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Jean Ferrat, signé chez Decca en 1961, quitte ce label en fin d'année 1962, après la sortie de son deuxième album, un album qui, on l'a vu hier matin, n'était pas particulièrement réussi, sans être pour autant un ratage. 20 minutes (précisément, même, 19:59 minutes !) assez anodines bien que quelques chansons soient des plus agréables. Ferrat signe alors chez Barclay, label chez qui sont Jacques Brel, Léo Ferré, et par la suite Claude Nougaro, Eddy Mitchell. Un label important s'il en est, géré par qui on sait (vu que le label lui doit son nom). Le passage de Decca à Barclay va, pour Jean Ferrat, coïncider avec un album aussi court que le précédent (même agencement : 8 titres pour 20 minutes, un 33-tours au format 25cm), mais aussi grandiose que La Fête Aux Copains était décevant. Ce disque, c'est, autant le dire tout de suite, un des plus importants du chanteur de Vaucresson. Encore une fois, il ne porte aucun titre officiel, sa pochette est sobre : sur un fond noir profond, Ferrat, souriant, moustache rasée, vêtu d'un pull infâme, est accoudé sur son genou. Au dos, des bribes, écrites de sa main (la photo ci-dessous est un couplage internet entre ce verso et une photo de Ferrat), des paroles de la chanson-titre, notamment. Laquelle est un hymne majeur, une chanson mémorable inspirée de l'Histoire, qui est aussi celle de Ferrat, vu qu'il a perdu son père, mort en déportation à Auschwitz. La chanson s'appelle Nuit Et Brouillard (Ferrat demandera, et obtiendra, l'autorisation d'utiliser le titre du documentaire à Alain Resnais et Jean Cayrol, qui le réalisèrent en 1956), l'album ainsi, donc. 

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On ne va pas revenir sur cette chanson, immense, pesante (vu le sujet...), au rythme lourd de percussions lentes et de contrebasse martelée, à l'orgue solennel. De même qu'il faut absolument voir le documentaire (ça ne vous prendra même pas une heure, mais vous vous en souviendrez toute votre vie, j'en parle en connaissance de cause), il faut absolument écouter cette chanson, la faire écouter. Pas forcément parce que son père a disparu dans un de ces horribles camps (mais évidemment, en partie parce que son père a disparu à Auschwitz quand même), Ferrat, sobre, est touchant, ici, universel. Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent... 3 minutes absolument fondamentales. C'est évidemment un des sommets d'un album qui, je l'ai déjà dit hier en avant-première à la fin de ma précédente chronique, offre 4 classiques sur 8 titres, soit la moitié de l'album, ce qui est, vraiment, un ratio exemplaire. Autre classique, qui suit Nuit Et Brouillard d'ailleurs : A Brassens. Petite guitare sautillante à la Brassens justement, pour cet hommage à ce chanteur/auteur-compositeur exemplaire qu'on ne présente plus. Si je ne suis qu'un mauvais rôle, tu joues toujours pour moi le rôle de l'Auvergnat. C'Est Beau La Vie, sublime chanson ouvrant la face B, est un autre classique que l'on retrouve toujours quand on dresse une liste des meilleures chansons de Ferrat. L'accompagnement musical est peut-être un peu daté (comme sur Les Enfants Terribles, qui est moins exemplaire), mais la chanson est sublime. Enfin, Nous Dormirons Ensemble est une pure merveille. Notons que les arrangements sont signés d'Alain Goraguer, qui n'est cependant pas crédité sous son nom sur la pochette. 

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On le voit sur l'illustration ci-dessus, ces quatre chansons sortiront ensemble en un 45-tours 4-titres. Nuit Et Brouillard, à voir la pochette, était en ouverture de la face B du single. Trop 'violent' pour une face A ? Le reste de l'album est, il faut le dire, moins parfait. Les Enfants Terribles, donc, lasse un peu, ce n'est pas ce que Ferra a fait de mieux, de même que l'amusant (mais miné par un orgue électrique parfois envahissant) Toujours La Même G..., que la censure d'époque empêche évidemment d'écrire en entier (quelques années plus tard, Ferra fera un Pauvres Petits C...), mais comptez sur Ferrat pour prononcer 'gueule' bien comme il faut. Quatre Cents Enfants Noirs, sur une actualité qui n'a que peu changé, hélas, depuis 1963 (la famine en Afrique ; Quatre cents enfants noirs, sans manger et sans boire, avec leurs grands yeux tristes/Ces quatre cents prières, dans un hebdomadaire, rappellent qu'ils existent), est minée par un accompagnement jazzy du plus mauvais effet, il aurait mieux convenu d'arranger cette chanson plus sobrement que ça. Enfin, Horizontalement est une bonne chanson, qui achève bien le disque, lequel album est un grand pas en avant par rapport au précédent opus. En fait, au moment où ce disque sort (en décembre 1963 ; pour Noël, les gens pouvaient avoir, en cadeau, un disque parlant de la famine en Afrique et de la Solution Finale, pas mal, non ?), c'est le meilleur album de Jean Ferrat. Son changement de maison de disques aurait-t-il eu un impact positif sur sa carrière ? Pour moi, la réponse est clairement oui. L'album suivant devrait, selon toute logique, vous convaincre. Vous verrez bien, demain matin, pour la suite du cycle !

FACE A

Nuit Et Brouillard

A Brassens

Les Enfants Terribles

Toujours La Même G...

FACE B

C'Est Beau La Vie

Quatre Cents Enfants Noirs

Nous Dormirons Ensemble

Horizontalement