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Mine de rien, lentement mais sûrement, la discographie studio de Chuck Berry trouve sa place sur le blog. Aujourd'hui, place à un album sorti en 1964 et qui, dans l'histoire de la carrière de Berry, est une date à marquer d'une croix blanche. La raison ? Il s'agit du premier album sorti par Chuck après sa sortie de cabane. Rappelons qu'en 1960 il avait été condamné à quatre ans de taule pour avoir été reconnu coupable et s'être reconnu coupable, me semble-t-il, d'évasion fiscale. En 1961, la sanction sera allégée d'un an, mais Berry passera bien trois piges ferme derrière les barreaux. Pendant ces années de zonzon, il y aura bien des disques enregistrés, dont le fameux Two Great Guitars avec Bo Diddley, mais ça ne marchera pas. La popularité de Berry aux États-Unis s'étant fortement érodée à cause de cette condamnation. Autrement dit, lorsque Chuck sort son nouvel album en 1964, il a toutes les chances possibles et inimaginables de se ramasser un four des feux de Dieu, mais...

...Mais quelque chose va faire que ce bide monstrueux s'annonçant n'aura pas lieu : de l'autre côté de l'Atlantique, un jeune groupe de rock britannique, originaire de Liverpool et nommé les Beatles (dommage qu'ils n'aient pas fait carrière ensuite... ironie les mecs, ne sortez pas les fusils !) reprend assidument ses chansons et leur donne une visibilité extraordinaire. C'est d'ailleurs en référence à ces reprises, mais aussi en guise de remerciements que Berry nommera son album St. Louis To Liverpool. St. Louis, dans le Missouri étant la ville natale de Berry. C'est d'ailleurs pas loin de cette ville qu'il a rendu son dernier souffle il y a trois ans. Trois ans déjà qu'il nous a plantés et laissés orphelins... L'album n'offre pas un, mais deux succès du répertoire du rockeur, et c'est pas de la merde : à commencer par No Particular Place To Go. Chanson implacable et mythique, laquelle est aussi complètement pompée sur School Days du mêrme Chuck Berry. Et, il y a aussi, accrochez-vous : You Never Can Tell. Elle aussi une chanson mythique. Sachez cependant que si elle a rencontré le succès dès sa sortie, la chanson n'a pas eu, sur le moment, autant d'impact comme Johnny B. Goode, Roll Over Beethoven, Nadine, Rock And Roll Music, Let It Rock et j'en oublie. Ce n'est qu'en 1994, quand Tarantino l'incorporera dans la bande son de Pulp Fiction, que cette chanson est devenue le monument qu'elle est aujourd'hui. On trouve aussi un classique : Promised Land. Une chanson qu'on ne présente plus non plus. Je ne me lasserai jamais, même mort, de ces trois chansons. Surtout de You Never Can Tell et de ses deux solos de piano qui vous collent une gaule d'enfer.

Mais, la grosse connerie à faire serait de ne s'en tenir qu'à ces trois chansons. Et pour cause, ce disque offre une collection de chansons d'un niveau tout simplement remarquable. À l'image de Little Marie, une des toutes meilleures chansons du disque qu'à titre personnel, je place juste derrière No Particular Place To Go et You Never Can Tell. Our Little Rendezvous est une super bonne chanson. Tout comme l'est You Two qui est cependant la chanson la moins percutante de la première face. D'ailleurs, au sujet de cette chanson, on notera que les toutes toutes premières secondes rappellent l'introduction au piano du She's On The Ball de Ray Charles. Go Bobby Soxer, bien dans la veine de Johnny B. Goode et de sa suite est franchement excellente. The Things I Used To Do, bien bluesy dans l'âme est l'une de mes petites chouchouttes. Liverpool Drive, on connaît déjà. Ce morceau ayant été publié pour la première fois sur le disque fait avec Bo Diddley et qui a été d'ailleurs chroniqué récemment. Night Beat, après Liverpool Drive, est le second et dernier instrumental de l'album. Dans la forme, on se rapproche des chansons calmes et antérieures de Chuck, et notamment de Wee Wee Hours. Si vous avez bien lu le titre de cet instrumental, vous avez vu de suite que le mot beat est dans le titre. Tout comme vous avez fait de suite le rapprochement avec Two Great Guitars qui contenait deux morceaux respectivement longs de 10 et 14 minutes et qui contenaient également ce mot dans leur titre (Chuck's Beat sur la première face et Bo's Beat sur la seconde). On en vient alors légitimement à penser que Night Beat a probablement été enregistré pendant les sessions de Two Great Guitars. Merry Christmas Baby est une petite ballade belle comme tout. Et Brenda Lee est une très bonne chanson et clôture bien cet album. Lequel est, on peut le dire sans problèmes, le meilleur de Berry depuis son Chuck Berry Is On Top de 1959, album qui compilait certains gros succès qui n'étaient sortis qu'en 45 tours. Indispensable à tout fan de rock 'n'roll et, à plus large échelle, à tout fan de rock tout court.

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Face A

Little Marie

Our Little Rendezvous

No Particular Place To Go

You Two

Promised Land

You Never Can Tell

Face B

Go Bobby Soxer

The Things I Used To Do

Liverpool Drive

Night Beat

Merry Christmas Baby

Brenda Lee