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Voilà combien de jours, voilà combien de nuits, voilà combien de temps que tu es reparti, tu m'as dit cette fois c'est le dernier voyage, pour nos coeurs déchirés c'est le dernier naufrage, au printemps tu verras je serai de retour, le printemps c'est joli pour se parler d'amour, nous irons voir ensemble les jardins refleuris et déambulerons dans les rues de Paris...

Comme vous avez pu le constater, il y a eu pas mal de nouveaux venus sur le blog au cours de ces dernières semaines. Et, sans pour autant vous révéler qui, Clash vous en réserve un très prestigieux pour dans quelques jours. Aujourd'hui, en ce qui me concerne, ce n'est pas un nouveau venu que je vous propose, mais une nouvelle venue, en la personne de La Dame en noir : Barbara. Voilà un choix qui, je le sais, ne plaira pas à tout le monde, mais quand même, on parle de Barbara là, pas d'une vulgaire chanteuse de variétoche à la gomme style Sylvie Vartan, Sheila, Nicole Croisille, Michèle Torr, Marie Myriam et j'en oublie et je ne veux pas faire l'effort de chercher d'autres noms. Barbara, même si la tendance n'est pas à la gaité, j'aime beaucoup et ce, depuis longtemps. Et, je ne peux pas imaginer un blog musique sans elle. Sorti en 1964, Dis, Quand Reviendras-Tu ? est le vrai premier album de Barbara. Les deux précédents, sortis en 1960 et 1961 étaient des albums de reprises de chansons de Georges Brassens et Jacques Brel. Et, la Dame en noir n'avait pas cédé à la facilité puisqu'à part Il N'Y A Pas D'Amour Heureux et Ne Me Quitte Pas, aucun gros succès des deux chanteurs n'avait été repris. Allez, on se lance, mais, j'aime autant vous prévenir : comme on est chez Barbara, on ne va pas rigoler !

Cet album, qui fit en un rien de temps de la Dame en noir une valeur sûre de la chanson française, propose deux chansons phares de son répertoire. D'abord, la chanson titre. Enregistrée et sortie en 45 tours en 1962, la chanson, sans jamais le citer, est destinée à l'homme avec lequel Barbara entretient une liaison à l'époque. À moins d'être totalement allergique à Barbara ou d'avoir un coeur de pierre ou les deux, il est impossible de résister à cette sublissime chanson. Ce piano, cette harpe et la voix de la chanteuse... pour ma part, ce sont des frissons dans le dos à chaque écoute. À noter que ce chef-d'oeuvre aura le malheur d'avoir été récemment et impunément enculé à sec avec du petit gravier par Patrick Bruel et Vianney... Finalement, je ne sais pas si Badinter a eu une idée de génie quand il a aboli la Peine de mort et donc la guillotine. Et nous avons aussi Nantes, une chanson elle aussi autobiographique et tout bonnement renversante. Cette chanson, Barbara a commencé à l'écrire en 1959 lorsqu'elle a appris que son père, qui l'avait larguée dix ans plus tôt sans jamais plus lui donner de nouvelle et qui surtout, l'avait violée durant son enfance, était décédé dans un hôpital du sud de Nantes des suites d'une longue maladie. Une fois que fut mis en terre ce géniteur qu'elle a tant détesté, elle se collera à l'écriture et à la composition de cette chanson, mais il lui faudra quatre ans pour la terminer. Ce n'est qu'en 1963, quelques heures avant le début d'un concert au Théâtre des Capucines, qu'elle mettra un point final à son oeuvre. À noter que la rue citée dans le texte : la Rue de la Grange-au-Loup n'existait pas à l'époque. Elle sera inaugurée en 1986 en présence de la chanteuse. 

Mais, ces deux chansons, aussi sublimes soient-elles, ne sont pas les seules chansons valant le coup sur ce disque. J'Entends Sonner Les Clairons, avec son intro sur laquelle Barbara chante a capella avant d'être rejointe par la contrebasse et l'accordéon, est aussi courte (1,40 minute) qu'excellente. Bien que légèrement trop chargée en cordes, Tu Ne Te Souviendras Pas est également une vraie réussite. Le Verger En Lorraine est sublime. Tout comme l'est Chapeau Bas. En revanche, sans qu'elle soit mauvaise, ni même moyenne, je ne suis pas spécialement fan de Ce Matin-Là. Toutes ces chansons constituent la première face de l'album. Mais la seconde est également caviardée de chansons qui valent assurément le détour. À commencer par Le Temps Du Lilas, évoquant tout simplement le printemps qui a foutu le camp. Je vous l'ai dit, les chansons de Barbara ne respirent aucunement la gaité et la joie de vivre. Attendez Que Ma Joie Revienne, classique du répertoire de la Dame en noir est une pépite. La troisième meilleure chanson de l'album derrière la chanson titre et Nantes. Liberté, quant à elle, relève plus de l'exercice de style qu'autre chose. Barbara chante mais n'est accompagnée que par des percussions ressemblant aux tapements de mains sur le dos d'une guitare. Ça plaira ou ça ne plaira pas. Pour ma part, ça ne me branche pas plus que ça. Vous Entendrez Parler De Lui, avec son intro sonnant comme un Nocturne de Chopin est sublime. En revanche, il y a ici une chanson qui passe très difficilement, voire qui ne passe pas du tout : De Shangai à Bangkok. Incontestablement la chanson dont on se serait passé, le seul faux pas. Voici ce qu'il en est pour ce premier album de la Dame en noir qui est, comme vous l'avez vu, d'un très haut niveau, mais Barbara fera mieux dans les années à venir. 

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Face A

Dis, Quand Reviendras-Tu ?

J'Entends Sonner Les Clairons

Tu Ne Te Souviendras Pas

Le Verger En Lorraine

Ce Matin-Là

Chapeau Bas

Face B

Le Temps Du Lilas

Liberté

Attendez Que Ma Joie Revienne

Vous Entendrez Parler De Lui

De Shangaï À Bangkok

Nantes