S7

Après un premier album éponyme vraiment remarquable et un deuxième album (The Family That Plays Together) encore meilleur, dire que les gens, à l'époque, attendaient avec impatience le troisième album de Spirit serait peut-être un petit peu exagéré (les deux albums n'ont pas été des best-sellers à la Dylan/Beatles/Stones), mais ceux qui avaient entendu ces deux premiers albums, eux, ont certainement dû se sentir un peu fébriles en tenant, enfin, dans les mains, en septembre 1969, la pochette noire de ce disque portant le nom de Clear. Ce disque a été conçu, par le groupe, dans des conditions un peu à part, ils venait de faire la musique du film Model Shop (1968) de Jacques Demy (film américain malgré la nationalité française du réalisateur), film dans lequel le groupe fait une petite apparition musicale (à noter que la bande-son du film ne sortira en album qu'en 2005, pourquoi, je ne sais pas, soucis de droits, peut-être ?) et entre les concerts que le groupe donnaient à l'époque et le boulot que la bande-son du film leur a pris, ils n'ont, selon plusieurs membres du groupe, pas eu suffisamment de temps pour faire Clear. Qui, au passage, ne se vendra vraiment pas aussi bien que les deux précédents opus, et a sans doute eu des critiques un petit peu moins dithyrambiques (Spirit était assez aimé de la presse, leur côté un peu expérimental et intello plaisait assez), sans toutefois crier au massacre et au bide commercial. On parle de Spirit, c'est donc relatif. 

S9

A l'époque, Robert Christgau, fameux rock-critic, dans le Village Voice, dira de ce disque que sa face A est la meilleure, et que la B montre à quel point, quand ils le veulent, Spirit peut sembler vide de sens. Pourtant New Dope In Town, qui achève le disque, est assurément une des meilleures chansons du groupe. Le groupe de Randy California et de son beau-père Ed Cassidy (aucun changement de personnel depuis le premier album), encore une fois produit par Lou Adler (sur son label Ode Records) mais pour la dernière fois, ils seront produits, sur Epic, par David Briggs sur l'album suivant, le chef d'oeuvre Twelve Dreams Of Dr Sardonicus, livre un album vraiment réussi. Dark Eyed Woman, Ice (un instrumental, l'album en contient trois en tout, les deux autres, très bons aussi, sont Clear et Caught), So Little Time To Fly et Policeman's Ball sont vraiment excellentes. L'album dure 42 minutes, durée plus généreuse que le précédent opus. Encore une fois, le chant et en alternance entre Jay Ferguson et Randy California (qui, sur l'album suivant, le dernier avec lui pendant 6 ans, sera le seul chanteur principal), et c'est excellent, l'un comme l'autre, même si je préfère la voix assez cool de California.

AA

Clear n'est, il est vrai, pas aussi quintessentiel que Spirit et The Family That Plays Together, et l'album suivant, que je viens de citer, est clairement le meilleur du groupe. Si on se penche sur la suite de la discographie de ce groupe remarquable mais au final assez peu connu des masses populaires, on le trouvera meilleur que Feedback (1972, unique album fait sans California, qui est parti s'essayer en solo mais reviendra en 1975) et que Son Of Spirit et Farther Along (1975 et 1976 respectivement), mais moins bien que les très farfelus mais exemplaires Spirit Of '76 (sorti en 1975 malgré son titre) et Future Games (A Magical Kahauna Dream) (1977). Bref, c'est laborieux je sais, mais ça signifie que ce troisième opus de Spirit est dans une très très bonne moyenne, un album vraiment très bon et très appréciable, très agréable, qui ne détonne pas après les deux précédents. Pourquoi ne pas vous laisser tenter ?

FACE A

Dark Eyed Woman

Apple Orchard

So Little Time To Fly

Ground Hog

Cold Wind

Policeman's Ball

FACE B

Ice

Give A Life, Take A Life

I'm Truckin'

Clear

Caught

New Dope In Town