L1

Allez, encore un petit peu de Love, groupe mythique des années 60 que j'ai abordé il y à un peu moins de 2 mois, par le biais de leurs deux premiers albums, à chaque fois je me disais qu'il faudrait que je les aborde, et à chaque fois, je repoussais l'échéance, en grand con que je suis. Bon, vu que ça fait un moment que j'ai pas parlé de Love, autant refaire un petit résumé rapide : groupe de rock garage fondé en 1965 à Los Angeles, par Arthur Lee, musicien métisse. La précision est importante, surtout qu'un autre membre du groupe, Johnny Echols (guitare ; et Lee aussi, en plus du chant, tient des guitares), est lui aussi métisse. Love est, avec les Equals d'Eddy Grant (Baby Come Back), un des premiers groupes multiraciaux du rock. Les deux premiers albums datent de 1966. Love, éponyme donc (My Little Red Book, une reprise d'Hey Joe datant d'avant celle d'Hendrix), est très réussi, et le second, Da Capo, est immense, avec notamment 7 And 7 Is qui sera repris par pas mal de monde dont (très mal d'ailleurs) par Alice Cooper, et avec Revelation, morceau de 19 minutes occupant toute la seconde face, ce n'est pas le premier album de rock avec un morceau occupant toute une face, mais c'est le premier sur lequel ce morceau d'une face est aussi long. Après ce disque, le groupe est en crise, et le troisième album, Forever Changes (1967) est d'abord enregistré par Arthur Lee (qui, à l'époque, s'imaginait mourir bientôt, en plein bad trip permanent) avec des musiciens de studio. Mais, devant la complexité des accords, ceux-ci rendent les armes et les musiciens du groupe reviennent, en baroud d'honneur, pour faire le taf. Psychédélique et précieux, monumental (un des plus grands albums au monde) et lyrique, mais aussi très sombre et glauque par moments (il symbolise à la perfection cette époque trouble), l'album est, comme les deux précédents, un bide commercial. Un de plus. Le groupe implose.

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Courant 1968, de Love, il ne reste plus qu'Arthur Lee (assis au centre, sur la pochette), guitare rythmique, harmonica, piano, congas et, donc, chant. Les autres musiciens, dans le groupe, sont des nouveaux-venus : Jay Donnellan (guitare principale), Frank Fayad (basse, choeurs), George Suranovich (batterie sur 7 des 10 titres de l'album) et Drachen Theaker (batterie sur les 3 titres restants, qui sont les titres 2 à 4). Le quatrième album du groupe sortira en 1969, Four Sail (jeu de mots sur 'Love for sale', 'amour à vendre'), et a été enregistré au cours de sessions assez imposante ayant donné de la matière pour l'équivalent de trois albums. Elektra Records, qui avait signé le groupe en 1965 (à noter que c'est grâce à Love que les Doors furent, peu après, signés sur Elektra, Arthur Lee ayant attiré l'attention du patron d'Elektra, Jac Holzman, sur Jim Morrison et son groupe), dira à Lee qu'il ne voulait qu'un album simple, afin que le groupe puisse remplir les conditions du contrat et sorte un dernier album sur le label (et de ce fait, Four Sail est le dernier Love sur Elektra). Les morceaux qui n'ont pas été utilisés pour Four Sail sortiront, en double album, sur un autre label (Blue Thumb), la même année, sous le nom de Out Here. Sur ce même label sortira False Start en 1970. Deux albums rarissimes en vinyles. Mais retour à Four Sail. Si Forever Changes était précieux, psychédélique, Four Sail est, lui, une sorte de retour à des sonorités plus rock et garage.

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L'album sera, à sa sortie, un retentissant bide, Love n'a de toute façon connu que ça, et reste un des groupes de rock majeurs des années 60 parmi les moins connus, paradoxal mais vrai. Pourtant, ce disque, sorti sous une pochette volontairement (j'imagine, en tout cas) crade vu la qualité médiocre de la photo recto, offre du grand Love, notamment Always See Your Face, final dantesque que l'on trouve dans divers films, comme High Fidelity. Si l'album, malgré la présence de morceaux aussi remarquables que le plutôt long (5 minutes, si on le compare avec les autres titres de ce disque de 36 minutes) August, Always See Your Face, Dream et Good Times, n'a absolument pas marché, c'est parce qu'il est trop différent de Forever Changes, qui n'a cependant pas marché à l'époque, commercialement parlant (mais récolta de bonne critiques). Certes, on pourrait reprocher à Love de ne pas trop savoir quel genre de musique faire, le groupe est passé d'un rock garage à de la pop psychédélique surproduite, avant de revenir à des sonorités plus brutes. Il n'en demeure pas moins que ce disque, sans être le sommet du groupe, est un excellent album (de plus) dans la discographie, plus complexe qu'il n'y paraît, de Love. A écouter ! A noter que le dique a été réédité en vinyle, récemment (qui plus est en pressage de couleur, un beau vert) ; compte tenu que le vinyle d'époque est difficile à trouver, ça tombe plutôt bien. Par contre, les trois albums suivants (et derniers) du groupe, sortis sur d'autres labels (Blue Thumb pour deux d'entre eux, RSO pour le dernier, Reel To Reel en 1974), c'est très difficile de les trouver, et la réédition, vu le changement de label, n'est pas assurée, hélas. Croisons les doigts...

FACE A

August

Your Friend And Mine - Neil's Song

I'm With You

Good Times

Singing Cowboy

FACE B

Dream

Robert Montgomery

Nothing

Talking In My Sleep

Always See Your Face