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On a quitté, hier, Jean Ferrat sur un Maria très réussi, dans lequel il se lamentait de la mainmise des nouveaux chanteurs yé-yés sur la chanson française (Pauvre Boris), parlait de la guerre d'Espagne (Maria) et adaptait Aragon à deux reprises, et Apollinaire à une reprise. Un album qui, sans être, sans doute, son sommet, est tout de même, du long de ses 33 minutes, vraiment réussi, donc. L'année suivante, Ferrat offrit son septième album (en autant d'années, régulier comme une montre suisse !). On est alors en 1967. Ferrat sort son disque, comme quasiment tous ses précédents, en fin d'année, comme s'il escomptait qu'on l'offre à un proche, sous le traditionnel sapin enboulé et enguirlandé. Ce septième album est sorti sous une pochette aux teintes rosâtres, on le voit, habillé d'une chemise qui me fait penser à la tenue d'un bagnard, debout dans une sorte de construction de bois. Regardez-le bien sur la pochette, le Jeannot, c'est la dernière fois qu'il sera glabre. Il ne va pas tarder à se laisser pousser ce qui deviendra sa fameuse moustache, d'abord par paresse au cours d'un voyage, puis par décision de changer de look. L'album offre 10 titres, comme toujours, et il est un petit peu plus court que le précédent, il ne dure que 29 minutes. Encore une fois, vous alliez me le dire mais je vous ai devancés, l'album n'a pas de titre officiel. C'est la chanson en tête de liste qui fait office de titre. Ici, donc, c'est Cuba Si.

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Cette chanson vient d'un voyage que Ferrat a fait, en juin 1967, à Cuba. Du pur tourisme à la base (vu les penchants politiques de Ferrat, on ne s'étonnera pas du choix de sa destination), mais Ferrat, devant l'insistance des Cubains, quand ils apprendront qu'il est un chanteur célèbre, fera quelques concerts. Ferrat avait fait des concerts dans certains pays limitrophes (Suisse, Belgique), mais il n'avait jamais été aussi loin. Autant faire foirer une rumeur : il n'a pas rencontré Fidel Castro (et n'était pas parti à Cuba pour ça). Il a en revanche, au cours d'un concert donné à Santiago de Cuba, vu les militaires bloquer les issues alors que le concert allait démarrer. Et les filles, dans le public, brailler avec ferveur, comme si Ferrat était, selon ses termes dans une interview, les Beatles à lui seul. De ce voyage, cinq chansons, la moitié du disque donc, sont des souvenirs : Les Guérilleros (très réussie), Indien (un peu moins forte, mais tout de même), le sublime Mourir Au Soleil, Cuba Si (dont le refrain tapageur vient sans doute un peu comme un cheveu sur la soupe) et A Santiago, chanson qui cartonnera, avec son ambiance rigolarde, ses paroles co-connes (les fins de couplets, en jeux de mots, étonnant de la part de Ferrat d'être aussi trivial), mais qui, sinon, avec son ambiance de bal latino décontracté du bulbe et ses longs intermèdes instrumentaux, est clairement un ratage, je n'ai pas de honte à le dire. 

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Les autres chansons de cet album, à l'exception du sublime Ce Qu'On Est Bien Mon Amour et son ambiance bucolique, sont nettement moins réussies. Pauvres Petits C... parle très certainement des nouveaux chanteurs populaires et des fils de bourgeois qui se disent proches des petites gens, mais ne sont, pour Ferrat, que de pauvres petits cons. C'est engagé, virulent, mais pas mémorable. Prisunic et Excusez-Moi aussi ne sont pas particulièrement mémorables. Au Point Du Jour est plus sympathique, mais on est encore une fois en contact avec une chanson un peu mièvre, anodine. Force m'est de constater que ce cru de 1967 est un peu inégal. Les chansons représentatives du voyage cubain sont dans l'ensemble (mis à part une, donc) excellentes, et parmi les autres titres, on a une pure merveille. Le reste, soit la moitié du disque (aussi bien en nombre de morceaux qu'en durée), est vraiment d'un niveau inférieur aux, allez, quatre précédents opus du futur Ardéchois de coeur. Ce n'est pas dramatique, mais c'est tout de même clair : Cuba Si est, à sa sortie, le moins bon Ferrat depuis son deuxième album La Fête Des Copains. Voilà, c'est dit. Heureusement, l'album suivant va redresser la barre. 

FACE A

Cuba Si

Mourir Au Soleil

Excusez-Moi

Prisunic

A Santiago

FACE B

Ce Qu'On Est Bien Mon Amour

Les Guérilleros

Au Point Du Jour

Pauvres Petits C...

Indien