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Meat Loaf est devenu, contre toute attente, une grande (grosse, même, ah ah ah !) star en 1977 avec la sortie de Bat Out Of Hell, disque incroyable, de sa pochette à sa production, titan de hard-rock surproduit, wagnérien, glam et pop, écrin pour une série de chansons mémorables. Comme il est dit dans les notes de pochette du livret d'une des rééditions CD de l'album, jamais, à l'époque, le hard-rock, et même le rock, n'avait sonné ainsi, aussi théâtral, aussi dingue, aussi jubilatoire. Comment faire mieux que ce disque écrit par Jim Steinman (parolier spécialisé dans les comédies musicales) et produit par  Todd Rundgren ? C'est bien simple, on ne peut pas. Bat Out Of Hell, un des albums les plus vendus de tous les temps et, donc, de 1977, a tout du one-shot, disque unique, genre épuisé en un seul coup. Une fois, ça fonctionne parfaitement. Un deuxième album dans ce genre, forcément, sonnerait quelque peu caricatural, et filerait une overdose aux auditeurs. Pourtant, c'est bien à une suite (pas conceptuelle, mais d'un point de vue du style musical) que va s'atteler le chanteur, toujours associé à Jim Steinman. Il faudra attendre 1981 pour que cet album déboule, d'ici là, pas mal de monde aura probablement oublié, ou presque, l'existence de Meat Loaf. Il a eu de la chance que non, en fait, beaucoup de chance. 

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Verso de pochette

Car si de nos jours, faire un album au bout de quatre ans de silence, c'est quasiment devenu la norme, à l'époque, c'était plus ou moins du suicide commercial. Mais si Dead Ringer (c'est le nom de l'album, sorti sous une pochette dessinée par Bernie Wrightson, connu notamment pour avoir bossé avec Stephen King sur quelques uns de ses livres, dont la BD Creepshow) est sorti au bout de si longtemps, c'est parce qu'il a connu les affres de la création. A la base, Meat Loaf devait faire, avec Steinman, un album du nom de Bad For Good, qui aurait été la suite directe de Bat Out Of Hell. Meat Loaf, qui entre temps a commencé sérieusement une carrière d'acteur (qu'il mènera de front avec celle de chanteur, jusqu'à présent), va avoir du mal à mener ce projet à bout : fatigue causée par la tournée de Bat Out Of Hell, abus de drogues diverses, ont causé une temporaire perte de voix. Steinman a bossé, seul, sur Bad For Good, qu'il sortira en 1980 sous la forme d'un double album (un disque 33-tours et un EP, précisément). L'album ne se vendra pas super bien. Steinman, une fois ce projet fini, commence à écrire de nouvelles chansons pour Meat Loaf, qui se remet tranquillement, et qui, une fois en forme, l'enregistre. C'est Dead Ringer, disque produit par Stephan Galfas, Meat Loaf, Jimmy Iovine et Jim Steinman, sorti donc en 1981. Ce disque a été enregistré avec plusieurs musiciens ayant bossé sur le précédent opus (Roy Bittan et Max Weinberg du E-Street Band de Springsteen, respectivement piano et batterie), mais surtout avec de nouveaux venus vraiment pas méconnus : Nicky Hopkins (piano sur un titre), Liberty DeVitto (batteur de Billy Joel, batterie sur deux titres), Davey Johnstone (guitare, qui vient de chez Elton John), Mick Ronson (légendaire guitariste des Spiders From Mars de Bowie et de Mott The Hoople, guitare sur un titre), Larry Fast (synthétiseur sur deux titres). Cher, la fameuse chanteuse pop, chante en duo avec Meat Loaf sur Dead Ringer For Love. Oui, Cher !

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Dead Ringer, 42 minutes pour 8 titres (parmi eux, Nocturnal Pleasure est un monologue de Steinman long de 38 secondes), ne parvient pas à récidiver le carton plein de Bat Out Of Hell. Ce qui sonnait incroyable en 1977 sonne caricatural et cheesy, ici, c'était d'ailleurs sinistrement prévisible. Mais je ne peux m'empêcher d'adorer ce disque malgré tout, allez savoir pourquoi. Sans doute parce que, sans être génial, ce disque plutôt bien produit parvient encore à être jouissif à condition de ne pas l'écouter trop souvent. Encore une fois un écrin à tubes (Read 'Em And Weep, Dead Ringer For Love, Peel Out...), l'album, qui se classera très haut dans les charts, jusqu'à la première place dans certains pays, va donc cartonner, mais ce succès, venu en grande partie parce que Meat Loaf avait si bien cartonné avec son précédent opus, sera cependant le dernier du chanteur pendant un bon moment. Meat Loaf va ensuite sortir une série d'albums qui, en plus d'être souvent assez moyens, ne se vendront pas aussi fort que les deux premiers, et vont asseoir sa réputation de chanteur caricatural (déjà que son physique peu anodin était source de moqueries, je sais, c'est moche, mais que voulez-vous). La collaboration avec Jim Steinman, à propos, s'arrête ici, du moins temporairement, mais quand même pendant un bon moment. Les deux se sont rendu compte que la formule était épuisée dès le premier album, et que Dead Ringer, pourtant intéressant et musicalement efficace, n'était qu'une redite. C'est cependant un bon disque. Il y à 10 ans, je l'aurais sans doute classé dans les ratages, car je l'aimais bien moins que maintenant. Ce n'est toujours pas un sommet, ça ne le sera jamais, mais il reste à écouter. 

FACE A

Peel Out

I'm Gonna Love Her For Both Of Us

More Than You Deserve

FACE B

I'll Kill You If You Don't Come Back

Read 'Em And Weep

Nocturnal Pleasure

Dead Ringer For Love

Everything Is Permitted