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Jean Ferrat a sorti deux albums en 1969 : une réussite (Ma France), qui contient de vraies merveilles, et un disque vraiment décevant (Camarade), qui offre certes quelques belles chansons (et deux franchement sublimes, dont le morceau-titre, à ranger dans la catégorie qui aime bien châtie bien). En 1970, rien de la part de Ferrat. En 1971, alors que Ma France termine sa période de censure télévisuelle (la chanson fut interdite pour paroles controversées), Jean Ferrat sort, en février, son dixième album studio, et album tout court. Cet album est sorti sous une pochette noire de chez noire, recto comme verso. Au recto : Ferrat, debout, sur une scène (au Palais des Sports de Paris ? Après tout, il l'a fait, à l'époque...), photo prise de haut et de dos, on le distingue bien, mais en fait, ça pourrait être n'importe qui. Au verso, une photo de lui, il porte un blouson de cuir noir, il tient un micro en main, son regard est un peu pensif ou sombre, il ne regarde pas l'objectif, une photo, osons le dire (c'est bien la première fois que ce mot, présent dans le titre de ce blog, sera écrit au sujet de Jean Ferrat !), assez rock. On voit une photo comme ça sur une pochette d'album, on se dit tiens ! Ferrat vire sa cuti et bascule dans le rock ou la pop, comme Léo Ferré le fit la même année que lui. En fait, non, absolument pas, ce disque est, musicalement, comme les précédents et les suivants. Déçus ? Soulagés ? V'z'en foutez ? Un peu des trois ? Allez, on parle du titre de l'album. Y'en à pas. Comme d'habitude, c'est une chanson qui sera choisie comme titre officiel ultérieur.

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Ici, comme j'ai pu le constater sur le Net, il y à deux titres possibles. J'ai choisi celui présent sur le coffret présentant l'intégrale des albums Decca et Barclay (1961/1973), à savoir La Commune, titre de la première chanson, mais sur Wikipédia, c'est Aimer A Perdre La Raison qui est le titre sélectionné. Déjà, vous connaissez le nom de deux des 11 titres (pour 31 minutes) de cet album noir. En 1871, c'était la Commune de Paris, cette tentative d'insurrection populaire qui finira dans le sang. 1971, année de sortie de ce disque, c'est donc le centenaire. Comme s'il présumait que le gouvernement ne ferait pas de cérémonie commémorative (enfin, je dis ça, mais il y en à peut-être eu, même si le gouvernement pompidolien n'était sûrement pas super chaud pour commémorer une insurrection proto-communiste), Ferrat fera une chanson sur le sujet, La Commune donc, écrite par Georges Coulonges, une des plus belles chansons d'un album qui, autant le dire, n'est pas le sommet de Ferrat, mais est néanmoins largement supérieur à Camarade. On trouve deux autres pures merveilles sur ce disque : Je Vous Aime, entièrement signée Ferrat (il signe la moitié, ou presque, de l'album à lui seul ; il fait la musique pour six autres titres), et Aimer A Perdre La Raison, splendeur qui, à la base, est un poème d'Aragon. 

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Encore une fois arrangé par Alain Goraguer, La Commune est un très bon petit album, qui offre son lot de chansons engagées (La Commune, Les Derniers Tziganes, Comprendre), chansons la plupart du temps très méconnues, mais pas mauvaises ou médiocres pour autant. Il est évident que par le passé, et notamment durant une période 1963/1966 exemplaire, Jean Ferrat a frappé plus fort, a fait mieux que ce disque au final peu connu. Mais renfermant tout de même cette splendeur inaltérable qu'est Aimer A Perdre La Raison, une des plus belles (avec Que Serais-Je Sans Toi) de ses adaptations de textes poétiques de Louis Aragon. A Propos d'Aragon, il sera le sujet unique de l'album suivant de Ferrat, un disque un peu à part qui sortira aussi en 1971, en fin d'année, j'en reparle demain, dans une chronique plus courte que de coutume, mais vous comprendrez bien vite pourquoi en découvrant l'album demain, même heure !

FACE A

La Commune

Les Derniers Tziganes

Je Vous Aime

Mis A Part

Comprendre

FACE B

Les Touristes Partis

Etat D'Âme

J'Imagine

L'Adresse Du Bonheur

Aimer A Perdre La Raison

Et Pour L'Exemple