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En 1964, Jean Ferrat nous a offert une des plus grandes, des plus inoubliables chansons françaises : La Montagne. Tellement connue que pour tout le monde, Ferrat, c'est le chanteur de La Montagne, et puis c'est tout (ce qui est bien triste, tant de réduction de carrière, mais il est vrai que cette chanson est sublimissime). Comme pour, déjà, surfer sur le succès de cette chanson, la pochette de son album suivant, sorti il me semble en 30cm (son premier album en taille 'normale' de 33-tours après quatre albums en format 25cm, et donc plus courts) et un peu plus long que les précédents (29 minutes, pour 10 titres, ce n'est toutefois pas immense comme durée), le montre en train de sauter par-dessus un petit torrent montagneux, en pleine nature. C'est sur ce disque-là qu'on s'attendrait à trouver La Montagne, en fait, à voir la pochette, mais carrrramba, encorrre rrrraté, pas du tout ! Sinon, ce disque est encore une fois sans titre officiel, c'est donc la première chanson qui, comme toujours (enfin, c'était pas le cas de l'album précédent, en même temps, donc le comme toujours, je peux le ranger, je crois...), fait office de titre officieux. La première chanson, c'est Potemkine, l'album est donc appelé Potemkine. Et on se retrouve encore une fois avec la face engagée à gauche de ce chanteur populaire. 

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Cette première chanson sera, comme d'autres par la suite, source de polémique. Ferrat sera invité à au moins deux reprises pour chanter une chanson de son nouvel album, il choisira Potemkine, à chaque fois on lui dira chante autre chose que ça, ou on te remplace par une autre vedette, et à chaque fois, il refuse, et à chaque fois, on le remplace. Raison invoquée par la TV ? On est en période électorale, ou pré-électorale. Comme Ferrat le dira par la suite, en France, on est toujours dans ce genre de période, et puis, quel rapport avec le sujet de ma chanson ? Chanson qui parle de la révolte, en Russie d'avant la Révolution de 1917, des marins du cuirassé "Potemkine", à Odessa (Ukraine), on en fera un film mythique (réalisé par Eisenstein). Chanson éminemment politique, donc, et engagée vers la gauche. Ce qui ne plaît pas, à l'époque, un chnteur n'a pas à être politisé (attendez d'écouter les chansons que Léo Ferré fera vers 1969/74, les mecs...), juste à chanter des bluettes. Pourtant, Ferrat préviens, en début de chanson, M'en voudrez-vous beaucoup que je vous dise un monde qui chante au fond de moi au bruit de l'océan. Bah oui, certains programmateurs et producteurs TV t'en voudront, Jeannot ! C'est une sublime chanson, sinon, mais ça, vous le saviez déjà. Belles aussi sont C'Est Si Peu Dire Que Je T'Aime (adapté d'Aragon), A L'Eté De La Saint-Martin, On Ne Voit Pas Le Temps Passer, C'Est Toujours La Première Fois.

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Impossible aussi de ne pas citer la plus engagée Je Ne Chante Pas Pour Passer Le Temps dans laquelle Ferrat parle, le temps d'un couplet, du cri qui gonfle la poitrine, de Lorca à Maïakovski, des poètes qu'on assassine ou qui se tuent pourquoi, pour qui. Dans cette chanson, Ferrat assume totalement d'être un chanteur à message, qui peut déplaire à certains. Le monde ouvert à ma fenêtre, que je referme ou non l'auvent, s'il continue de m'apparaître, comment puis-je faire autrement ? Une des plus belles chansons de de cinquième opus. Lequel est un de ses meilleurs, donc, mais qui renferme aussi, comme toujours, une petite poignée de chansonnettes plutôt anodines (mais pas mauvaises du tout), comme l'hispanisant Les Belles Etrangères, Raconte-Moi La Mer et la plutôt osée Le Sabre Et Le Goupillon, dans laquelle Ferrat parle de ces hommes d'église un peu lestes d'autrefois, qui parfois culbutaient les bergères dans les champs, ou apprenaient de bien étranges coutumes dans les colonies lointaines. Sans oublier La Voie Lactée (S.G.D.G.), dans laquelle Ferrat se lamente ou s'amuse (les deux, sans doute) qu'autrefois, il était un paria, que maintenant, on s'arrache ses disques, il est devenu aussi mythique que le camembert. Jésus Marie, quelle décadence, quelque chose est pourri dans mon royaume de France. Le sous-titre en acronyme signifie "Sans Garantie Du Gouvernement", bref, l'équivalent de les textes n'engagent que leur auteur. On le voit, Ferrat est de plus en plus engagé, Potemkine est un de ses albums les plus forts dans ce registre. Un des sommets, aussi. 

FACE A

Potemkine

C'Est Si Peu Dire Que Je T'Aime

Les Belles Etrangères

Je Ne Chante Pas Pour Passer Le Temps

La Voie Lactée (S.G.D.G.)

FACE B

C'Est Toujours La Première Fois

Le Sabre Et Le Goupillon

Raconte-Moi La Mer

A L'Eté De La Saint-Martin

On Ne Voit Pas Le Temps Passer