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Encore un peu de Léo Ferré ? De toutes façons, vous n'avez pas le choix, même si je me dois de préciser que, en ce qui me concerne, ce sera ma dernière critique au sujet du Vieux Lion de Monaco pendant un petit moment. Lorsque sort cet album en 1976, il y a eu du changement pour Ferré. Déjà, professionnellement parlant, il n'est plus chez Barclay. Après L'Espoir, faute d'avoir trouvé un accord dans le cadre des négociations en vue de sa prolongation de contrat, il quittera Barcley. Mais, ce bon vieux Eddie qui n'en manquait pas une pour faire chier son monde, va faire jouer une clause qui empêcha Ferré de poser sa voix sur de nouvelles chansons pour un autre label. En 1975, Ferré sortira un disque, mais entièrement instrumental. Dont la plupart des morceaux se retrouvent ici avec des paroles posées dessus. Et, côté perso, Ferré s'est trouvé une nouvelle campagne (enfin, plus précisément, il s'est marié avec ladite compagne avec laquelle il vivait une histoire (d'abord adultère) depuis plusieurs années) et est allé voir ailleurs si l'herbe est plus verte, s'installant définitivement en Toscane, là où il décèdera (le 14 juillet) en 1993. La photo servant de pochette sur laquelle Ferré, Celtique à la main et partageant un moment de tendresse avec ses enfants (Ferré étant devenu père pour la première fois en 1970), a été très très certainement prise dans sa demeure toscane. Je Te Donne arrive donc après la période 1970-1974, qui est, on peut le dire, l'âge d'or de la carrière du Vieux Lion. Pensez donc ! Pendant cette période, sont sortis Amour Anarchie, La Solitude, Il N'Y A Plus Rien, Et... Basta ! et L'Espoir, ça laisse rêveur. Enquiller cinq albums de ce niveau-là, chapeau bas.

L'album s'ouvre sur sa chanson titre. Et, elle n'a absolument aucun rapport avec la scie (pour rester poli) du même nom que Goldman nous a pondue en 1985 et qui continue à bien nous polluer les oreilles. Le Je Te Donne de Ferré, c'est une chanson d'amour adressée à sa compagne d'alors (qui sera aussi sa dernière). C'est une chanson d'amour très chargée, très symphonique, mais aussi très belle. Fin 1973, deux condamnés à morts ont été exécutés un matin à cinq heures à Paris, les présidents, même Nixon, ne se sont pas dérangés pour assister à cette formalité. Le deuxième président de la Cinquième République Française est mort le deux avril 1974 à Paris. Les présidents, même Nixon, se sont dérangés pour assister à cette cérémonie. Laissez ouvert... j'arrive ! C'est sur ces quelques paroles parlées que commence La Mort Des Loups, un gros morceau de plus 9 minutes. À vrai dire, si j'ai bien mon idée sur la question, je n'ai jamais bien saisi le sens de cette chanson. Prend-elle le parti des condamnés à mort suite à des erreurs judiciaires ainsi que celui de ceux qui se font flinguer pour rien et qui, tels les loups, meurent la nuit ? Je ne sais pas trop. Toujours est-il que, même si on ne comprend pas le sens, cette chanson est énorme. Love, est le plus long morceau de l'album, plus de 10 minutes au compteur. Vous vous souvenez du The Word des Beatles sur Rubber Soul ? Cette chanson qui disait que l'amour est le mot universel. Et bien, avec un autre texte et un autre style de musique évidemment, c'est exactement la même chose ici. Seulement, si les Beatles disaient que le fait de prononcer le mot amour rend libre, Ferré lui, dit que si ce mot rend libre, il est aussi extrêmement galvaudé. Tellement, qu'il en a perdu son sens originel. Musicalement, rarement les influences classiques de Ferré n'ont autant éclaté. On est dans un mix entre les symphonies de Beethoven et le Requiem de Mozart (les choeurs en contre-point). Mais, le morceau a un souci : là, c'est clairement trop long. Ce n'est en aucun cas à jeter, mais deux ou trois minutes de moins aurait été les bienvenues.

Cela doit-il être ? Cela doit être ! Muss Es Sein ? Es Muss Sein ! Sous ce titre en allemand se cache une chanson qui gueule et qui dit que la musique, quelle que soit sa nature ne doit pas être propriété exclusive. Que la musique doit se faire entendre aussi bien dans le salons de thé pour richards, que dans les usines ou dans la rue. C'est aussi une excellente chanson, l'une des meilleures du disque. Et c'est aussi la plus courte avec Je Te Donne. Coriolan, Ouverture, quant à lui, on se demande ce qu'il vient foutre ici, sincèrement. Son titre parle pour lui. Il s'agit du Coriolan de Beethoven, une ouverture symphonique en do mineur qui est ici jouée par un orchestre dirigé par Ferré lui-même. Un morceau totalement instrumental dans un album de chansons. Certes, le disque est très symphonique, très imprégné d'influences classiques, mais la présence de ce morceau, surtout placé à cet endroit, est vraiment hors de propos. Bon, y a pas de mystères sur ce coup-là, faut vraiment aimer les compositions symphoniques de Beethoven. Pour ma part, je les aies en horreur, n'aimant que ses sonates pour piano. Et encore, pas toutes, je préfère Chopin. Le Superlatif est une nouvelle chanson d'amour adressée à sa compagne. Sont ainsi décrits ses yeux, ses seins, ses pas et sa nuque. L'origine du titre ? En ces mots : et c'est dément, c'est super, c'est génial et c'est dingue... et c'est vachement terrible. La chanson en elle-même est pas mal, mais ce n'est pas ce que le Vieux Lion a fait de mieux. Requiem clôture le disque et là, en revanche, c'est sublime de chez sublime. Je n'ai rien à dire de plus. Si ce n'est, comme le dit la chanson entre ses lignes : n'ayez pas honte d'être ce que vous êtes, n'ayez pas peur de vivre et n'ayez donc pas peur de mourir. Au final, ce Je Te Donne (la chanson titre, La Mort Des Loups, Requiem...) est un bon disque, on ne pourra pas dire le contraire, malgré un Coriolan, Ouverture totalement intrus, mais il est aussi très nettement inférieur aux albums que Ferré a sortis entre 1970 et 1974. Que voulez-vous, le monde est ainsi fait, même quand on s'appelle Léo Ferré, on ne peut pas toujours marcher sur l'eau.

sans-titre

Face A

Je Te Donne

La Mort Des Loups 

Love

Face B

Muss Es Sein ? Es Muss Sein !

Coriolan, Ouverture

Le Superlatif

Requiem