers et Keith Webb à la batterie. Terry est au chant et à la guitare, peut-être aussi à la basse, et il compose 6 des 10 titres (6 et demi, en fait, j'y reviens plus bas) de cet album assez long pour son époque : il dure, en effet, la bagatelle de 50 minutes...et propose deux morceaux de 10 minutes chacun, qui se suivent sur le disque ! Terry Reid, un des grands paumés du rock : on lui proposera de rejoindre le Spencer Davis Group après le départ de Stevie Winwood, il refuse. On lui propose d'intégrer Deep Purple, il refuse. Et il y à un autre grand refus, j'en parle en bas d'article, histoire de ménager un peu de suspense !

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A sa sortie, ce premier album ne marchera franchement pas bien, mais les quelques concerts promotionnels que feront Reid et ses musiciens (l'organiste changera, Peter Solley, d'après Wikipedia ; il est difficile d'obtenir des infos sur un album aussi confidentiel et peu cartonneur, vous pouvez me croire, donc je fais confiance aux peu d'infos que j'ai pu dénicher de ci de là, AllMusic, Wiki...) lui attireront une petite notoriété. Un des morceaux de l'album, Without Expression, aurait été écrit, à l'âge de 14 ans, par Reid, qui l'offrit aux Hollies de Graham Nash en 1968 (A Man With No Expression). Crosby, Stills, Nash & Young l'interprèteront en 1969 sous un autre nom encore, Horses Through A Rainstorm (morceau qui à la base aurait dû se trouver sur Déjà-Vu). REO Speedwagon l'enregistrera aussi en 1973, ainsi que John Cougar Mellencamp. Pas mal, non ? Un morceau, autant le dire, excellent. Une partie de l'album est constitué de reprises, pas piquées des vers, notons le Season Of The Witch de Donovan, ici long de 10 mémorables minutes ouvrant la seconde face. Notons Bang Bang (My Baby Shot Me Down), autrefois chantée par Nancy Sinatra (et, chez nous, grrr, par Sheila), qui donne quasiment son titre à l'album et est ici braillée et proche de Vanilla Fudge (l'orgue). Something's Gotten Hold Of My Heart, excellente. Et une reprise du Summertime Blues d'Eddie Cochran, imbriquée avec un morceau de Reid du nom de Writing On The Wall, sur un couplage de 10 minutes, mémorable. Le chant de Reid, puissant, n'est pas sans rappeler Robert Plant de Led Zeppelin, et d'ailleurs, dans l'ensemble, ce premier album me fait beaucoup penser à ce que Led Zep fera sur leur premier opus l'année suivante, ou Humble Pie à la même époque. On a ici affaire, en effet, à du hard-rock bluesy, du progressive blues comme on l'appelait alors. Ca n'a pas pris de ride. 

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Le reste est signé Terry Reid (Erica, Tinker Tailor, Sweater) et est, franchement, d'un très bon niveau général, ce premier opus de Terry Reid n'est pas son meilleur (croyez-moi, les deux albums suivants, Terry Reid et River, sont supérieurs), mais en tant que premier album, il est vraiment très bon, très bien produit (par Mickie Most, qui produisait les Animals, Donovan, Jeff Beck, Herman's Hermits). Terry Reid, qui fut approché par Jimmy Page (fraîchement séparé des Yardbirds) pour faire partie de son futur nouveau groupe, les New Yardbirds (futurs Led Zeppelin), mais Reid, pris par plusieurs engagements (premières parties de concerts des Stones et de Cream), refusera et proposera, à sa place, un certain Robert Plant. On peut dire, dans un sens, que c'est grâce à Reid (enfin, en partie, hein) que Led  Zeppelin a existé tel qu'il est. Rien que pour ça, respect éternel. Mais comme, en plus, ses albums, peu nombreux (son dernier album studio date de 1991, depuis, il fait des concerts, des collaborations), sont franchement recommandables pour la majeure partie d'entre eux (allez ! tous, en fait, même s'il y en à un, de 1976, que je ne connais pas), il faut se souvenir de Reid, aujourd'hui bien méconnu, pour l'ensemble de son oeuvre. Non, il n'est pas mort, je sais que ça ressemble à un hommage, mais le mec est, heureusement, bien vivant à l'heure où je publie cet article !

FACE A

Bang Bang (My Baby Shot Me Down)

Tinker Tailor

Erica

Without Expression

Sweater

Something's Gotten Hold Of My Heart

FACE B

Season Of The Witch

Writing On The Wall/Summertime Blues

When You Get Home

Loving Time