TG1

OK, OK, maintenant, ça va chier des bulles vertes. Pourquoi ? Parce qu'il est temps d'aborder le cas des Godz. Avec un nom pareil, vous pourriez vous dire que ça part mal, déjà. Cette faute d'orthographe volontaire (si le groupe était francophone, il s'appellerait, probablement, les Dieus), qu'est-ce que ça fait nunuche... Mais les Godz (nom qui sera ausi celui d'un groupe de hard-rock fondé en 1976, même orthographe, mais rien à voir), c'est évidemment bien plus que ça. Le groupe a été fondé en 1966, durera jusqu'en 1973, se sont reformés et continuent, un album est sorti en 1993, un autre en 2014, putain de bordel de ça alors. Sinon, l'essentiel de leurs albums (ils en ont fait cinq à l'heure actuelle) date d'entre 1966 et 1973. Celui que j'aborde est leur premier, il date de 1966, l'année de leur formation donc. Avant d'en parler, mais je ne vais pas entrer dans le détail des 9 titres car sinon, mon système nerveux, tôt ou tard, lâchera l'affaire et ze commenferai à paller commmmmme ça (hum, excusez-moi, je me calme, je me reprends...pfooouu, ça va mieux), avant d'en parler, donc, citons les membres du groupe (un groupe américain, d'ailleurs), comme ça, au moins, je n'aurai pas trop de mal à terminer le premier paragraphe : Jim McCarthy (chant, guitare, harmonica, flûte) ; Jay Dillon (chant, autoharpe) ; Paul Thornton (chant, guitare, maracas, batterie) ; et Larry Kessler (chant, basse, violon). Le groupe était publié sur le label ESP-Disk, un label peu important qui publiera des albums de jazz expérimental (Albert Ayler, Pharoah Sanders, Sun Ra, Ornette Coleman), ainsi que du rock assez expérimental aussi (Pearls Before Swine), mais dont la vocation première était de sortir des disques de musique en espéranto, et d'apprentissage de cette langue censée être universelle, inventée en 1887 dans l'espoir qu'elle devienne une langue parlée partout dans le monde (c'est à peu près le cas, mais très discrètement).

TG3

Déjà, on se dit que ça part mal pour ce groupe, se faire publier sur un petit label conçu pour la musique espérantophone (mais ils chantent en anglais, et ne devaient pas parler une broque de cette langue). Si encore ils avaient été publiés sur Columbia, Elektra ou RCA (mais vous imaginez une de ces majors signer un groupe pareil ?)... Le premier opus du groupe, Contact High With The Godz, date donc de 1966. J'ai découvert l'existence du groupe via un article du rock-critic américain Lester Bangs, publié dans une anthologie posthume de ses textes. Je n'avais jamais entendu parler d'eux auparavant et probable que si je n'avais pas lu cet article (intitulé "Les Godz parlent-ils espéranto ?" et à la base publié en 1971 dans le magazine musical américain Creem, il a été repris dans le recueil Psychotic Reactions & Autre Carburateurs Flingués, dont j'ai déjà parlé ; récemment, j'ai abordé Count Five, un groupe de garage rock de la même époque, bien pourri, et là aussi, c'est via ce recueil que j'ai appris l'existence de ce disque, et du groupe), je n'aurais jamais entendu parler d'eux, car, comment dire... C'est du genre obscur ? Oui, clairement. Ce premier Godz est considéré, tout du long de ses 25 minutes, comme un des pires albums jamais pondus par un groupe (à égalité avec le Philosophy Of The World des Shaggs, et ce disque, j'en parlerai bientôt, d'ailleurs), quelle que soit l'époque, quel que soit le genre, quelle que soit la nationalité du groupe, depuis que la musique existe, que les poules ont des plumes, que le café est amer et que l'eau mouille. Ce sacré Lester aimait bien dénicher des trucs imbitables, qu'il prenait plaisir à écouter en sachant que ça serait horrible. Dans l'article (dans lequel il parle des trois premiers albums du groupe ; le quatrième date de deux ans après l'article), à un moment donné, il dit Qu'écouteriez-vous en premier ? Super Session ou le nouvel album de Paul Butterfield ou un truc qui a droit à des étoiles parce qu'il est minable

TG2

Intrigué par tant de prétendue nullité, j'ai écouté, sans acheter (faut pas déconner) ce disque, ainsi que le suivant (Godz 2), mais mon système nerfeux édant dellment saccaché ke jeuuu...hum, pardon, pardon...voilà, ça va mieux. Bref, j'ai pas voulu écouter le troisième, ni le quatrième, ni le cinquième, parce que faut pas déconner. Contact High With The Godz est une aberration expérimentalo-psyché-garage d'une nullité intersidérante, proche du bruitisme abrutissant (White Cat Heat, sur lequel ils semblent vouloir imiter des chats en chaleur ; dans le genre, c'est le summum de la crétinerie assumée, à part Dogfight Jiggle de Todd Rundgren ou une autre chanson des Godz, sortie en single en 1967, Whiffenpoof Song, qui est tellement...euh...cheloue que je vous laisse le soin de le découvrir par vous-mêmes, c'est trop dur d'en parler), offrant une épouvantable reprise du May You Be Alone de Hank Williams (avec cette flûte insupportable), et des chansons aussi tarées et nulles que Squeak, Na Na Naa, 1 + 1 = ? et Come On Girl, Turn On. Rien que Squeak, qui semble baptisé ainsi en raison de la partition de violon que nos oreilles subissent durant l'écoute (le pauvre instrument se fait torturer pire qu'aux pires temps de la dictature chilienne ici ; ces mecs savaient-ils au moins jouer de leurs instruments ?) est un supplice. Un vrai, un puissant supplice. Masochistes sur les bords ? Alors laissez-vous tenter par les Godz, tellement mauvais, tellement à chier, que quelque part, ça confine au sublime. Mais faites gaffe, si jamais vous achetez le CD (au cas où ça existerait en CD, d'ailleurs, car j'ai pas vérifié, vous pensiez quoi ?) : je pense qu'au bout de deux écoutes, votre chaîne hi-fi vous le recrachera à la gueule et se mettra en grêve de la faim pour protester contre pareille musique que vous lui imposez de passer. 

FACE A

Come On Girl, Turn On

White Cat Heat

Na Na Naa

Elevem

FACE B

1 + 1 = ?

Lay In The Sun

Squeak

Godz

May You Be Alone