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Récemment, MaxRSS a abordé du Léo Ferré (et va le refaire via un album, dans quelques jours), et j'en ai profité pour réaborder deux de ses albums, La Solitude (1971) et Il N'Y A Plus Rien (1973), tous deux géants. Depuis le temps que j'escomptais les réaborder ici, enfin, c'est désormais chose faite. L'album que j'aborde aujourd'hui, vraisemblablement le dernier que je ferai sur le blog, n'a, lui (comme les albums abordés par Max et celui qu'il fera bientôt), jamais été abordé sur le blog jusqu'à présent. Il date  de 1974 et fait suite au grandiose, ahurissant (mais pour le moins abrupt et difficile d'écoute) Et...Basta ! de 1973, disque éminemment engagé, un long morceau parlé de 40 minutes avec accompagnement symphonique relativement discret. Cet album suivant est, lui, assez différent, plus 'chanson' qu'autre chose, moins violemment engagé que les deux précédents. Cet album, long de 40 minutes (pour seulement 7 titres), s'appelle L'Espoir, titre qui est aussi celui d'une des plus fameuses oeuvres littéraires d'André Malraux. Ca m'étonnerait beaucoup que Ferré ait rendu hommage à Malraux (qui était encore de ce monde en 1974, il mourra deux ans plus tard) via ce titre, vu qu'ils n'étaient pas du tout du même bord. Quand on sait que Ferré parlait de De Gaulle en disant ce type, sans le nommer, méprisamment, et que Malraux a été un de ses plus fidèles ministres, on sait tout. La chanson-titre, en revanche, est un hommage indicrect à la nouvelle épouse de Ferré, d'origine espagnole, et fait des allusions à la guerre civile espagnole et cite Manuel de Falla, compositeur espagnol mort en 1946, ayant notamment composé El Amor Brujo

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La pochette de cet album représente un enfant âgé de trois ans, semblant regarder le possesseur du disque avec un regard à la fois curieux, innocent et interrogatif. Représentant clairement l'espoir qui donne son titre à l'album, ce gosse n'est autre que le fils, issu d'une liaison adultère, de Ferré, Mathieu, dont il révèle ainsi, publiquement, via cette photo (et celle du verso de la pochette, où Ferré le tient en main dans un chemin de campagne toscan, non loin de là où il vivait alors), sans toutefois le nommer dans les crédits (pas de texte explicatif de qui est ce gosse). L'album se rapproche par moments de certains des anciens albums de Ferré (L'Eté 68, par exemple), avec des orchestrations proches, parfois, de celles d'Il N'Y A Plus Rien. On y trouve la dernière chanson que Barclay sortira en single, concernant Ferré : Je T'Aimais Bien, Tu Sais..., vraie splendeur qui n'est cependant pas le sommet de L'Espoir. De ce côté, il faut clairement se tourner vers la chanson-titre, la seule de l'album que Ferré n'avait, avant la sortie du disque, jamais jouée en concert. Un sommet de 6 minutes qui laisse pantois, un crescendo sublime. Les autres morceaux sont donc été joués en concert en 1972/73, on les trouve quasiment tous (hormis le morceau sorti en single), donc Les Etrangers, Les Souvenirs (superbe), La Damnation (Ferré se considère comme damné) et Les Oiseaux De Malheur sur son remarquable double live sorti en 1973, mais datant de 1972 pour l'enregistrement. 

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On y trouve aussi Les Amants Tristes, qui y durait 8 minutes et, ici, sur L'Espoir, en dure un peu plus de 10. Autre sommet de l'album, c'est un morceau indescriptible, en partie parlé, magnifiquement arrangé, passionnant de bout en bout. Comme Les Etrangers, dans lequel Ferré a inséré une partie de violon jouée à l'improviste par Ivry Gitlis, qu'il remercie sur la pochette, chanson qui parle de l'amitié entre le narrateur et un marin du nom de Lochu, qui est sans doute en rapport avec l'amitié que Ferré et un militant anarchiste du même nom que le marin de la chanson se portaient dans la vraie vie. Encore une sublime chanson, mais il n'y à aucun ratage sur ce disque, probablement le dernier sommet de la carrière de Ferré. Non pas que la suite ne sera pas bonne (en même temps, je ne connais pas beaucoup la suite de sa carrière), mais rien de ce que j'ai entendu ensuite ne me semble aussi quintessentiel que ses albums de la période 1968/1974. L'Espoir est, lui, essentiel, sans être son sommet absolu. Mais c'est un très très grand cru !

FACE A

L'Espoir

La Damnation

Les Oiseaux De Malheur

Je T'Aimais Bien, Tu Sais...

FACE B

Les Amants Tristes

Les Etrangers

Les Souvenirs