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Aujourd'hui, jour pour jour, ça fait 10 ans qu'un grand chanteur français nous a quittés : Jean Ferrat. Quoi de mieux que de lancer, en ce jour anniversaire, un cycle de ses albums, dont aucun n'avait été fait sur le blog (seul un article sur lui, publié il y à 10 ans justement, et sans doute quelques clips épars) ? Petite biographie (rapide) en guise d'ouverture, Jean Ferrat, de son vrai nom Jean Tenebaum, est né à Vaucresson (92) en 1930, le lendemain du jour de Noël. Né d'une mère auvergnate et d'un père d'origine russe et de confession juive, qui sera déporté, durant l'Occupation, et mourra à Auschwitz. Jean, après sa scolarité (il quitte le lycée en seconde), commence à travailler afin de subvenir aux besoins de sa famille (sa mère, une soeur, des frères) et est engagé, sans diplômes, comme aide-chimiste dans un laboratoire spécialisé dans le bâtiment/travaux publics, à Paris. Il prend des cours du soir, des cours de théâtre et d'écriture musicale, aussi. En 1954, il quitte son boulot pour se consacrer à sa passion, l'écriture de chansons, il fréquente les cabarets, mène une vie de bohème, entre dans une troupe de comédiens, compose un peu, joue dans un groupe de jazz (de la guitare). En 1956, il met en musique un poème d'Aragon, son idole, la chanson est interprétée par un certain André Claveau, qui en fait un succès. Ferrat est alors remarqué, chante en première partie de Guy Béart, fait la connaissance de Christine Sèvres, chanteuse qui deviendra sa femme. Il sort un premier disque, chez Vogue, en 1958, sans succès. Il signe, l'année suivante, chez Decca, grâce à Gérard Meys, un éditeur dans le milieu musical, qui devient son ami et éditeur. Il sort son premier album en 1961.

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C'est ce disque, sans vrai titre comme les albums de l'époque (prenez les albums de Brassens, Brel, Ferré, souvent, il n'y à pas de titre), et on le surnommera du titre de sa première chanson, c'est-à-dire, Deux Enfants Au Soleil. Court (25 minutes, pour 10 titres), ce premier album, sur lequel Ferrat signe, seul, deux chansons (le reste est en collaboration, mais on a aussi une adaptation d'un texte d'Aragon, J'Entends, J'Entends), n'est pas son meilleur, mais il faut bien commencer. Et puis, c'est tout de même un très bon premier album qui, déjà, pose certaines bases. Ferrat, on le sait, était un chanteur engagé, à gauche, très à gauche même (il était notoirement communiste, sans, cependant, n'avoir jamais pris de carte de membre d'aucun parti politique), et n'a jamais reculé devant la lourde tâche de faire des chansons à message, quitte à en bousculer certains où à avoir des problèmes (il sera souvent interdit d'antenne, censuré, il ne fera aucune apparition TV pendant deux ans suite à des déclarations ou chansons qui ne plairont pas au pouvoir en place, voyagera à Cuba, etc). Ici, on a surtout affaire à de sympathiques et innocentes chansons à texte, mais, en final, Federico Garcia Lorca, sans équivoque, avec sa guitare flamenco de rigueur, donne déjà des indices sur les orientations politiques de Ferrat. Garcia Lorca était un poète espagnol qui, pendant la sinistre guerre civile dans ce pays, dans les années 30 (qui opposèrent les nationalistes de Franco, les franquistes, qui finiront victorieux et règneront sur le pays pendant 40 dures années, et les républicains, orientés à gauche, lesquels seront aidés par des milices communistes venues de toute l'Europe ; un certain George Orwell combattra à leurs côtés et en fera un livre), sera exécuté, sommairement, en 1936, par les franquistes. Garcia Lorca était clairement de gauche, et gênait certains. Que Ferrat fasse une chanson en hommage à ce martyr (superbe chanson, de plus, une des plus belles et connues ici ; Si ta voix se brisa, voilà plus de vingt ans qu'elle résonne encore) laisse à penser qu'il est plutôt orienté à gauche. Disons qu'en 1961, c'est ce que l'on pourra penser, parce que deux-trois ans plus tard, ça sera une évidence !

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L'album offre aussi Deux Enfants Au Soleil, qui sera popularisée l'année suivante par celle qui restera, toute sa vie (elle est toujours de ce monde), une amie proche de Ferrat, et qui reprendra souvent ses chansons : Isabelle Aubret. Une chanson très connue, très belle, vraiment pas ma préférée de Ferrat, je ne suis pas fan de ce genre de chansons un peu mièvres (les arrangements avec ces choeurs féminins, cette ambiance faussement lyrique...), mais on ne saurait parler de mauvaise chanson, c'est clair. Ma Môme, qui suit, très courte chanson de tout juste 2 minutes, est probablement la plus connue de ce premier opus. Refusée par Yves Montand, écrite par Pierre Frachet, cette chanson est une ode à une jeune femme toute simple, totalement l'opposée des jeunes filles qui voulaient se la jouer modernes et à l'américaine. Ma môme, elle joue pas les starlettes, elle porte pas des lunettes de soleil/Elle pose pas pour les magazines, elle travaille à l'usine, à Créteil. Ferrat, qui vivra une partie de sa vie d'artiste en HLM dans une ville de banlieue (avant de plaquer Paris pour l'Ardèche en 1973, y restant jusqu'à la fin de sa vie sauf pour des apparitions TV et des concerts épars), parle ici des petites gens, avec un ton éminemment naturel (rappelons qu'il n'a fait que composer la musique, pas les paroles, mais s'il les avaient écrites, la chanson n'aurait pas été différente, on peut le parier), c'est touchant, beau, sublime. Le reste de l'album est moins connu (et immense) que ces trois chansons, mais notons J'Entends, J'Entends, qui adapte Aragon avec une totale réussite, et L'Eloge Du Célibat. Pas très fan de Napoléon IV en revanche, mais au final, ce premier cru de Ferrat offre déjà de belles choses et on sent que l'artiste va avoir beaucoup de belles, très belles choses à nous offrir par la suite !

FACE A

Deux Enfants Au Soleil

Ma Môme

Regarde-Toi Paname

J'Entends, J'Entends

Ma Fille

FACE B

Paris-Gavroche

Ta Chanson

Napoléon IV

L'Eloge Du Célibat

Federico Garcia Lorca